29e Dim du TO A

29e Dim du TO A

Contexte historique : en l’an 6, il y avait eu un soulèvement des juifs qui ne voulaient pas payer le tribut à l’empereur sous prétexte que Dieu est le seul seigneur et maitre en Israël et que payer le tribut à César revient à nier la suzeraineté du Dieu de l’Alliance sur Israël. Il s’agissait donc d’un problème réel.    

Contexte biblique : la Passion de Jésus se profile à l’horizon, nous sommes dans les derniers chapitres avant son arrestation. Les pharisiens et les partisans d’Hérode sont habituellement des ennemis farouches. Mais comme chaque groupe a un grief contre Jésus et ils décident de s’allier pour le faire chuter par la flatterie. Ils paraphrasent un petit passage de l’AT qui dit que Dieu est : « est impartial et ne se laisse pas acheter » (Dt 10, 17) et ils lui posent une question « fermée » à laquelle on ne peut répondre que par oui ou par non.

  • Soit il incite ses compatriotes à refuser l’impôt prélevé au profit de l’occupant romain et il sera facile de le dénoncer et de le faire condamner par les autorités, comme zélote, c’est-à-dire comme résistant ou révolutionnaire
  • Soit il conseille de payer l’impôt et on pourra le discréditer aux yeux du peuple comme collaborateur. Jésus perdra ainsi toute chance d’être reconnu comme le Messie ; car le Messie attendu doit être un roi indépendant et souverain sur le trône de Jérusalem, ce qui passe forcément par une révolte contre l’occupant romain.

Comment Jésus s’en sort-il ? Tout d’abord, il met en lumière la duplicité de leur cœur et qu’il n’est pas dupe du piège qu’on lui tend : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » Puis il leur demande de lui montrer ce qu’eux-mêmes ont dans leurs poches. Or sur une pièce d’un denier, les symboles inscrits sont à la foi politique et religieux : en plus de l’effigie de l’empereur Tibère, il y a l’inscription, en latin, « Tibère César, fils du divin Auguste » et à l’avers « Pontifex maximus » (souverain pontife, un titre qu’on attribuera ensuite aux papes !) Il y a donc collusion entre les deux.  En sortant une pièce de leur poche, les opposants à Jésus montrent qu’en fait, ils collaborent avec l’occupant. En effet, ils ont déjà résolu la question.

Rendre à César ce qui est à César :

Il faut donner à l’Etat ce qui lui revient : je dois prier pour ceux qui nous gouvernent, m’investir dans la vie publique et associative avec mes talents, payer mes impôts, le parcmètre, le ticket de bus, obéir aux lois justes, mais je ne dois pas faire de l’Etat un Dieu. En nous invitant à « rendre à César ce qui est à César » Jésus renvoie chacun à sa responsabilité, à sa raison, à son intelligence, à sa liberté. Il n’y a pas lieu de « sacraliser » tel ou tel choix politique, en se réclamant directement de Dieu. L’important, c’est que chaque disciple du Christ, éclairé et soutenu par la Parole de l’Évangile, s’engage avec lucidité et compétence pour combattre l’exclusion, faire reculer la misère et mettre en cause César lorsqu’il laisse s’installer l’iniquité. Ce n’est pas le rôle de l’Etat de dicter ce qu’il faut croire en matière de religion. Toutefois, Joseph et Marie se sont soumis à l’Edit de l’empereur pour le recensement. Dieu s’est servi de l’obéissance fidèle à une loi civile pour que la prophétie de Michée s’accomplisse. Jésus a payé la taxe du Temple, mais au cours de son procès, il a rappelé à Pilate : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19,11). L’homme n’est pas créé à l’image de César mais à l’image de Dieu.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu : Qu’est-ce qui est à Dieu ?  Tout !

Jésus demande donc de distinguer les domaines sans les séparer. Il nous demande d’être sel de la terre et lumière du monde et nous rappelle que notre vie est un passage vers une patrie définitive. Il nous faut reconnaitre le pouvoir civil et ses droits, mais aussi respecter les droits supérieurs de Dieu. Notre activité sur terre ne se réduit pas seulement à tout ce qui est social et politique. Il y a en nous une dimension religieuse qui doit aussi être comblée et honorée. Distinguer, sans séparer !

Jean Paul I° disait : « Dans cette société, il s’est créé un énorme vide moral et religieux. Tout le monde semble lancé vers des conquêtes matérielles : gagner, investir, améliorer le bien-être. Dieu, qui devrait envahir notre vie, s’est transformé en revanche en une étoile très éloignée que l’on ne regarde qu’à des moments déterminés. Nous croyons être religieux parce que nous allons à l’église, en essayant ensuite d’avoir hors de l’église, une vie semblable à celle de tant d’autres, mêlées de petits ou de grands pièges, d’injustices, d’attaques à la charité, avec un manque absolu de cohérence ».  

St Augustin : « César cherche son image, donnez-la-lui. Dieu chercha la sienne, rendez-la Lui. Que César ne perde pas sa monnaie à cause de vous ; que Dieu ne perde pas la sienne en vous ».  C’est toute notre vie qui est à Dieu, nos activités, nos préoccupations, nos joies… Tout ce qui est à nous est à LUI ».

Le mot « effigie » pourrait être traduit par « icône », « ressemblance » qui nous fait immédiatement penser au Livre de la Genèse : « l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn 1, 26a. 27). Ce qui signifie que je porte en moi l’image de mon Créateur. Il est donc normal que je la lui rende propre et belle pour faire sa joie. 

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