25e Dim du TO A

25e Dim du TO A

25ème dimanche du TO A – 2020

Quand j’étais enfant, ma sœur et moi nous nous comparions beaucoup surtout quand nous allions en vacances chez notre grand-mère. Elle avait un camping à la ferme, un énorme potager et un verger rempli d’arbres fruitiers. Outre le fait de scier et d’empiler le bois, il y avait toujours à faire dans la cueillette des fruits et des légumes. Et au bout de la semaine, nous savions que notre grand-mère serait très généreuse si nous arrivions à suivre la cadence. Mais parfois, elle marquait une différence entre nous en fonction de l’état d’esprit dans lequel nous avions travaillé. Et la question inévitable était : « combien est-ce que tu as reçu de mamouma ? » Que l’on soit enfant ou adulte, la tentation est forte de voir si les autres ont plus que nous, sont mieux équipés ou si notre voiture a davantage d’options que celle de notre voisin.

Pour sortir de cette façon de faire et bien comprendre l’évangile de ce dimanche avec ce maitre du domaine qui sort à toute heure pour embaucher des ouvriers à sa vigne, il faut nécessairement accepter de changer nos lunettes sinon nous risquerions de crier à l’injustice. Une des clés de lecture se trouve dans le dernier verset de la 1ère lecture (Isaïe 55, 6-9) « Mes pensées ne sont pas vos pensées, (…) – oracle du Seigneur.  Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant (…) mes pensées, sont élevées au-dessus de vos pensées ».

Dans l’évangile, rien n’est dit sur l’état de la vigne et sur ce qui nécessite une telle affluence de main d’œuvre ; il n’est pas dit non plus que le Maître va vérifier ce qui s’y fait. Les seules fois où il sort, c’est uniquement pour offrir du travail aux ouvriers désœuvrés qui trainent sur la place. Remarquez que seuls les 1ers sont embauchés sur la base d’un contrat précis : « une pièce d’argent pour la journée». Cette pièce d’argent représente le salaire qui permet à un ouvrier de faire vivre une famille de 4 personnes pour une journée. Pour ceux qui sont embauchés entre 9h et 15h, il est simplement dit qu’ils recevront « ce qui est juste ». Quant aux ouvriers de la dernière heure, rien ne leur est promis : ils sont simplement invités à « aller eux aussi à la vigne ». Ce sera donc au propriétaire d’apprécier la qualité du travail réalisé durant le créneau horaire.

Le soir venu, au moment de payer les salaires, la bonté du maître réside dans le fait de donner à tous ce qui leur est nécessaire pour faire vivre leur famille, sans tenir compte de leur temps de travail effectif. Or ces besoins sont les mêmes pour chacun de ces hommes qui ont tous des bouches à nourrir à la maison. Voilà pourquoi le Maître donne à chacun ce denier vital. Sa bonté se définit par son souci de la vie.

Bien sûr, on peut faire remarquer que le Maître devrait quand même accorder plus à ceux qui ont travaillé davantage, mais sa façon de voir est différente. Dans sa tête, il considère que les ouvriers qui ont été embauchés au petit jour ont évité l’angoisse du chômage, la honte du désœuvrement et l’inquiétude de ne pas pouvoir nourrir leur famille. Toutes ces préoccupations ont torturé le cœur et les pensées de ceux qui demeuraient sans emploi.

Cette logique de l’amour va soulever des incompréhensions chez les ouvriers embauchés dès 6h le matin. Rapidement, les cœurs empoisonnés par la jalousie vont se révéler. Le regard mauvais de certains va faire naître le murmure. Mais le maitre du domaine reste droit dans ses bottes : « Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Si on veut bien regarder la vérité en face, cette parabole devrait nous faire plutôt plaisir à plus d’un titre. La première raison, c’est que personne ne peut se vanter d’être un ouvrier de la première heure. Qui peut dire qu’il a toujours travaillé pour le Royaume de Dieu, en faisant toujours la volonté du Père, en toutes choses. La 2e raison, c’est que cette pièce d’argent, ce denier, représente le ciel. Le fait qu’il soit donné à tous, autant à ceux qui sont devenus chrétiens dès leur jeune âge qu’à ceux qui se convertissent sur le tard signifie que Dieu nous veut tous auprès de Lui. C’est une belle et bonne nouvelle qui nous permet de mieux comprendre le sens de cette parabole. Pour l’illustrer, voici donc deux exemples d’ouvriers de la onzième heure !

  • Le bon larron qui de « dernier » qu’il était est devenu « premier ». C’est probablement le plus bel exemple de l’ouvrier de la dernière heure voire presque de la dernière minute. Il aura suffi d’une parole de vérité dans sa bouche pour s’entendre dire ce dont nous rêvons tous pour notre dernière heure : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Luc 23, 43)
  • Jacques Fesch (6 avril 1930 – 1 octobre 1957). Enfant gâté, il reconnait : « J’ai fait du mal, beaucoup de mal, a-t-il écrit. Pas tellement par méchanceté, mais par inconscience, égoïsme et sécheresse. » Il a été élevé dans un somptueux hôtel particulier de Saint-Germain-en-Laye auprès de parents désunis. Son père était un riche banquier, dur et indifférent. Sa mère qui l’adorait, « le couvait ». Jacques erre de collège en collège, s’essayant à l’escrime, à la trompette, à l’équitation, dépensant l’argent de son père. A 20 ans, il se marie sur un coup de tête. Ses parents pleurent parce qu’il a épousé une juive. « C’est une malédiction qui tombe sur notre famille », dit le père. La mère cherche à le récupérer et lui écrit : « Si tu te dégages des pattes de ces sales juifs, je te donne un million. » Jacques se dégage, revient vivre à Saint-Germain-en-Laye, s’achète une Simca grand sport avec le million. Le 25 février 1954, il veut 2,2 millions pour s’acheter un bateau de 10 m qu’il a repéré à La Rochelle. Il voudrait partir dans les îles. Il fait un braquage et dans sa fuite tue un policier. En prison, Jacques Fesch se convertit : il lit la Bible, se prive de tabac, de sucre, de chocolat. Se choisit un confesseur, se plonge dans la prière. Il est guillotiné à Paris le 1er octobre 1957, les dernières lignes qu’il a écrit dans ses cahiers sont devenues le titre d’un livre : « Plus que cinq heures à vivre ! Dans cinq heures, je verrai Jésus !»

Trente ans après, en septembre 1987, le cardinal archevêque de Paris, signe le décret d’ouverture de l’enquête canonique visant à la béatification de Jacques Fesch. En 1993, Mgr Lustiger lance la cause en béatification de « l’assa-saint », déclarant que « l’assassin qu’il a été, le criminel repenti, est devenu un saint ». Pour lui, Jacques Fesch a été touché par la grâce et transformé du fait de la révélation de la foi ». « Personne n’est à jamais perdu aux yeux de Dieu. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *