le roi David (2)
Le roi David
2ème partie
Introduction :
Lors de notre dernière rencontre, nous avons découvert David, ce jeune homme selon le cœur de Dieu, dernier fils de Jessé de Bethléem, choisi par Dieu pour succéder au roi Saül, premier roi en Israël. Vous vous rappelez certainement combien le Seigneur était avec lui, au point qu’il n’a pas craint d’affronter le géant Goliath.
Cette victoire lui a pourtant valu la jalousie et la persécution de Saül.
A la mort de ce dernier, il devient roi :
- Il règne 7 ans à Hébron, puis sur tout Israël, installé dans sa capitale, Jérusalem.
- C’est un roi victorieux contre les peuples alentours.
- A qui le Seigneur promet de bâtir une maison ou plus exactement une descendance.
- Il veut faire du bien, comme Dieu et il le montre tout particulièrement envers la maison de Saül puisqu’il va s’occuper de son petit-fils, issu de Jonathan lui aussi décédé, et qui est handicapé. « Existe-t-il encore un survivant de la maison de Saül que je puisse traiter avec fidélité en souvenir de Jonathan ? » Sam 9,1
Aujourd’hui nous allons voir comment un homme tend béni par Dieu va être capable de déplaire au Seigneur et de tomber gravement.
- La convoitise de David et ses conséquences
- L’histoire de Bethsabée
Et voilà qu’alors qu’une guerre contre les Ammonites est sur le point d’éclater, David envoie Joab, son général en chef, au combat, et négligeant son devoir de diriger son armée, il reste tranquillement oisif dans son palais.
C’est dans cette oisiveté, (on nous dit qu’il a dormi toute la journée puisqu’il se lève le soir), que profitant de la chaleur qui tombe, il sort prendre le frais sur la terrasse de son palais. C’est là qu’il aperçoit une femme très belle, en train de se baigner. C’est Bethsabée, la femme d’un officier de l’armée du roi : Urie le Hittite. (Corps d’élite)
Et notre David, de façon très imprudente, laisse trainer son regard de façon indiscrète et insistante. Et là, c’est le coup de foudre. Il se renseigne, apprend qu’elle est mariée, mais la tentation est trop forte. Il fait venir cette femme au palais et commet l’adultère.
A l’époque, les hommes avaient le droit d’avoir plusieurs femmes mais pas la femme d’un autre. Le 6e commandement est très clair. En Israël, c’est une faute grave, c’est même un crime (Dt 22,22). La peine prescrite pour une telle faute, est d’ailleurs la lapidation de l’homme et de la femme. (Ex 21,12).
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Bethsabée va se trouver enceinte. Alors David va manœuvrer pour attribuer l’enfant à Urie. Il le fait donc revenir de la guerre, estimant qu’il aura forcément une relation avec sa femme afin que sa paternité soit évidente. Et nous découvrons, face aux manigances de David, un officier d’une grande droiture, qui refuse d’aller dormir chez lui alors que ses compagnons se battent contre les Ammonites. David va prolonger le séjour d’Urie près de sa femme, il va même l’inviter un soir à dîner et tenter de l‘enivrer. Mais rien n’y fait. Urie choisit de dormir à la caserne, alors que ses compagnons dorment sous la tente.
- Après l’adultère, un meurtre
David va alors s’enfoncer de plus en plus dans le péché, rien ne l’arrête. Et comme il ne faut surtout pas que les gens apprennent l’origine de cet enfant, il écrit une lettre à Joab, dans laquelle il demande : « Mettez Urie en première ligne, au plus fort de la mêlée, puis repliez-vous derrière lui ; qu’il soit frappé et qu’il meure ! » (2 Sam 11,14)
Pour sauver son honneur, il va donc jusqu’au meurtre ; et au meurtre prémédité. Vous vous demandez sans doute, comment l’homme qui avait refusé de tuer Saül a pu être capable d’un tel crime.
Vous connaissez certainement ces paroles de Jésus : « Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (Mc 7, 15b. 21-23)
L’ancien archevêque de Milan, le cardinal Martini, qui a souvent parlé des péchés de David estimait que ces paroles de Jésus illustraient parfaitement le cas de ce roi.
Après avoir lu cette remarque du cardinal Martini, voilà ce qu’écrivait un père Oblat de la Vierge Marie, le père Simard : j’ai pensé que cela pourrait nous éclairer nous aussi…
« Lorsque j’ai lu les commentaires du cardinal sur les péchés de David, j’ai réalisé de façon tout à fait dramatique et inattendue que je possédais dans mon cœur les douze péchés qu’énumère Jésus dans cet évangile. (…) Évidemment, je ne veux pas dire que j’ai commis à date ces douze péchés. Je n’ai heureusement pas encore commis de meurtre. Mais je suis sûr de posséder en moi la racine de tous ces péchés et si, par malheur, des circonstances favorables (ou plutôt défavorables) se pointaient à l’horizon dans ma vie, je pourrais, hélas, tomber dans le panneau, tout comme David, le roi vertueux par excellence.
Si David a pu commettre l’adultère et le meurtre prémédité, Guy Simard peut malheureusement en faire tout autant. Je considère les douze péchés cités aujourd’hui par Jésus comme étant de petits volcans tapis au fond de mon cœur et qui pourraient à tout moment faire irruption. »
c) La réaction de Dieu
Dans tout autre pays, des fantaisies royales de ce genre n’auraient provoqué chez les courtisans que des chuchotements fort discrets ; on les aurait bientôt fait taire et oubliées. Mais nous sommes en Israël, peuple choisi par Dieu.
Le Seigneur va alors se manifester auprès du prophète Nathan qui succède à Samuel, et l’envoie auprès du roi pour l’aider à prendre conscience de son péché et le tirer de sa triste situation.
Ce n’est pas facile de reprendre un roi. David pourrait faire taire Nathan ou même le mettre à mort. Aussi, de façon très fine, Nathan se met à raconter une parabole, (une des premières que nous trouvons dans la Bible) : Il explique alors au roi qu’un homme riche qui, pour accueillir chaleureusement un hôte, a volé à un pauvre la seule brebis qu’il possédait au lieu d’en prélever une dans son grand troupeau.
Sensible au tort fait à ce pauvre, le roi réagit, estimant que cet homme mérite la mort. Il ne comprend pas tout de suite que c’est de lui que parle le prophète. Il faut que le prophète lui dise : « Cet homme c’est toi ».
Et comme pour en rajouter encore un peu, le prophète rappelle à David tous les bienfaits de Dieu pour lui, faisant ainsi d’autant plus ressortir le mal inadmissible qu’il a commis.
d)Le repentir de David
David s’aperçoit alors de la gravité de son péché et le reconnaît : « J’ai péché contre le Seigneur. »
Le psaume 50 qui lui est attribué, exprime de manière profonde son cheminement intérieur :
- David a gravement péché,
- Il reconnaît son péché
- Il sait que Dieu est miséricordieux et il implore son pardon. Il sait que la grâce de Dieu est plus forte que sa misère
- Il sait qu’il a besoin de Dieu et lui demande de le purifier et s’engagea à changer de vie.
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Suit aussitôt le pardon de Dieu exprimé par Nathan : « Ton péché est pardonné ».
Si la Bible nous donne cette histoire, c’est pour nous rappeler que sans Dieu, nous sommes tous capables du pire mais que sa miséricorde est infinie.
Le problème est qu’aujourd’hui, on ne veut plus entendre parler du péché. Et donc plus besoin de les confesser. Nous entendons parfois des gens qui disent : « Dieu connaît notre péché, pas besoin de nous confesser pour le lui apprendre ».
Prenons modèle sur la façon dont Dieu s’y est pris avec David. « David est le véritable prédicateur de la repentance pour toute l’Église jusqu’à la fin du monde » (Luther).
Regardons la progression de ce psaume 50 :
- Oui, je connais mon péché, confession de la faute commise (verset 5)
- Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait : la pensée que Dieu a été offensé. Nous ne pouvons pas obtenir le pardon de péchés que nous ne confessons pas et ne regrettons pas.
- Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère : c’est le rappel de notre nature pécheresse (verset 7);
- Mais tu veux au fond de moi la vérité : Dieu attend de nous que nous soyons en vérité avec Lui et avec nous-mêmes (verset 8)
- Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Le pécheur exprime ici son désir d’une conscience la pure et droite (verset 12);
- Que l’esprit généreux me soutienne. Il nous faut dire à dieu que nous voulons revenir à Lui et que nous avons besoin de son Esprit Saint. (verset 14).
Ce sont vraiment des paroles inspirées qui peuvent soutenir notre propre repentir. Dieu est touché par la confession de David.
e) David face aux conséquences de son acte.
L’humble confession du roi David lui obtient donc le pardon de Dieu, mais l’adultère et le meurtre vont avoir des conséquences graves qui iront bien au-delà de ce que David avait imaginé. Et le roi va devoir les affronter. C’est une chose que d’être pardonné auprès de Dieu et c’en est une autre que les choses soient apaisées chez les hommes.
- La famille de Bethsabée
Bethsabée était fille d’Éliam, un des guerriers héroïques de David, et la petite-fille de son conseiller, Achitophel. Celui-ci jugea son honneur offensé par la conduite de David envers sa petite-fille, et ne lui pardonna jamais. Il e mit à attendre l’occasion de s’en prendre à David..
David fit son possible pour calmer cela. Il épousa Bethsabée, l’éleva au premier rang, comme reine et lui promit que l’enfant qui naîtrait d’elle, serait l’héritier de son trône.
Mais Achitophel resta inflexible. Pour compliquer encore la situation, plusieurs évènements douloureux survinrent dans la maison de David qui alourdirent ses dernières années.
- La mort de l’enfant
Voilà qu’après sa naissance, le bébé tombe très malade ; le roi supplie le Seigneur. David jeûnera et priera pendant toute la maladie de l’enfant, mais celui-ci mourut. Pour consoler Bethsabée, David s’unit à nouveau à elle. Elle sera enceinte et mettra au monde un second fils qui portera le nom de Salomon. C’est lui qui deviendra le successeur de David et construira le Temple de Jérusalem.
- Ammon, le fils de David, viole sa demi-sœur, Tamar.
La suite de l’histoire nous montre que même dans la maison du roi, des péchés vont être à nouveau commis. Ammon, premier-né de David, convoite sa demi-sœur Tamar et s’arrange un jour pour abuser d’elle. Ce fait était d’autant plus grave à l’époque, qu’en tant que fille de roi, elle était déshonorée et ne pouvait plus se marier. Absalon, un autre fils de David, frère de tamar, fit tuer Ammon.
- La prise de pouvoir d’Absalon
Par la suite, Absalom capta la faveur d’une fraction du peuple et avec l’aide d’Achitophel (le grand-père de Bethsabée) se fit proclamer roi contre son père.
David ne voulant pas se battre contre son fils décida de ne pas s’opposer à lui, espérant que l’Eternel viendrait à son secours et il résolut de partir avec ses six cents fidèles serviteurs, ceux qui l’avaient suivi dans son exil imposé par Saül. Il laissa la garde de son palais à dix de ses concubines et monta les pieds nus sur le Mont des Oliviers où il regarda Jérusalem et se mit à pleurer.
Pour affirmer sa domination Achitophel conseilla à Absalon de violer publiquement les dix concubines afin que le peuple sache qu’il n’y a plus de réconciliation possible entre Absalon et David.
Lorsque David apprit la chose il décida de livrer bataille à Absalon qui s’enfuit sur une mule au grand galop et dans sa fuite ses cheveux s’accrochèrent dans des branches d’arbre, et il resta pendu. Un soldat en averti Joab qui lui donna 3 coups javelots dans le cœur. David pleura énormément Absalon comme s’il venait de perdre son fils préféré puis il regagna son palais à Jérusalem.
2. le recensement d’Israël, une autre faute de David
Le 1er livre des Chroniques (21,1-22,1)
David avait été un homme de guerre et avait remporté de nombreuses victoires. Vers la fin de sa vie, alors que Dieu lui avait promis une paix durable, il retourna à ses vieilles idoles : décida de mener une grande guerre et pour s’assurer le succès, entreprit de faire un recensement des Israélites en âge de porter les armes.
Le roi chargea de ce dénombrement son général en chef Joab et d’autres capitaines. Joab, qui n’était pourtant pas un « enfant de chœur », se montra défavorable à ce projet, estimant que ce recensement était un vrai sacrilège (1 Ch 21,6).
Le recensement est pour nous aujourd’hui une opération administrative tout à fait banale, mais pour les anciens, compter les sujets d’un État n’était pas une simple opération de routine, c’était un projet risqué. En effet cela revenait à usurper un privilège divin que de prétendre compter les hommes. La crainte de porter atteinte aux droits de Dieu était telle que dans les États où le recensement était pratiqué, il était toujours accompagné de cérémonies expiatoires ou purificatrices destinées à apaiser les dieux. Le livre de l’Exode précise qu’à l’occasion des recensements une taxe religieuse devait être perçue « afin qu’il n’y ait pas de plaie » (Ex 30.12).
Les opérations de dénombrement durèrent neuf mois et vingt jours. Si les chiffres que nous possédons sont exacts, il en résultait que, sur une population de quatre millions d’âmes, le pays pouvait fournir treize cent mille guerriers, hommes et jeunes gens.
Mais comme David n’avait pas satisfait à l’obligation de payer la taxe prescrite, l’affaire déplut d’autant plus à Dieu, qu’elle était une manifestation d’orgueil de la part du roi qui le paya cher.
Le prophète GAD envoyé par Dieu proposa donc à David de choisir entre trois malheurs :
- une famine de sept ans,
- une guerre de trois mois où il serait toujours vaincu
- ou une violente peste de trois jours !
David choisit la peste en se disant qu’il était préférable de tomber entre les mains de Dieu qui est miséricordieux plutôt qu’entre les mains des hommes. Mais il y eut tant de morts dans la première journée que David s’offrit en sacrifice unique pour sauver son peuple. Alors Dieu sentant son repentir sincère lui pardonna sa faute. Là où l’ange de l’extermination s’arrête, David va offrir des sacrifices de reconnaissance pour le salut obtenu par grâce.
L’Eternel demanda encore à David, par la voix de son prophète GAD, d’acheter à Oron le Jébusien son aire pour y construire un autel et offrir à Dieu un sacrifice. On affirme que c’est à ce même endroit qu’Abraham avait conduit Isaac pour l’immoler, mais qu’il fut empêché par un ange au dernier moment. Oron qui avait une grande estime pour son roi, voulait lui offrir mais David lui dit : « Non ! je veux l’acheter pour sa valeur en argent, car je n’apporterai pas au Seigneur ce qui t’appartient et je n’offrirai pas un holocauste qui ne me coûterait rien. » C’est à cet emplacement que Salomon y construira le Temple.
3 La mort de David et la succession
Cependant David, qui n’avait pas encore atteint sa soixante-dixième année, sentait décliner ses forces. Les fatigues de sa jeunesse et de la guerre, les cuisantes douleurs de sa famille, l’avaient fait vieillir de bonne heure. Pour couronner le tout, son fils Adonijah monta une intrigue et tenta de se faire roi.
Averti par Bethsabée à qui il avait promis que Salomon deviendrait roi, David ordonna à un prêtre du nom de Zadoc, d’oindre Salomon comme roi après lui. Il, donna ses dernières instructions à ce dernier, et lui commanda de bâtir le temple dont il avait dressé les plans et réuni les matériaux de valeur et les artistes pour le construire. Ce temple qu’il avait tant souhaité ériger lui-même à la gloire du Seigneur.
David mourut peu après, à l’âge de 70 ans. Il avait régné pendant 40 ans. Il fut enseveli à Jérusalem, qui dès lors fut nommée la ville de David.
Aucun des rois d’Israël ne laissa de si grands trésors et n’avait jamais soumis autant d’étrangers à verser un tribut au pays.
Salomon, lui, sera le roi de la paix, un roi bâtisseur aussi. Il fit donc construire le Temple, comme son père en avait eu l’idée. Le grand sanctuaire fut solennellement consacré par Salomon durant la vingtième année de son règne. La fête dura quatorze jours et on tua en sacrifice des bœufs et des brebis.
« Ce qui m’attire chez cet homme, c’est qu’il n’a pas montré son plus grand courage dans ses succès, mais dans la manière dont il a supporté les difficultés de la vie, les hostilités et les humiliations. Il a combattu sans faire attention à ses blessures, et il a donné sa vie pour la tâche que Dieu lui a confiée. David ne montre pas seulement aux jeunes gens un modèle de vie fascinant ; il pourrait aussi donner du courage à des hommes qui ont des tâches de direction. » (Cardinal Martini)