23e Dim du TO A

23e Dim du TO A

23e dimanche du TO A

Le contexte de ce passage :

Pour bien comprendre cet extrait de st Mathieu, il est bon de lire le début du chapitre 18, où Jésus nous parle des formes de scandale qui risquent de faire trébucher ceux que Jésus appelle les petits. « Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en Moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on l’engloutisse en pleine mer » (Mt 18, 6) Pourquoi Jésus est-il aussi véhément ? « Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu » (Mt 18, 14). Nous sommes peut-être surpris par la dureté des paroles du Christ qui tranchent si nettement avec la miséricorde que nous lui connaissons habituellement. La raison de cette dureté est simple : il s’agit de ne pas faire tomber les petits que sont les personnes simples d’esprit, les innocents, etc. Prenons simplement l’exemple des parents vis-à-vis de leurs enfants. Leurs soucis en tant qu’éducateur, c’est que leurs ainés donnent le bon exemple pour que les plus jeunes empruntent le même chemin. Quand les parents se sentent démunis, ils passent alors par les grands-parents, le parrain ou la marraine, le professeur principal, le prêtre ou l’entraineur.

Je suis le gardien de mon frère :

« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul ». Avouons que ne ce n’est pas si simple de suivre le conseil du Seigneur. La plupart du temps, on pense que, pour ne pas avoir d’ennui, il vaut mieux ne pas se mêler des affaires des autres. « Laisse-le faire ses expériences, ce n’est pas ton affaire ». Cette attitude peut se parer de fort bonnes raisons :

  • Ne pas attenter à la liberté d’autrui,
  • L’amener à partager nos vues, ce serait estimer que nous sommes meilleurs que lui, plus intelligents, que c’est nous qui avons la vérité.

Mais le prophète Ezéchiel dans la 1ère lecture et Jésus dans l’évangile ne l’entendent pas comme cela. Dans l’Ancien Testament déjà, Caïn pose la question : « suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse 4,9). La réponse est « oui, tu es le gardien de ton frère ! » parce que nous avons le Père que nous avons dans le ciel nous a tous voulus frères. Notre sort est lié au leur et si nous avons reçu plus de lumière ou plus de force, c’est aussi pour les partager. Jésus nous associe donc personnellement à la démarche qui consiste à réintégrer les égarés, à protéger de la chute ceux dont nous avons la charge, et relever ceux qui sont tombés. L’opération « sauvetage » présente trois étapes que Jésus prend soin de décrire :

 La gradualité du reproche 

« Va lui faire des reproches seul à seul ». Vous connaissez tous cette expression : « on lave son linge sale en famille ! » Elle s’applique aussi dans le travail, dans une paroisse ou une association. Si une personne agit mal ou nous offense par son comportement, spontanément notre orgueil nous pousse à la reprendre devant tout le monde, quitte à l’humilier en public. Au contraire, en allant la voir seul à seul, nous cacherons sa faute aux yeux du monde et nous en tirerons un grand mérite aux yeux de Dieu.

« S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes » : Le fait d’en parler à une ou deux personnes est une prescription du Livre du Deutéronome, elle permet éviter l’arbitraire, de mieux se comprendre par rapport au sens des gestes ou des paroles, cela permet aussi de faire appel à d’autres pour vérifier le bien-fondé de l’interpellation. Dieu s’engage à donner le discernement « à deux ou trois personnes qui se mettent d’accord pour le lui demander ». Selon la parole de Jésus, Il se tient là au milieu de ceux qui se réunissent en son nom pour recevoir la lumière. C’est la raison pour laquelle Jésus nous dit : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Ceci ne signifie pas que le ciel se plierait à nos décisions, mais que Dieu lui-même veille à la rectitude de nos jugements lorsque ceux-ci s’exercent dans la miséricorde.

« S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église » :  s’il y a déni, mensonge ou autojustification, il faut élargir à toute la communauté. Si au final, c’est toujours le refus, on fait comme l’arbitre de foot : on sort le carton rouge afin de refuser le mal et son auteur.

Il s’agit donc de vivre une démarche de charité progressive et intra ecclésiale. Mais on ne peut utiliser la charité pour refuser de voir la vérité en face. On ne peut pas utiliser la charité pour refuser d’enquêter sur des faits. On ne peut pas utiliser la charité pour refuser de sanctionner. La situation de l’Eglise dans certains pays où les autorités religieuses ont fermé nous fait regretter d’avoir tant tardé. Toute démarche de conversion est humiliante, mais elle est nécessaire pour porter du fruit et rayonner la vérité.

Les mauvais motifs pour ne pas faire une correction fraternelle :

  • La peur d’attrister celui qui a besoin de cet avertissement. Mais un médecin hésite-t-il à dire à un patient ce qu’il doit faire s’il veut guérir ? De même, un véritable ami reste-t-il muet s’il voit son frère tomber dans un piège ?
  • Il y a des personnes qui ne feront jamais une remarque à quelqu’un de manière à toujours pouvoir le critiquer.
  • Pour d’autres, c’est souvent le cas dans le travail, si mon collègue commet toujours les mêmes erreurs et il ne progressera pas et je ne risquerai pas d’être dépassé. Il ne sera donc jamais meilleur que moi.

La nécessité de la prière :

Si nous échouons en allant voir un frère c’est parce que nous n’avons pas prié ». La dernière phrase du passage n’est pas hors sujet. Si nous voulons retirer ce frère du mauvais chemin, il faut prier pour lui de façon à ce que nous soyons plus puissants à deux.

La Vierge Marie disait à Fatima : « S’il y a des âmes qui vont en enfer, c’est parce que vous ne priez pas pour eux ». Si nous prions pour toute l’humanité, toute l’humanité sera sauvée. La prière est un acte d’amour, c’est un souci que de prier pour un être qui s’égare.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *