20e Dim du TA O

20e Dim du TA O

         Ce dimanche, frères et sœurs, une des clés de lecture pour comprendre le lien entre l’extrait d’Isaïe (56, 1.6-7) et l’évangile (Mt 15, 21-28), réside dans le fait que le prophète annonce que les étrangers, les non-juifs, qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, Dieu les conduirai à sa montagne sainte, c’est-à-dire le Temple Jérusalem et là, Il les comblerai de joie car la maison [de Dieu] s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples. » Ce que le prophète annonce se réalise dans la rencontre entre Jésus et la cananéenne.

Cette femme originaire de l’actuel Liban ne vient pas pour elle mais sa fille qui est tourmentée par un démon. Aussitôt, on devrait s’attendre à ce que Jésus réagisse avec empressement pour chasser le mal de cette enfant. Mais c’est exactement le contraire qui se produit. C’est un peu comme si vous avez une rage de dents, et qu’un dentiste refuse de vous soigner sous prétexte que vous ne faites pas partie de sa patientèle habituelle.

Pourtant cette femme pourrait-on dire nomme Jésus de façon exacte. Elle s’adresse à lui en professant à deux reprises sa foi : « Prends pitié de moi, Seigneur, (Kyrie eleison) fils de David », « Seigneur, viens à mon secours ! » Mais Jésus lui oppose un refus public. Pas seulement entre quatre yeux, mais public ! Cela rend la scène d’autant plus incompréhensible que l’enfant a besoin d’une prière de délivrance ou d’un exorcisme et Jésus non seulement n’agit pas !

Cette Cananéenne doit probablement ressembler à ces Italiennes qui à Lourdes arrivent toujours à se faufiler là où elles souhaitent aller, quitte à jouer des coudes pour avancer et se retrouver devant tout le monde. Elle est tellement persévérante et y mets en plus tant de voix, que ce sont les disciples qui n’en peuvent plus et s’adressent alors à Jésus : « Donne lui satisfaction, elle nous poursuit de ses cris ». Là encore, Jésus n’accomplit pas le signe demandé, il semble répondre de manière assez plate : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la Maison d’Israël », ce qui signifie : « Ma tâche 1ère, ce sont d’abord les juifs qui n’observent plus la Loi de Moïse ».

Mais cette maman ne se considère pas vaincue, elle décide d’exprimer sa foi par toute son attitude corporelle : Elle vint se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours ». Mais ce n’est pas fini : Jésus à travers une phrase quelque peu énigmatique lui fait comprendre que sa mission est prioritairement pour les juifs. « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens » (les juifs en tant que peuple élu étant les enfants, les païens étant les petits chiens). Mais la femme avec une profonde humilité et une grande foi insiste à nouveau : « C’est vrai Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ».

Restons quelques instants sur ce thème du pain. Il y a deux semaines nous avons lu le récit de la multiplication des pains (Mt 14, 13-21). Il faut en effet reconnaître que le pain, offert de façon abondante, n’a pas été apprécié à sa juste mesure. Non seulement il en est resté 12 corbeilles pleines, mais la majeure partie de la foule s’en est allée et n’a pas suivi Jésus lorsqu’il a voulu leur montrer que c’était Lui le pain de Vie : « Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner » (Jean 6, 47-51. 66).

La femme païenne reconnaît la priorité d’Israël. Elle n’est pas jalouse que les juifs soient le peuple élu de Dieu. Elle accepte que ce soit eux, « les enfants », qui aient les premiers, droit au pain. Cela ne la choque pas de faire partie des petits chiens, ces invités surprises qui guettent ce qui tombent de la table des enfants quand ils mangent mal ou jouent avec la nourriture. 

Cette femme du Liban a également un sens surprenant du dessein de Dieu : elle reconnaît que Jésus est bien le Messie, envoyé par Dieu pour la maison d’Israël. Elle reconnait Jésus comme son Seigneur et le Fils de David, mais elle refuse de croire qu’il ne puisse s’occuper que des juifs malades. Elle croit de tout son cœur que les païens, malgré la pauvreté de leur condition peuvent recevoir les secours de Dieu par Jésus son envoyé.

Cette femme gagne alors le Cœur du Christ et Jésus fait son éloge : « Femme ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie ».

          Comme à Cana, par Marie, Jésus avait anticipé son heure en répondant à la demande de sa mère, ici Jésus anticipe le début du salut des païens en répondant à la foi d’une femme non juive. Par sa foi, cette femme ne reçoit pas quelques miettes de pain, mais « le pain de Vie » qu’est Jésus lui-même que les Juifs ont refusé alors qu’il leur était destiné.

         Alors posons-nous la question : pourquoi Jésus a-t-il tant fait attendre cette femme ? A cette époque, il y avait beaucoup de guérisseurs, de thaumaturges, d’exorcistes itinérants. Mais Jésus ne voulait pas être un parmi d’autres. Il voulait que dans le cœur de cette femme, il soit le Premier et l’Unique.

         Il y a quelque temps, une personne a demandé à me parler pensant que, du fait qu’elle n’arrivait pas à trouver chaussure à son pied, elle aurait peut-être pu être bloquée dans sa vie sentimentale par un sort. Elle était allée chez un guérisseur, avait fait venir quelqu’un qui avait examiné sa maison, portait sur elle des fameuses pierres et venait même de s’acheter un chapelet, qu’elle avait dans sa poche. Je lui ai posé quelques questions quant à la prière personnelle, la messe dominicale, la confession : rien !

Parmi vous, beaucoup connaissent Lourdes. Je peux me rendre à la Grotte et me dire qu’il faut que je touche le Rocher le plus grand nombre de fois, éventuellement pour y capter les énergies positives. Je peux aussi le faire en récitant le crédo : « Je crois en Dieu le Père… » ou les paroles du Psaume 30/31 (2-4) : « Seigneur, c’est Toi j’ai mon refuge ; Sois le rocher qui m’abrite, la maison fortifiée qui me sauve. Ma forteresse et mon roc, c’est Toi ». Pareillement on peut aller brûler son cierge parce qu’on nous a dit de le faire, parce que c’est joli, ou bien en disant : « Seigneur, c’est Toi ma Lumière, viens éclairer mes choix » Ce n’est pas tout à fait pareil. Jésus veut être le Premier et l’Unique, pas juste un parmi les autres. C’est la grande leçon de ce dimanche. Leçon si difficile à mettre en œuvre, même chez bon nombre de pratiquants.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *