30e Dim du TO A

30e Dim du TO A

Très souvent, les couples qui se marient prennent comme texte l’hymne à la charité de st Paul. Tout récemment, un jeune enseignant me disait : « Ces phrases correspondent à mes idées philosophiques ». La grande difficulté pour nous chrétiens, c’est souvent de comprendre et d’arriver à expliquer en quoi Jésus apporte quelque chose de nouveau par rapport à tous les courants religieux ou philosophiques qui l’ont précédé ou qui lui ont succédé. 

Parmi les citations les plus connues sur Jésus, nous retenons assez facilement :

  • « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »
  • « Aimez-vous les uns les autres, … »

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » était un commandement ancien, écrit dans la loi de Moïse (Lv 19, 18) et Jésus le cite comme tel (Mt 22, 39).

Arrêtons-nous quelques instants sur l’expression : « Comme toi-même ». Dans les milieux chrétiens, l’amour de soi a été considéré pendant longtemps comme un amour à proscrire. Il était dangereux de dire qu’on s’aimait et qu’on s’estimait car c’était le signe évident d’un orgueil démesuré. En fait, la faute se situe dans l’exagération : s’aimer avec excès est un péché et ne pas s’aimer est un péché. Si Jésus nous demande d’aimer notre prochain comme nous-mêmes, c’est que l’amour de soi est légitime. Si certains aiment aussi peu leur prochain qu’eux-mêmes, leur prochain ne doit pas être gâté. Ne pas s’aimer soi-même revient à injurier le Créateur, c’est comme si nous lui disions : « Tu as fait de moi un raté » ! C’est aussi oublier que nous sommes créés à l’image de Dieu et oublier le sens de la croix : « Jésus a donné sa vie pour moi ».

Reconnaissons même en dehors de la sphère de la religion, s’aimer soi-même ne va pas toujours de soi. Quand une personne a été rejetée, humiliée, refoulée, contrariée dans ses désirs les plus légitimes dans son enfance, il est souvent difficile de s’aimer et de penser que nous avons une certaine valeur.

Jésus n’est pas qu’un perroquet : Pour le comprendre, prenons la parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 25-37), cet homme qui vient en aide à une victime, qui git là, laissée par les malfaiteurs et ignorée tour à tour par deux hommes qui se rendent au Temple : le prêtre et le lévite. Avec Lui, ce qui change, c’est que le prochain à aimer qui n’est plus la personne qui partage la même religion, qui vit sur la même terre mais tout homme, même l’étranger (le Samaritain !) ou l’ennemi !

La 2e chose qui change, c’est qu’avec Jésus, ce qui compte, ce n’est pas que je m’occupe seulement de celui qui tout d’un coup est proche de moi, mais que je me fasse proche des autres. Avec la parabole du bon Samaritain, Jésus montre qu’il ne faut pas attendre passivement que le prochain surgisse sur ma route, précédé d’une multitude de signaux lumineux, toutes sirènes déployées. Le prochain, c’est moi, qui peut devenir proche des autres.  

La 3e chose qui change c’est le modèle. Jusqu’à Jésus, le modèle était l’amour de soi : « comme toi-même ». Mais Jésus va remplacer ce modèle par un autre modèle et il va lui donner une autre mesure : « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12).

  • « Aimez-vous les uns les autres, COMME je vous ai aimés »

Jésus va même jusqu’à dire que « son » commandement est un commandement « nouveau ». Pour comprendre ce « comme », il faut relire trois passages :

  • Le lavement des pieds (Jean 13, 1-17)
  • Le pardon du Christ sur la croix (Luc 23, 34)
  • Le pardon de Jésus à l’apôtre Pierre (Jean 21, 15-18)

Jésus sur la croix n’a pas lancé de fatwa, il a pardonné, il est allé au bout de l’amour en donnant sa vie pour le pardon des péchés. C’est ce qui le démarque des autres grandes figures religieuses, philosophiques ou spirituelles, telles que Lao-Tseu, Confucius, Mahomet, Gandhi. A nous de l’imiter en lui demandant la grâce d’aimer comme Lui. Rappelons-nous ce que Jésus nous a dit de son Père :

  • « Soyez parfaits comme le Père céleste est parfait… » (Mt 5, 48)
  • « Pardonne-nous comme nous pardonnons-nous … » (Mt 6, 12)
  • « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 36)

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