5e Dim de carême B

5e Dim de carême B

Frères et sœurs, nous ne sommes plus qu’à deux semaines de Pâques. J’espère que vous vous en réjouissez. Prenons le temps de situer ce passage biblique de ce dimanche. La veille de ce discours (Jean,12, 20-33), Jésus a opéré le plus grand des miracles avec le retour à la vie de Lazare. Auparavant Il avait déjà redonné la vie à la fille de Jaïre (12 ans), un chef de synagogue et au fils de la veuve de Naïm. Quand quelqu’un vient de mourir on peut reprocher à la personne qui prétend avoir redonné la vie qu’il s’agit d’un coma profond et qu’il n’y a rien de réellement vérifiable pour dire que la personne était bien morte. Quelqu’un de sceptique peut nier l’évidence. Dans le cas de Lazare, c’est tout différent.

Marthe et Marie, les sœurs du défunt, avaient envoyé un message à Jésus quelques jours avant que leur frère ne décède, pour lui dire que Lazare était malade. Elles avaient demandé instamment à Jésus de venir à Béthanie à son chevet pour le guérir. Mais Jésus avait refusé ! Il ne viendra qu’au 4e jour après le décès. C’est une des sœurs qui dira à Jésus au moment où celui-ci demandera de rouler la pierre, que son frère sent déjà ! Au bout de 4 jours son corps est en putréfaction et il y a une odeur pestilentielle qui risque de se dégager quand on roulera la pierre. Jésus interpelle Lazare et lui commande de sortir. Et le mort revient à la vie…

Ce miracle a l’effet d’une bombe, notamment avec la foule où un certain nombre était dubitatif par rapport à l’authenticité de la puissance de Dieu en Jésus et au fait qu’il soit réellement le Fils de Dieu. De même, il y a chez les pharisiens et chez les chefs des autorités religieuses, le désir de supprimer Jésus et Lazare, car ce dernier est la preuve vivante de la seigneurie de Jésus.

Le lendemain, Jésus entre à Jérusalem, c’est la fête que nous allons célébrer dimanche prochain. Jésus est sur un âne. Il est acclamé par la foule en liesse. Elle est composée des pèlerins et des habitants de Jérusalem qui ont entendu parler de ce qui s’est passé quelques jours auparavant. Les gens mettent des vêtements et prennent des palmes à la main qu’ils coupent aux arbres et acclament Jésus comme le fils de David. Que se passe-t-il dans le cœur de Jésus ? En voyant la ville, Jésus se met à pleurer. Il sent le décalage entre ce qu’il est appelé à vivre Jérusalem dans les prochains jours : être l’agneau pascal qui va être sacrifié pour le pardon des péchés et cette foule qui l’entoure. Il y a notamment les disciples qui commencent à avoir des prétentions concernant la future gloire de Jésus. Autour du Christ, il y a des Grecs qui demandent à voir Jésus. Mais celui-ci va répondre de façon énigmatique avec la parabole du grain de blé qui doit mourir pour donner la vie.

Dans ce passage, st Jean met en évidence le tourment intérieur auquel Jésus va être confronté par rapport à sa passion future et qui est présent chez les synoptiques (Mt Mc et Luc) au Jardin des Oliviers : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !». Dans les synoptiques, Jésus est confronté à cette heure cruciale au moment où Pierre, Jacques, Jean dorment alors qu’un ange lui présente une coupe à boire et que le Père lui demande d’aller jusqu’au bout dans le don de sa vie. C’est là qu’un ange vient le réconforter.

Chez st Jean, il y a ce souci de montrer que Jésus au moment où il pourrait être le plus à même de prendre la royauté, pense à la croix. Quand certains voudraient lui mettre une couronne en or, Lui, pense à la couronne d’épines.

Lorsque certains voudraient lui donner le sceptre du pouvoir, Jésus pense aux humiliations dont il sera l’objet. Lorsque certains voudraient le vêtir avec des vêtements royaux, Jésus envisage le moment où il sera nu sur la croix, couvert de blessures. C’est là que toute la question de la notion de gloire s’entrechoque entre la conception de la foule, celle des apôtres et celle de Jésus. Il nous fait comprendre que la gloire dont le Père est le destinataire passe par la croix. Ce n’est pas un pouvoir qui serait exercé au détriment des autres mais le don d’une vie pour le salut des autres.

Le trône sur lequel Jésus va s’asseoir, ou couché, c’est le bois de la croix. Ne pensons pas que le Père soit indifférent. Sur la croix, Jésus va révéler le cœur du Père. Rappelez-vous cette phrase où le Christ dit : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Dans ce pardon, c’est le Père qui est associé et qui pardonne en Jésus à l’humanité.

Quand Jésus affirme : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit », cela signifie : « si tu aimes ta vie, tu la perds, mais si tu la donnes, tu la gardes ». La question qui nous est posée est la suivante : est-ce qu’au fond, notre vie qui ressemble à un petit grain de blé, nous la voulons au fond d’un sachet stérile ? dans un petit bocal sur une étagère bien au chaud à température ambiante ? comme ça toute seule ? Ou est-ce que nous comprenons que le Christ nous demande de porter du fruit, de mourir à nous-mêmes, de nous décentrer et de donner la vie auprès des personnes où nous sommes envoyés ?

Jésus conclue : « Si quelqu’un me sert mon Père l’honorera ». C’est magnifique quand on pense que Dieu nous prendra dans ses bras et nous serrera tout contre son cœur parce que nous l’aurons glorifié. Je voudrais terminer avec un texte profane « Les deux semences », tiré du livre : « Je suis aimable, je suis capable », Parcours pour l’estime et l’affirmation de soi p. 330, de Jacqueline Desjardins-Proulx, Jean Monbourquette, Myrna Ladouceur :

« Par un curieux hasard, deux semences se retrouvent sur le sol, côte à côte. L’une d’elle, un peu timide, engagea la conversation : « J’ai bien hâte d’entrer dans la terre pour pouvoir germer et prendre racine. Ça me fait un peu peur, mais on dit que c’est un moment qui passe rapidement. Très tôt, ma tige sortira de la terre pendant que mes racines se nourriront des aliments du sol. Je verrai le soleil. Je boirai la rosée du matin. Je prendrai des bains d’eau de pluie. J’aurai des feuilles et un épi magnifique. Je me ferai des amis avec les autres épis qui pousseront autour de moi ».

En écoutant sa compagne, l’autre semence n’arrêtait pas de faire des grimaces de dégoût. « Eh bien moi, dit-elle, je ne veux pas entrer dans la terre c’est dégoûtant ! Il paraît que l’on se met à pourrir et nos racines s’enfoncent davantage dans la saleté. On se fait frôler par des vers gluants. Et quand la tige commence à sortir de terre, on est envahi de toutes sortes de bestioles. Tu te fais rôtir par le soleil et, un bon jour, quelqu’un vient t’écraser. Moi, je ne veux pas prendre le risque de mourir pour pouvoir grandir, je veux rester une semence toute ma vie ». La semence n’avait pas terminé sa phrase qu’une poule qui passait par là, la mangea ».

Frères et sœurs, faites votre choix, car de ce choix dépend la vie éternelle !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *