Les 150 ans de l’apparition mariale de Pontmain

A quelques jours de l’entrée en carême, il nous est proposé de réfléchir et prier en lien avec l’apparition mariale de Pontmain. Dans ce fascicule, les parties historiques et spirituelles sont entremêlées mais différenciées par des couleurs. Les lecteurs veilleront à laisser des petits temps de silence pour permettre une certaine intériorisation.
- Contexte historique : La France à l’époque est en guerre depuis plusieurs mois contre la Prusse et en janvier 1871, c’est la défaite et la débâcle des armées françaises. Paris est assiégée. L’hiver est glacial cette année-là. Le 11 janvier, on a vu une aurore boréale. Le 12 janvier, les Prussiens, vainqueurs, sont entrés dans la ville du Mans. Ils sont maintenant aux portes de Laval. Rien ne semble pouvoir arrêter leur progression vers l’ouest. Ils se trouvent le 17 janvier à environ une journée de marche de Pontmain et de la Bretagne. Cette situation catastrophique faisait redoubler de prières les catholiques de ce pays. Et c’était le cas aussi à Pontmain qui, avant l’arrivée de l’abbé Michel GUERIN, le 24 novembre 1836, était réputé le village le plus déchristianisé du diocèse. Au fur et à mesure, ce prêtre a fait en sorte que dans chaque famille, on prie tous les jours le chapelet. Depuis le 23 septembre 1870, on est sans nouvelles des trente-huit jeunes partis à la guerre. Les adultes sont découragés : « On a beau prier, le bon Dieu ne nous écoute pas. » On vit dans l’angoisse et dans la peur. Et puis il y a cette épidémie de typhoïde qui commence à reprendre…
- L’apparition aux enfants : A Pontmain, Le 17 janvier 1871, vers midi et demi, la terre tremble, ce qui impressionne fortement tous les habitants, surtout en cette période troublée. Ce même jour à Saint-Brieuc, les paroissiens de la basilique Notre-Dame de l’Espérance font le vœu d’offrir à Notre-Dame une bannière, s’ils obtiennent son secours et sa protection contre les fléaux qui les menacent. Un petit peu avant 18h, deux garçons sont dans la grange familiale à aider leur père. Après un quart d’heure de travaux, l’aîné se rend à la porte pour voir le temps qu’il fait dehors. Le ciel dégagé attire le regard de l’enfant. En effet, il voit une grande et belle Dame habillée d’une robe bleue parsemée d’étoiles d’or, sans ceinture, mais avec un voile noir cachant totalement ses cheveux et avec une couronne d’or sur la tête. Le sourire de cette Dame ravit l’enfant. Il reste là comme en extase, pendant un quart d’heure environ ; au point que son père s’inquiète de ne pas le voir revenir. De fait, il trouve son fils le visage ravi, les yeux tournés vers un point du ciel qui, pour le père, ne diffère en rien du reste du ciel étoilé de ce début de soirée. Eugène raconte à son père ce qu’il est le seul à voir, mais bientôt le deuxième garçon, Joseph, les rejoint et décrit la même vision que son grand frère. Le père est tout de même intrigué car il sait que ses garçons ne sont pas des menteurs. Il essaie de les calmer, de les ramener au travail mais c’est lui-même, au bout de quelques minutes, qui demande à ses fils de retourner voir si rien n’a changé : ce qui est le cas.
- Finalement, plusieurs voisins, intrigués et alertés par les cris de joie et d’excitation des garçons, viennent se renseigner. Devant les explications des garçons et d’autres enfants venus voir ce qui se passe et témoignant de la même vision, on fait appeler les religieuses puis le curé. Et finalement, ce sont environ 80 personnes qui se retrouveront devant la grange des BARBEDETTE. Sept enfants verront Notre Dame dans le ciel de Pontmain ; la plus jeune, ayant 2 ans exprimera sa joie en frappant des mains et répétant « Jésus, Jésus » : la seule façon pour elle d’exprimer sa joie de la vision qui la ravit.
- Les réactions de Marie : A un moment, alors que le visage de la Dame était jusque-là souriant, les enfants la voient devenir triste. Le curé s’aperçoit que c’est au moment où certains adultes, qui eux ne voient rien, commencent à parler plus fort, à émettre des doutes et à se moquer. Le prêtre va alors prendre les choses en main : il impose le silence, fait mettre tout le monde à genoux dans la neige et entame la récitation du chapelet : dès lors le sourire de la Dame revient ! A la fin du chapelet, les religieuses entament le chant du Magnificat : une sorte de bandeau aux pieds de la Dame et des lettres commencent à s’inscrire à l’intérieur du bandeau, les unes après les autres : un M, puis un A, puis un I, etc.
- Le message de Marie : Tout le monde est suspendu à l’énumération des lettres par les enfants. Une phrase s’inscrit ainsi dans le ciel : « Mais priez mes enfants ; Dieu vous exaucera en peu de temps. » Puis une 2e ligne s’inscrit, lettre après lettre : « Mon fils » : pour la foule c’est l’assurance qu’il s’agit bien de la Très Sainte Vierge Marie. Les enfants continuent d’épeler : un S, puis un E puis, après un petit espace, un L, puis un A, puis un I. A ce moment, une des sœurs présentes intervient en disant aux enfants qu’ils ont dû se tromper : ça doit sûrement être un S et pas un I, car la Sainte Vierge veut sûrement dire : « Mon Fils se lasse », sous-entendu des péchés des hommes. Mais non, l’inscription des lettres dans le ciel continue et ce qui s’inscrit est la phrase suivante : « Mon Fils se laisse toucher ». C’est la dernière phrase. Il y aura d’autres changements dans le ciel, comme des cierges qui apparaîtront autour de Notre Dame. Le curé fait entonner un chant, Mère de l’Espérance, très à la mode en Bretagne à l’époque : les enfants voient la très sainte Vierge Marie élever les mains à hauteur de ses épaules, puis agiter les doigts lentement, comme si elle accompagnait le chant, regardant les enfants avec un sourire d’une douceur infinie. Après ce chant, le curé fait faire la prière du soir à tous ceux qui sont présents : l’inscription disparait petit à petit ainsi que la Très Sainte Vierge Marie. Il est alors à peu près 21h : l’apparition a duré en tout trois heures.
- Les conséquences immédiates de l’apparition : Les Prussiens qui devaient prendre Laval ce soir-là n’y entrent pas. Le lendemain, ils se replient. L’armistice est signé le 26 et publié le 28 janvier 1871. Les 38 jeunes de Pontmain reviennent tous sains et saufs. Ce ne sera pas le cas de tous les villages alentours. Voilà la puissance de la prière des enfants ! Parmi les quatre enfants qui ont vu la Sainte Vierge, les deux garçons deviendront prêtres, la plus jeune fille sera religieuse et l’autre gouvernante d’un curé. Le 2 février 1872, après l’enquête et le procès canonique en bonne et due forme, Mgr WICART, évêque de Laval, publie un mandement : « Nous jugeons que l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, a véritablement apparu le 17 janvier 1871 à Eugène et Joseph BARBEDETTE, Françoise RICHER et Jeanne-Marie LEBOSSE dans le hameau de Pontmain. »
- Le rôle de l’abbé Michel GUERIN, le bon curé de Pontmain : Si l’apparition de Pontmain est connue depuis longtemps, ce n’est que ces dernières années que les historiens se sont penchés sur la figure de l’abbé GUERIN. Né à Laval en 1801, Michel GUERIN est ordonné prêtre sous la monarchie de Juillet et reste curé du petit hameau de Pontmain pendant 32 ans, de 1840 jusqu’à sa mort le 29 mai 1872. Comme saint Jean-Marie VIANNEY dans le village d’Ars, il entreprend de restaurer la vie religieuse dans cette campagne de 400 à 500 âmes délaissée depuis la Révolution. Il agrandit et embellit la petite église, répand la dévotion à la Vierge Marie à laquelle il consacre sa paroisse, et construit en 1842 une école desservie par deux religieuses de la région. On considère aujourd’hui que c’est grâce à son fervent apostolat que l’apparition de 1871 a pu rencontrer un accueil si favorable parmi la population locale. D’ailleurs, les étoiles sur la robe de Marie et la couleur de cette dernière correspondent aux motifs peints sur le plafond de l’église à la demande du prêtre. Son procès en béatification a été ouvert le 1er juin 2013 par Mgr Thierry SCHERRER, actuel évêque de Laval. D’ailleurs ce prêtre mourra à la tâche un an et demi plus tard en raison de l’affluence des pèlerins, et du travail apostolique qui en découlera.
- Aucune parole, mais un appel à la persévérance écrit en lettres d’or ! En ces temps si troublés dans le monde et dans la sainte Église, Notre-Dame de Pontmain nous adresse à nous aussi, ce même message, car bien souvent nous nous sentons impuissants face aux crises d’aujourd’hui. La prière est pourtant très puissante sur le cœur de Dieu, le croyons-nous vraiment ? A Pontmain, pendant que les enfants et la foule ont prié le chapelet, le costume de la Vierge s’est mis à fourmiller d’étoiles, comme si Marie voulait nous faire comprendre l’importance cosmique de cette humble prière. Ai-je un chapelet ou un dizainier dans ma poche pour me relier régulièrement à Dieu ? Ce simple moyen d’unir le ciel et la terre est le secret des saints.
- « L’objet premier, central du message de Pontmain, c’est la présentation par la Vierge du crucifix sanglant » affirmait le cardinal SUHARD, archevêque de Paris, le 17 janvier 1946. Il précisa qu’il tenait personnellement cette affirmation de trois au moins des heureux voyants. En effet au cours de l’une des phases de l’apparition, la sainte Vierge porte dans ses mains une croix de 50 cm de hauteur, couverte du sang divin. L’apparition du crucifix correspond au chant de pénitence entonné par la foule présente : « Mon doux Jésus, enfin voici le temps de pardonner à nos cœurs pénitents ». Sur un écriteau blanc, au-dessus de la croix, resplendit en entier le nom de Jésus-Christ. Notre-Dame nous présente son divin Fils comme sauveur, roi et modèle : “Lorsque je serai élevé sur la croix, j’attirerai tout à moi” (Jn 12, 32). C’est à ce moment-là que les 4 bougies se sont allumées dans le ciel. L’abbé GUERIN avait l’habitude d’allumer quatre bougies autour de la statue sise dans l’église paroissiale.
- « Le Christ ne veut pas que nous marchions sans une mère » (Pape François Evangelii gaudium n° 285). Les enfants qui virent l’apparition racontèrent que la couronne de Marie ne brillait pas. Par ses paroles, « Mes enfants – mon Fils », elle se révèle davantage comme une mère que comme reine. Elle incline la croix vers nous pour nous présenter Jésus comme Sauveur et pour susciter notre repentir. Pendant le carême, nous méditerons plus particulièrement le mystère de la croix, qui est central à Pontmain. Il sera proposé à ceux qui le souhaitent de vivre la proposition des trios bibliques qui aura pour thème certains extraits de la Passion dans l’évangile de st Marc.
- Déroulement possible du cénacle :
- Choisir un chant d’entrée, puis après avoir lu les pages 1 à 7, proposer un temps de partage :
- Qu’est-ce qui me touche et que je découvre dans le message de cette apparition et les explications données par à la situation que nous vivons actuellement ?
- Concernant cet avenir incertain, est-ce que je prie et est-ce que j’invite les gens à prier ou suis-je juste spectateur ? procureur ? commentateur ?
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Prières au choix :
* La prière pour la paix à Notre-Dame de Pontmain : « Très douce Vierge Marie, Tu as dans ton apparition à Pontmain, rappelé l’importance de la prière, fortifié en nos cœurs l’Espérance et apporté la Paix. Daigne accueillir favorablement aujourd’hui la prière ardente que nous t’adressons pour que s’établisse dans nos cœurs, nos familles, notre Nation et toutes les Nations, la Paix, fruit de la justice, de la vérité, de la charité. Augmente-en nos âmes le désir de vivre pleinement notre foi, sans aucune compromission, dans toutes les circonstances de notre vie. Aide-nous à toujours comprendre les autres et à les aimer profondément en Dieu. Amen. »
Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval, a composé une nouvelle prière à Notre-Dame de Pontmain à l’occasion de la pandémie de covid-19 :
* « Vierge Marie, Mère de l’Église et notre Mère, en ce temps d’épreuve, nous venons nous abriter sous ton manteau de miséricorde. A Pontmain, tu as ranimé l’espérance dans les cœurs découragés. Viens aujourd’hui renforcer notre foi défaillante. Établis nos familles dans la confiance et dans la paix. Repousse l’ennemi invisible qui nous assaille et qui met à mal la santé de tant de nos frères et sœurs. Nous te confions les différents acteurs de la vie civile, qui mettent toute leur énergie à soigner les malades et à prévenir l’expansion du virus. Ouvre nos cœurs et nos mains aux besoins des plus pauvres, et prie pour nous Jésus, ton Fils et notre Frère : qu’il nous conduise de la Croix à la joie de la Résurrection. Amen »
Une dizaine du chapelet (chaque personne propose une intention pour le « Je vous salue Marie » qu’elle débute)
Proposition de chants :
4. O Marie, refuge très sûr pour les hommes, tes enfants,
Tu nous comprends et veilles sur nous,
pleine de grâce, nous te louons. Ave, ave, ave Maria !
5. Tu demeures près de nos vies, nos misères et nos espoirs, pour que la joie remplisse nos cœurs,
pleine de grâce, nous t’acclamons. Ave, ave, ave Maria !
Toi, Notre Dame, nous te chantons !
Toi, Notre Mère, nous te prions !
1. Toi qui portes la vie, toi qui portes la joie,
Toi que touches l’Esprit, toi que touches la Croix.
2. Toi qui donnes l’espoir, toi qui gardes la foi,
Toi qui passes la mort, toi debout dans la joie.
Prolongements possibles :
- Découvrir le lien qu’il y a entre Pontmain et Notre-Dame de Béchouate au Liban
- Participer à un trio biblique durant le carême (en parler à l’abbé Flota)
- Prier plus souvent le chapelet seul, avec KTO ou en famille