Sainte Famille

Sainte Famille

Sainte Famille 2020 – année B

Frères et sœurs, vous avez peut-être suivi la finale de l’émission présentée sur M 6 par Karine Le Marchand : « La France a un incroyable talent » avec la famille Lefevre, avec ses six enfants qui ont surclassé les autres concurrents en proposant des chants polyphoniques. Sans chercher à idéaliser ce couple et leurs 6 enfants, qui dénotait, à n’en pas en douter sur les plateaux de télévision, posons-nous la question des ingrédients qui sont nécessaires pour qu’une famille vive et ait une âme.

Tout d’abord, osons affirmer que la famille, ce n’est pas simplement le rôle de papa et maman, c’est le rôle de chacun, même des enfants. Une famille, ça se construit et ça s’invente chaque jour. Dès qu’il est tout-petit, il faut que l’enfant sache qu’il a un rôle à jouer, il n’est pas seulement celui à qui on donne à manger, des jouets ou de l’argent. Ces choses sont nécessaires bien sûr mais il faut aussi que l’enfant sente qu’il est membre de la famille, qu’il contribue à la construire en y apportant la touche qui est la sienne.

La famille est un équilibre très subtil entre ce que l’on pourrait appeler l’indulgence et l’exigence. L’indulgence relève de tout ce qui est affectif : on s’embrasse, on a le souci les uns des autres. L’exigence c’est le fait de savoir demander à chacun ce qu’on est en droit d’attendre de lui vu son âge. L’exigence commence par ces mots tout simples : « S’il te plaît, merci, pardon ». Il y a des parents qui ne sont jamais dans l’exigence, si bien que leurs enfants devenus grands ne savent ni comment faire une lessive ou se faire à manger. Tout récemment, une maman me disait avec beaucoup de peine combien elle souffrait de voir ce qu’était devenu son fils, par manque d’exigences et combien c’était source de conflits entre elle et son mari.

En famille, on est tellement proche que le moindre geste, le moindre regard, le moindre sourire peut construire ou détruire l’autre. Si dans la rue, un inconnu nous insulte, cela ne nous touche guère. Mais si à la maison, on me regarde d’une certaine façon, qu’on me sourit d’un certain sourire et on me dit certaines paroles, cela peut m’affecter durablement ou me détruire.

  • Est-ce que je donne à la famille ce que je demande à la famille ?
  • Est-ce que je donne à mes parents, à mes frères et sœurs ce que je leur demande ? Ou bien la maison est-elle un hôtel ?

On vient, on ouvre le frigo, on sort des trucs, on mange quand ça nous arrange ou encore lorsqu’on est ensemble, chacun est devant son portable. Nous pouvons parfois être en communication avec les USA, les Philippines ou le Portugal, sans nous intéresser à ceux qui sont à côté de nous, sous prétexte que nos parents, nos frères et sœurs on les connaît, alors que l’inconnu qui me sourit à l’écran est bien plus important.

Dans un foyer, la délicatesse passe aussi par le respect. Dans le cadre de la préparation au mariage, c’est un aspect que je creuse à cause du dialogue initial : « En vous engageant dans la voie du mariage, vous vous promettez amour et respect. Est-ce pour toute votre vie ? » Le respect n’est pas que de la politesse. Dans un couple, il y a le respect des avis, des convictions philosophiques, religieuses, politiques de l’autre. Il y a aussi le respect de son propre corps et corps de l’autre, de sa personne, de son intimité, de sa renommée, de son intégrité, de son jardin secret :

  • Il a son tiroir je ne l’ouvrirai pas
  • Il a son cahier, je ne lirai pas ce qu’il y a dedans ! Oh c’est mon enfant, je veux savoir ce qu’il écrit.

Chacun a besoin d’un espace où il puisse être lui-même. Respectons ces espaces. Entre nous on est unis, mais on n’est ni collé, ni fusionnel. Gare aux couples où il n’y a pas la confiance nécessaire pour que chacun puisse vaquer à ses occupations.  La famille c’est la possibilité pour chacun d’être lui-même et d’être accepté comme il est avec ses qualités et ses défauts.

Ce que je viens de dire, n’importe quel conseiller conjugal peut vous le dire. Mais pour nous dans le cadre de ce dimanche sur la Sainte Famille, il faut nous rappeler que la famille est le reflet de la Trinité qui est elle-même une famille. Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. En vivant ce sacrement de la famille, nous ferons l’expérience de Dieu lui-même : qui est Dieu, ce que vit Dieu, ce que sent Dieu ! C’est dans ce temple qu’est la famille que nous ferons la 1ère expérience de Dieu et elle nous marquera au plus profond de nous-mêmes. Demandons au Seigneur de nous aider à mettre une âme dans nos maisons et à savoir construire nos familles sur l’amour et dans l’amour.

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