19e Dim du TO A

19e Dim du TO A

Jésus marche sur la mer (saint Matthieu, 14, 22-33)

 

Ce dimanche, frères et sœurs, je voudrais commencer par donner quelques clés de lecture pour bien comprendre la symbolique qui est utilisée dans le récit où Jésus marche sur l’eau.

Rappelons-nous tout d’abord que les Hébreux n’étaient pas un peuple de marins. Pour eux, c’est une fois qu’on est sur la terre ferme, qu’on se trouve en sécurité. C’est toute la différence par exemple avec les Grecs pour lesquels la mer est une amie. En effet leur pays est composé de plus de 1200 iles et pour se déplacer de l’une à l’autre, il n’y avait que le bateau.

La mer, c’est à la fois beau et terrible. Les Hébreux la craignaient et l’assimilaient au Mal, à la puissance de l’enfer. Remarquons au passage que dans le 1er récit de la Création de la Bible, dès le 3e jour, Dieu triomphe de la mer. Il lui demande de se retirer pour que la terre ferme apparaisse (Gn 1, 9-10). Pour comprendre l’extrait d’évangile de ce dimanche, il faut donc se placer dans cette perspective. Les apôtres sont dans la barque en train de ramer contre le vent. Jésus, qui leur a ordonné de traverser le lac, seuls, les rejoint en marchant sur la mer.

Cette barque, c’est l’outil de travail de Pierre qui va expérimenter au moins deux pêches miraculeuses : la 1ère (Luc 5, 1-11) juste avant sa décision de tout quitter pour suivre Jésus, la seconde (Jean 21, 1-7a), après la Résurrection. Cette barque, c’est aussi le symbole de l’Eglise. Or, force est de constater qu’actuellement, elle est bien malmenée. En 2005, lors du Chemin de croix du vendredi saint, le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, le reconnaissait : « Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler. »

Les tempêtes qui menacent l’Eglise sont diverses. Il y a celles qui proviennent de l’extérieur (l’anticléricalisme, les moqueries contre l’Eglise, la sape systématique de son message sur le mariage, le respect de la vie naissante jusqu’à la vie finissante, etc.), mais aussi celles qui viennent de l’intérieur. Sur ce point, saint Augustin qui a écrit une homélie sur ce passage de Matthieu 14, 22-3, explique : « qu’en l’absence du Christ, chacun sur ce navire est battu par la tempête, par les péchés et les passions auxquelles il s’abandonne. (…) Combien effectivement sont nombreuses les pensées qui s’élèvent dans le cœur de l’homme ! Aussi quand le Christ n’y est plus, les flots du siècle et des tempêtes sans cesse renaissantes se disputent son navire ». Par contre, dès que Jésus monte dans la barque, « la foi est affermie, il n’y a plus de doute, la tempête est apaisée et l’on va mettre en paix le pied sur la terre ferme. » C’est alors que tous se prosternent en s’écriant : « Tu es vraiment le Fils de Dieu ! »

Au terme de son pontificat, le 27 février 2013, Benoît XVI, deux jours avant de renoncer à sa charge, confirmait les propos de saint Augustin : « J’ai toujours su que dans cette barque (de l’Église), il y a le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Église n’est pas la mienne, n’est pas la nôtre, mais est la sienne. Et le Seigneur ne la laisse pas couler ; c’est Lui qui la conduit, certainement aussi à travers les hommes qu’Il a choisis, parce qu’Il l’a voulu ainsi ».

Le constat du cardinal Ratzinger de 2005 est malheureusement toujours d’actualité, mais par chance, ses paroles prononcées en 2013, le sont aussi. Evoquons ici plusieurs tentations mises en lumière par Augustin et qui peuvent nous guetter :

–         La 1ère tentation : celle de se laisser troubler par la situation. Ne ressemblons pas aux disciples qui prennent Jésus pour un fantôme. Augustin dit que : « l’incertitude sur l’identité de Jésus ETAIT PLUS DANGEREUSE pour l’âme des disciples que les vagues ne l’étaient pour leur corps ».  

  • 2e tentation : celle de vouloir quitter la barque. Augustin rappelle que tout voyage comporte des tempêtes. Sur un bateau, il y a des dangers certes, mais en-dehors du navire notre perte est certaine, car on a beau être un excellent nageur, dans l’océan, c’est impossible de résister. Alors pourquoi rester dans la barque ? Pour « traverser cette mer, il nous faut être sur un navire, appuyés sur le bois. Et ce bois qui soutient notre faiblesse, est LA CROIX même du Seigneur, dont nous sommes marqués et qui nous préserve des gouffres de ce monde ».
  • 3e tentation : se dire « tout est foutu, il n’y a plus rien à faire ». Là encore Augustin nous recommande : « Reste donc dans ce vaisseau, et prie Dieu. Lorsqu’on ne sait plus que faire, lorsque le gouvernail ne peut plus diriger et que le déploiement des voiles contribue à accroître le danger plutôt que de pourvoir au salut, on laisse de côté tous les moyens et toutes les forces humaines, et les nautoniers n’ont plus d’autre soin que de prier Dieu et d’élever la voix jusqu’à Lui ».

Avec toutes ces explications, nous comprenons que lorsque Jésus marche sur la mer, cela signifie qu’Il l’écrase de ses pieds et Il n’a pas peur d’elle. Il est plus fort que Satan ! Notre foi c’est de croire de Jésus qu’Il « a vaincu le monde » et qu’Il donne ce pouvoir à Pierre et à tous ses disciples « en mon nom, ils expulseront les démons » (Marc 16, 17). Ce disciple, c’est vous, c’est moi. Nous ne sommes pas tous appelés à être exorcistes, c’est une fonction officielle que l’évêque ne confie qu’à l’un ou l’autre prêtre dans son diocèse. Par contre, chacun de nous, en raison de son baptême, par lequel nous sommes devenus « prêtre, prophète et roi », peut, dans le Nom de Jésus, chasser le démon de la jalousie de son propre cœur, juguler celui de la colère, maitriser celui du mensonge, etc. Ne soyons pas de ceux qui doutent, mais de ceux qui reconnaissent que Jésus est « Vraiment, le Fils de Dieu » !

Dans quelles circonstances de notre vie pouvons-nous dire que « le vent est fort » ou qu’il est contraire : la santé (quand notre corps est marqué par différentes infirmités), l’éducation des enfants ou des petits-enfants (quand ceux-ci prennent des chemins qui nous font honte ou de la peine), le travail (lorsque l’ambiance est détestable, …), un héritage à partager (avec des injustices flagrantes, des mésententes profondes, des préférences inacceptables, etc…) des habitudes dont on voudrait se débarrasser (des addictions à l’alcool, à la pornographie, au sexe, à la drogue, aux jeux d’argent, …). Peut-être avons-nous du mal à gérer un aspect de notre vie, ou bien rencontrons-nous des circonstances qui ne nous sont pas du tout favorables et qui n’ont pas l’air de vouloir s’en aller ?

Eh bien, Dieu veut intervenir pour nous. Comme Jésus s’est déplacé au milieu de la mer pour les disciples, Il veut aussi venir à nous aujourd’hui. Seulement, nous mettons souvent Dieu dans une boîte en nous attendant à ce qu’Il agisse d’une certaine façon. Or Dieu, parce qu’Il est le « Maitre », fait ce qu’Il veut ! Comme Il le veut et quand Il le veut ! Pour nous, ce qui compte, c’est de faire tout le chemin vers Jésus et pas seulement la moitié, d’aller jusqu’à Lui et non pas de nous arrêter en cours de route ou de traversée.

Croire en la toute-puissance de Jésus sur la mort, la mer, sur Satan, c’est également croire en la parole de Jésus qui nous dit : « Celui qui croit en Moi fera les œuvres que Je fais. Il en fera même de plus grandes » (Jean 14, 12). Ayons foi en Celui qui nous dit : « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, Je suis vainqueur du monde » (Jean, 16, 33).

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