4e Dim de carême B

4e Dim de carême B

Le fil rouge de ce carême : l’Esprit Saint

Je voudrais reprendre notre fil rouge de l’Esprit Saint durant ce carême par rapport aux tentations de Jésus au désert « poussé par l’Esprit », par rapport à la nuée lumineuse (autre symbole de l’Esprit Saint) présente lors de la Transfiguration de Jésus, mais qui a déjà accompagné le peuple hébreu durant 40 ans. Enfin, dimanche dernier, lorsque Jésus chassait les marchands du temple, j’ai évoqué avec vous l’importance de prier l’Esprit saint pour que nous ayons toujours le respect des choses saintes de Dieu et plus particulièrement le respect du temple de Dieu qu’est notre corps. 

Contexte : Ce dimanche, nous écoutons un passage (Jn 3, 14-21) où Jésus s’adresse à un sage nommé Nicodème. Parmi les juifs, c’est un notable, un pharisien, membre du Sanhédrin et Docteur de la Loi. Il est tellement saisi par le Christ, qu’il demande à Le rencontrer de nuit pour ne pas être vu. Trois ans plus tard, il sera plus courageux car il osera se lever lors du procès de Jésus, pour rappeler qu’il faut préalablement écouter la personne présumée coupable avant de la condamner. C’est lui aussi qui aidera Joseph d’Arimathie pour décrocher le cadavre de Jésus sur la Croix.

Aujourd’hui, nous sommes aux premières heures de la mission de Jésus. Ce passage nous montre que le Christ domine son destin : Il connait parfaitement ce qui va se passer dans un avenir encore lointain. La croix n’est que pour deux ou trois ans, mais Jésus la voit déjà. Il n’ignore pas ce qui va lui arriver et pour l’expliquer, il utilise l’image du serpent de bronze.

Un peu d’histoire : Les 40 années passées dans le désert ont été ponctuées par différentes révoltes contre Moïse et à travers Moïse, c’est contre Dieu que le peuple a murmuré. A chaque fois, le Seigneur est intervenu :

  • Par le vent pour séparer les eaux de la mer des roseaux
  • Par le vol de cailles pour que les Hébreux aient de la viande,
  • Par la manne pour qu’ils aient chaque matin leur pain quotidien,
  • Par l’eau du Rocher pour qu’ils puissent se désaltérer.

Malgré tous ces signes, le peuple n’a pas cessé de récriminer et de murmurer. Voici qu’une multitude de serpents apparurent et leurs morsures mortelles semèrent la panique au sein du peuple qui compris immédiatement son péché et se repentit. Voici le signe fort que Dieu demande à Moïse de faire : élever un serpent de bronze sur un poteau de bois et pour être guéri : le regarder. Ce signe qui procura la guérison aux enfants d’Israël ne fut que la préfiguration de la propre croix de Jésus sur laquelle Il sera accroché avec des clous. Qui regardera vers Lui, qui croira en Lui obtiendra la vie éternelle.

Symbole du serpent : Dans le livre de la Genèse, le serpent est la personnification du Mal, le symbole du tentateur. Il évoque aussi notre tentation de vivre au niveau de la poussière du sol et de nous nourrir de cette poussière. En somme, de vivre dans ce monde-ci, pour ce monde-ci et par ce monde-ci. Ce serpent qui nous tue, peut être représenté par nos murmures, nos désirs bas, les choses cachées ou inavouables qui se tapissent au fond de notre cœur, mais aussi nos absences de désir ou quand nous en restons au niveau des pâquerettes.

Le serpent d’airain et le Christ : Dieu dit à Moïse « fais-toi un brûlant et place-le sur une perche, Moïse fit un serpent de bronze, et le plaça sur la perche. » Littéralement, ce qu’il dit c’est : « fais pour toi » un brûlant. Cette expression : « Fais-le pour toi » signifie bien que nul ne peut élever les désirs cachés du cœur pour un autre. C’est une démarche de conversion personnelle.

Cela peut nous paraître surprenant, que le serpent, symbole de la brûlure de notre désir, puisse ainsi devenir la clef de notre salut. Prenons l’exemple du mensonge qui éveille en nous la culpabilité. A partir du moment où nous décidons de mettre en lumière notre manque de vérité, c’est comme si nous prenions le serpent du mensonge et que nous l’exposions pour demander pardon à Dieu et à la personne offensée. Dénoncer notre péché, c’est l’avouer plutôt que de continuer à vivre dans l’hypocrisie ou la fausseté.

Nous comprenons mieux que le serpent d’airain élevé en étendard est un moyen de salut par le fait qu’il oblige à élever le regard de celui qui a besoin d’aide, et grâce à Dieu il pourra s’en sortir avec son propre désir. Rappelons que c’est toujours Dieu qui sauve et qui est source de vie éternelle. Le serpent n’est qu’un médiateur. Dieu nous demande de lever les yeux vers le Christ et de lui offrir notre confiance. En même temps, nous devons reconnaître dans le crucifié, tout l’amour que Dieu le Père a voulu nous témoigner : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Lorsque nous ferons notre démarche de vénération de la croix, lors de l’office du vendredi saint, ne faisons pas mentir notre geste de respect, mais ayons bien conscience qu’il y a un poids d’amour et non de condamnation. Ce n’est pas une mort qui nous est donné à contempler, mais c’est un amour qui nous est donné de contempler.

Aussi, si durant cette première partie de carême, nos efforts ont été médiocres, ressaisissons-nous pour essayer de nous reprendre jusqu’à Pâques. Et surtout demandons à l’Esprit-Saint comme nous le suggère le cantique : « Viens Esprit de sainteté, viens Esprit de Lumière »,  

De « reconnaître l’amour du Père », et de nous révéler « la face du Christ » (strophe 4)

D’être ce « feu qui nous illumine », de faire « resplendir la croix du Seigneur » (strophe 5).

Enfin, d’être « ce témoin véridique, qui nous entraîne à proclamer : Christ est ressuscité ! » (Strophe 6)

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