4e Dim du TO B
Homélie du 4e dimanche du TO (31 janvier 2021)
Le lien entre la 1ère lecture (Dt 18, 15-20) et l’Evangile (Marc 1, 21-28) :
La 1ère lecture nous apprend qu’un jour, quand Dieu manifesta sa gloire et sa sainteté au mont Horeb, le peuple hébreu prit conscience de ses péchés. Il ne se sentit pas en mesure d’entrer directement en relation avec Lui. Il demanda donc au Seigneur un médiateur. Le peuple dit alors à Dieu : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir ! » Dieu accepta la proposition et fit à Moïse la promesse d’envoyer un prophète semblable à lui : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai ». Comme cette promesse ne s’était toujours pas accomplie, l’attente de sa réalisation au temps de Jésus, était particulièrement vive.
Contexte de l’Evangile : Nous sommes au 1er chapitre de st Marc. A peine Jésus est-il baptisé, que « l’Esprit-Saint le pousse au désert pour y être tenté durant 40 jours par Satan ». Vainqueur des trois tentations que nous entendrons dans trois semaines, lors du 1er dimanche de carême, Jésus commence sa prédication en disant : « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ». C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.
La confrontation entre Jésus et le démon : signe du Royaume qui avance
Le jour du sabbat, Jésus se rend à la synagogue de Capharnaüm pour enseigner. Normalement, les possédés n’avaient pas le droit d’aller dans les synagogues, sauf s’ils se tenaient calmes. Face à Jésus, personne ne s’endort. Sa parole agit comme l’antivirus d’un ordinateur qui débusque un cheval de Troie ou comme un casse-noix qui met non seulement à jour une noix qui n’est plus bonne, mais aussi la présence d’un vers. Le démon qui était tapi dans le cœur d’un homme réagit alors violemment parce qu’il a été découvert. Il sent que ce « Jésus de Nazareth » menace son pouvoir car n’oublions pas que Jésus lui-même qualifie Satan en disant qu’il est « le prince de ce monde » (Jn 12, 31). Le démon se comporte comme un squatteur récalcitrant à qui le propriétaire véritable demande de partir et de libérer immédiatement les lieux.
La tactique du diable : L’esprit impur tente de maitriser Jésus, son adversaire, en prononçant à haute voix son nom et ses titres : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu ».
Le démon agit ainsi parce qu’à l’époque, les rituels de magie prétendaient qu’on pouvait prendre pouvoir sur quelqu’un si on arrivait à décliner l’identité de la personne visée. C’est comme cela que se faisaient aussi les exorcistes.
Remarquez que le démon utilise et le singulier et le pluriel pour signifier le monde des ténèbres auquel il appartient et dont il est le porte-parole.
Les raisons de la réaction de Jésus : Il refuse d’entrer dans cette joute verbale. Il ne prononce aucune formule magique, mais se contente de lancer un ordre. « Silence ! Tais-toi ! Sors de cet homme ». « Sois muselé ». Nous retrouverons cet impératif dans l’épisode de la tempête apaisée (Mc 4, 35-41). Pourquoi Jésus impose-t-il le silence ?
- Le Christ impose le silence au diable parce qu’Il est « menteur et le père du mensonge » (Jn 8, 44). On ne parle pas avec le démon !
- De là découle le rappel de St Augustin que Jésus n’est pas le Saint de Dieu, il est le Dieu saint ! Ce n’est pas pareil ! Le seul qui puisse dire qui est pleinement Jésus, c’est Dieu le Père qui l’a fait au moment du baptême : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
- Tous nous avons besoin de moments de silence, parce que c’est dans le silence que la vérité apparaît et que le discernement du bien et du mal se révèle. Par moment, il faut savoir faire taire certaines voix intérieures qui nous troublent ou sèment le doute à notre âme. Dans le cantique du Veni Creator, il y a l’invocation de la strophe 5, où nous disons à l’Esprit Saint : « Chasse au loin l’ennemi qui nous menace, hâte-toi de nous donner la paix, afin que nous marchions sous ta conduite ».
- Jésus ne veut pas que le démon divulgue le secret messianique de sa personne. Il préfère que cela se fasse progressivement pour éviter les mauvaises interprétations.
- Lucifer n’est pas athée, il sait que Dieu existe. Or une déclaration même exacte à propos de quelqu’un ne constitue ni une profession de foi, ni une preuve d’amour. Jésus n’attend pas de belles paroles.
En conclusion : nous comprenons mieux l’importance et la puissance des paroles du Notre Père qui est la seule prière que Jésus nous a laissée. Nous demandons au Père de faire advenir son Règne, que son Nom soit sanctifié, que par son pain (mais aussi le Pain de la Vie éternelle), nous soyons nourris au niveau du corps, de l’intelligence et de l’âme, qu’Il nous aide à ne tomber ni dans la rancune, ni dans la tentation, mais que nous soyons délivrés du Mal (sous-entendu du Malin, du Mauvais, du Menteur, du Méchant, de l’Adversaire, de Satan).