21e Dim du TO A
(Mt 16, 13-20)
Dans l’extrait de ce dimanche, nous voyons Pierre, poussé par une grâce particulière professer que Jésus est « Le Messie, le Fils du Dieu Vivant ». En réponse à cette confession de foi, Jésus confie à l’apôtre le Primat de toute son Eglise : « Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Lier et délier signifiait dans le langage des rabbins : interdire ou permettre. Dans l’Evangile, cela va jusqu’à absoudre ou condamner, accueillir ou exclure. Dans la statuaire ou l’iconographie, Pierre est toujours représenté avec deux clefs qui sont à la fois le symbole du pouvoir et du Royaume des cieux. Ce Royaume n’est pas de ce monde, mais il commence ici et durera éternellement. Symboliquement, Pierre va utiliser ses clés pour ouvrir successivement les portes de la grâce aux Juifs (à Jérusalem le jour de la Pentecôte Actes 2), aux Samaritains (mi-Juifs, mi-païens Actes 8), aux païens (chez l’officier romain Corneille Actes 10).
Deux façons de voir ce pouvoir des clés :
- Se dire que la prérogative solennelle reçues par Pierre : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux », se réfère uniquement aux vingt ou trente premières années de la vie de l’Eglise et que celles-ci cessent avec la mort de l’apôtre.
- Le rôle de Pierre se prolonge donc à travers ses successeurs.
A vue humaine, le fait que quelque chose décidé sur terre soit ratifié dans le ciel peut paraître fou. L’autorité et le pouvoir ont toujours fait peur. Et l’histoire de l’Eglise n’est pas indemne de certains excès ou dérapages. Au pouvoir spirituel s’est peu à peu mêlé un pouvoir politique et terrestre, et avec cela, des abus. Il faut reconnaître, que sans l’assistance spéciale du St Et ; l’Eglise n’aurait jamais tenue jusqu’à ce jour. Heureusement tous les papes qui se sont suivis, même les pires, n’ont jamais touché au mystère et à l’héritage de la foi ! C’est extraordinaire, même les papes qui ont vécu n’importe comment ont toujours transmis l’héritage de la foi, sans jamais renier la ste Eucharistie ou le pardon des péchés. Le livre des Actes des Apôtres nous rapporte différentes visions dont Pierre a été gratifié, dont celle où à trois reprises, un grand drap blanc avec des animaux impurs descendait du ciel. Par cette vision, Dieu préparait le 1er pape à se rendre chez le Centurion Corneille et à travers lui, à accueillir les premiers païens dans l’Eglise naissante (actes 10, 9-21).
Deux exemples dans l’histoire de l’Eglise pour illustrer les paroles de Jésus : « La puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ».
Le songe d’Innocent III en 1210 : L’Église catholique trop liée au pouvoir féodal, s’était éloignée de l’Evangile. Elle dut faire face à de nombreuses critiques, notamment liées au développement de l’hérésie cathare. Innocent III qui fut devenu pape à 37 ans, vit en rêve un homme en bure soutenant la basilique Saint-Jean de Latran en ruines. Ce rêve est à mettre en lien avec l’appel que François d’Assise a reçu alors qu’il priait dans la chapelle de San Damiano : « Va et rebâtis mon Église qui tombe en ruine ». François n’avait pas l’intention de fonder un Ordre religieux, mais sa conversion fit grand bruit dans la petite ville d’Assise et, à sa grande surprise, d’autres hommes le rejoignirent. Comme lui, avec lui, ils voulurent vivre l’évangile. Mais pour s’engager sur ce chemin, François désira l’approbation du pape.
Quelque temps plus tard, François et ses compagnons se rendirent à Assise pour faire valider la première règle de vie commune qu’il avait rédigé pour la communauté naissante. Quand François vint rencontrer le pape, il se fit d’abord éconduire. Innocent III le prit pour l’un des chefs d’un groupe dissident. Mais Innocent III se souvint de ce songe, et valida finalement verbalement le texte rédigé par François. Ceci nous montre que lorsque « l’Église est prête à s’effondrer, l’Esprit-Saint envoie des saints pour l’appeler à la pauvreté et à l’humilité sans lesquelles il n’y a pas de conversion possible. Accueillons-les ».
La vision de Léon XIII : Le 13 octobre 1884, après que le pape Léon XIII eût terminé de célébrer la messe dans la chapelle vaticane, il eut une extase, d’environ 10 mn au cours de laquelle, il assista à un dialogue entre le démon et Dieu. Satan demandait la permission de détruire l’Église. Pour y arriver, il souhaitait une période de 75 à 100 ans et un plus grand pouvoir sur ceux qui se mettent à son service. Dieu lui dit : “Tu as le temps, tu auras le pouvoir. Fais avec cela ce que tu veux.” Puis, le pape eut une terrible vision de l’enfer : « j’ai vu la terre comme enveloppée de ténèbres et, d’un abîme, j’ai vu sortir une légion de démons qui se répandaient sur le monde pour détruire les œuvres de l’Église et s’attaquer à l’Église elle-même que je vis réduite à l’extrémité. Alors, Saint Michel apparut et refoula les mauvais esprits dans l’abîme. Puis, j’ai vu Saint Michel Archange intervenir non à ce moment, mais bien plus tard, quand les personnes multiplieraient leurs prières ferventes envers l’Archange. » Immédiatement après cette vision le pape Léon XIII composa la prière suivante : « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat. Soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu lui fasse sentir son empire, nous vous le demandons en suppliant. Et vous, Prince de la milice céleste, repoussez en enfer par la force divine, Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde en vue de perdre les âmes. Ainsi soit-il ». Ces deux exemples illustrent les paroles de Jésus : « surcette pierre je bâtirai mon église ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle ». Mais ils doivent aussi nous stimuler à choisir le camp du Bien, à nous y tenir et à en accepter les luttes. Restons courageux, même en ce temps de crise de l’Eglise. La victoire nous est acquise. Jésus nous en a fait la promesse.