18e Dim du TO A
Nous avons tous un jour fait l’expérience d’éprouver le besoin de prendre un peu de temps pour souffler, réfléchir après un échec ou nous poser la question du sens que prend notre vie. Dans l’évangile de ce dimanche, c’est initialement le souhait de Jésus qui vient d’apprendre l’exécution de Jean le Baptiste. Les circonstances et la cruauté de cette mort dramatique sont les suivantes : Jean était la voix de la conscience d’Hérode. Ce dernier avait pris pour épouse Hérodiade, la femme de son frère et par cet acte, il donnait un très mauvais exemple à ses sujets. Si Hérode avait de l’estime pour Jean, Hérodiade au contraire le haïssait viscéralement. Lors son anniversaire, Hérode, assista une danse envoutante et lubrique exécutée par la fille d’Hérodiade. Sous l’effet de l’alcool, il lui fit la promesse de lui donner jusqu’à la moitié de son royaume. L’adolescente chercha conseil auprès de sa mère qui lui fit immédiatement demander la tête de Jean le Baptiste. Jean et Jésus étaient non seulement des proches parents, mais tous deux étaient encore liés par une profonde amitié spirituelle. A travers la disparition du Baptiste, Jésus pressent que cette mort annonce la sienne. C’est la raison pour laquelle, il a besoin de solitude pour réfléchir à son ministère et laisser Dieu lui parler dans le silence de son cœur.
Pourtant tout se passe comme si le Père céleste ne le lui permettait pas. Les foules ont en effet deviné l’intention de Jésus et elles le précèdent sur le lieu qu’Il a choisi pour se retirer à l’écart. Regardons ce que fait Jésus. Au lieu de s’agacer parce que son projet se trouve contrarié, Il s’oublie lui-même, et ne voit plus que la détresse de ces hommes et de ces femmes qui affluent de toute part vers Lui : « il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades ». Arrêtons un instant ici et posons-nous la question sur nos réactions quand un projet tombe à l’eau parce qu’une personne qui a besoin de nous, vient nous déranger. Acceptons-nous de revoir notre programme ou sommes-nous aux abonnés absents ?
Comme le jour baisse, les disciples réagissent avec bon sens et exhortent leur Maître à renvoyer la foule. Mais Jésus ne l’entend pas ainsi. Parcourant du regard les milliers de visages tournées vers lui, Il va rendre actuel le passage du Psaume 144 que nous venons de lire : « Les yeux sur Toi, tous, ils espèrent : Tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; Tu ouvres ta main : Tu rassasies avec bonté tout ce qui vit ».
Il répond donc aux disciples : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ces derniers mois, nous avons fait l’expérience du besoin alimentaire et des filles d’attente à l’entrée des magasins. Nous sommes parfois marqués par les images de camps de migrants, de réfugiés ou par ces enfants qui fouillent les décharges pour y trouver un peu de nourriture. A part donner un peu d’argent, nous nous sentons démunis. Mais il n’y a pas que cette faim-là.
Autour de nous, des couples ou des familles souffrent de manque de reconnaissance, de tendresse, d’un regard, d’un peu de temps donné, de paroles valorisantes, etc…
« Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Dans l’histoire de l’Eglise, nous voyons combien ces paroles de Jésus ont inspiré un grand nombre de fondateurs d’Ordres et de Congrégations religieuses consacrés à l’exercice de la charité : saint Vincent de Paul, saint Don Bosco, Ste Mère Teresa pour ne citer que les plus connus. Dans l’Eglise comme dans la société, on ne trouve pas des gens qui consacrent toute leur vie à une cause, s’ils n’y adhèrent pas avec le cœur. Pour comprendre ce qui a été le moteur des grands saints comme des hommes et de femmes de conviction, il faut nous attarder sur l’expression : « Jésus fut saisi de compassion envers eux ».
En français, pour dire que nous sommes émus, nous utilisons l’expression : « j’ai le cœur brisé ». En grec, l’expression « avoir compassion » signifie littéralement « être remué dans ses intestins. » La compassion est donc un sentiment qui se rapporte à quelque chose de viscéral en nous, à une partie profonde et intime de notre personne. Jésus, en apercevant la foule, s’identifia à la faim de tous ces hommes au point qu’il en eut le cœur transpercé.
Pourquoi le Seigneur n’a-t-il pas lui-même donné à manger puisque c’est lui qui fut pris de compassion? Jésus savait très bien que les disciples n’avaient pas les moyens de nourrir les gens mais il désirait faire appel à eux pour l’aider à accomplir cette tâche. Il aurait pu le faire tout seul, mais il voulut que les disciples attendrissent leur cœur et l’imitent dans sa compassion. St Vincent de Paul en voyant et en aidant les pauvres disait : « J’ai peine de votre peine ». Cette attitude rejoint le verset des Béatitudes où Jésus dit : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ».
Jésus nous appelle aujourd’hui à faire de même. Il nous appelle à devenir les canalisations de ses bénédictions. Face à nous, il y a des affamés de toutes sortes qui attendent un peu de compassion, d’écoute, de temps, une parole de bienveillance, un encouragement ou une aide de notre part. Il est facile de se sentir dépassé par l’immensité de la tâche. Nous regardons nos maigres ressources, et nous nous disons paralysés : « Cela ne suffira jamais pour tout le monde ». Lorsque Mère Teresa décida de quitter sa congrégation pour aller dans les mouroirs de Calcutta, personne ne pariait sur elle : « elle sait à peine allumer une bougie » disait-on d’elle. Finalement, elle a été rejointe assez rapidement par d’anciennes élèves qui ont fait des émules. C’est de cette façon-là que progressivement, sa congrégation a essaimé dans les 5 continents et compte plusieurs milliers de religieux et de religieuses. Jésus a dit : « Donnez, et on vous donnera. » « Celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème en abondance moissonnera en abondance ».
Le miracle de la multiplication des pains devient alors une leçon spirituelle d’encouragement pour les disciples de tous les temps. C’est comme si Jésus disait : « Toi, joue ta partition, Moi, je jouerai la mienne. Ne t’occupe pas de ce font ou ne font pas les autres ! Joue ta partition et peut-être quelqu’un t’imitera ». St Ignace disait : « Agis comme si tout ne dépendait que de toi, prie comme si tout ne dépendait que de Dieu ».
pains devient alors une leçon spirituelle d’encouragement pour les disciples de tous les temps. C’est comme si Jésus disait : « Toi, joue ta partition, Moi, je jouerai la mienne. Ne t’occupe pas de ce font ou ne font pas les autres ! Joue ta partition et peut-être quelqu’un t’imitera ». St Ignace disait : « Agis comme si tout ne dépendait que de toi, prie comme si tout ne dépendait que de Dieu ».