François de Sales et Jeanne de Chantal

François de Sales et Jeanne de Chantal

Saint François de Sales et ste Jeanne de Chantal

Introduction :

Avec Saint François de Sales et ste Jeanne de Chantal, nous quittons aujourd’hui le Moyen âge, pour nous retrouver à la fin du XVIe siècle, époque de la réforme protestante.

Dans l’Eglise catholique se termine un concile important, le Concile de Trente, qui vient, en réponse aux théories de Luther, de confirmer la doctrine des sept sacrements.  On assiste à la rédaction d’un catéchisme, la création de séminaires pour les futurs prêtres.

L’Europe est déchirée par les guerres de religion. François de Sales naît le 21 août 1567 et en 1572, 5 ans plus tard, ce sera le Massacre de la Saint-Barthélemy.

.I- François de Sales : qui est-il ?

  1. Sa naissance

François naît au château de Sales à Thorens, en Haute-Savoie. Ses parents François de Boisy et sa mère, Françoise, appartiennent à la bonne noblesse savoyarde. Ils mènent une vie chrétienne exemplaire et sont ennemis déclarés du protestantisme.

Françoise qui est d’une piété profonde, consacre son fils au Seigneur, dès le sein maternel, lors du passage du Saint Suaire dans sa paroisse. La naissance a lieu prématurément le septième mois, mettant en danger la vie de la mère et celle de l’enfant qui est baptisé dans l’église du village. Par la suite, neuf frères et sœurs viennent au monde.

L’enfant, qui reste fragile, reçoit sa première formation chrétienne de sa mère. Tout petit, on le voit jouer à dire la messe. Mais son père est très dur et il voit souvent sa mère pleurer. Il se réfugie souvent dans ses bras. « Mon Dieu et ma mère m’aiment bien » est son premier mot d’enfant. Pour la maman, c’est sûr, cet enfant a la vocation. Mais pour son père, il doit devenir sénateur au parlement de la Savoie, qui n’est pas encore rattachée à la France.

  • Sa formation

Monsieur de Boisy donne ensuite un percepteur à François, M. Déage, un homme un peu brutal.  Il lui arrive de gifler l’enfant et comme M de Boisy lui-même se montre déjà sévère, il est heureux pour François qu’il ait eu une mère attentive.

  • Quand il a 7 ans, il est envoyé dans un premier petit collège. C’est un bon élève.
  • A l’âge de huit ans, François fait sa communion et sa confirmation avec ferveur et prend la décision de visiter chaque jour Jésus au tabernacle.
  • Il a 15 ans lorsque son père l’envoie à Paris pour suivre ses études au Collège. (Lycée Louis le Grand aujourd’hui) C’est une éducation difficile, la sévérité y est excessive, les élèves sont mal nourris.
  • Puis il part suivre quatre ans d’études classiques au collège de Clermont à Paris, tenu par les Jésuites. Il y est accompagné de son précepteur. Il y apprend les Belles-Lettres, et ajoute au programme : la philosophie, la théologie et l’Écriture Sainte. Il y devient un homme de la Renaissance sur le plan intellectuel et obtient un baccalauréat en arts. Par obéissance à la volonté de son père qui voudrait le voir devenir magistrat, il acquiert les compétences attendues de la noblesse. Il fréquente les salles d’armes et de danse. Mais à tout cela, il préfère les visites dans les églises.
  • Devenir prêtre

C’est alors qu’à 19 ans, il traverse une grave crise spirituelle : pendant 6 semaines, il se croit prédestiné à l’enfer.

Il ne peut ni manger ni dormir. C’est le désespoir.  Cela le torture au point qu’il en tombe malade. Mais un soir, en entrant dans une église, désespéré, il court à la chapelle de la Vierge, prend un document sur lequel est écrit le « Souvenez-vous » écrit par saint Bernard. Il la dit avec ferveur et se relève transformé : il a retrouvé l’espérance. Il s’engage alors à réciter le chapelet tous les jours.

Après 10 ans d’absence, il rentre enfin en Savoie, mais son père l’envoie à Padoue pour étudier le droit pendant 3 ans. Il tombe malade, au point que son précepteur qui l’accompagne toujours lui demande ses ordres pour sa sépulture. Finalement, il guérit et obtient un doctorat en droit. À son retour, son père lui prépare un brillant mariage.

« Cette jeune fille mérite mieux que moi » lui dit-il, et François annonce alors son désir de devenir prêtre à son père. Ce dernier finit par se laisser convaincre : « Mon fils, faites de par Dieu ce que vous dites qu’il vous inspire ».

Il n’y a pas encore de véritable séminaire à l’époque. François se prépare donc avec l’aide d’un prêtre. Il revêt alors la soutane noire que sa mère avait préparée en secret, en disant : « Je prends l’habit de saint Pierre ». Il reçoit l’ordination sacerdotale au bout d’un an, le 18 décembre 1593 pour le diocèse de Genève, il a alors 26 ans. Les notes prises par lui avant l’ordination témoignent de nombreuses grâces mystiques. 5 ans plus tard, il devient le coadjuteur de son évêque. Pour son installation, François fait un sermon qui n’a rien d’ordinaire. C’est un vrai programme de reconquête de Genève sur les protestants, ni par le fer, ni par le sang mais par la charité et la bonne théologie.

François regarde souvent du côté de Genève. L’évêque de Genève résidant à Annecy, ne se console pas de sentir ses provinces sous la domination calviniste. Un jour, n’y tenant plus, il réunit son clergé en vue d’une solution pour reconquérir Genève et le Chablais. L’entreprise est dangereuse. Tout est à reconstruire. Dans l’incertitude des lendemains politiques, la population n’ose pas revenir à la religion catholique. D’ailleurs, les bourgeois ont leurs intérêts commerciaux en pays protestants.

François se lève : « Monseigneur, si vous m’en jugez capable, je suis prêt à partir ».

Son père devient comme fou en apprenant la nouvelle. Il se rend chez l’évêque, tombe à ses genoux en disant : « Monseigneur, c’est une victime que vous envoyez à la boucherie ».

François part donc à Thonon pour prêcher. Mais très vite, la situation s’avère très difficile : le Consistoire interdit aux calvinistes, par ordonnance publique, d’assister à ses prêches. François décide alors d’imprimer ses sermons sur des feuilles volantes qu’il placarde dans la ville afin que la population les voie, ce qui à l’époque est une innovation majeure dans la communication. C’est pour cette raison que l’Église a fait de lui le saint patron des journalistes et des écrivains.

C’est une mission de tous les dangers. Il échappe de justesse aux loups en grimpant dans un arbre où les paysans le retrouvèrent, au matin, gelé ; à une embuscade d’hommes armés, bien décidés à le tuer.

Après deux ans de labeur ingrat, des conversions retentissantes se réalisent. Accueilli au Chablais par vingt familles catholiques, il en repart ne laissant que vingt familles encore protestantes.

C’est donc tout auréolé de cette gloire de “ convertisseur ” du Chablais qu’il arrive à Paris en 1602, envoyé comme coadjuteur de son évêque pour une mission diplomatique auprès du roi Henri IV. On lui demande de prêcher le Carême au Louvre, dans la chapelle de la Reine.

  1. François évêque

Sur le chemin du retour, François apprend la mort de son cher évêque. Le 8 décembre 1602, il reçoit la consécration épiscopale dans l’église où il avait été baptisé, à Thorens. (La cathédrale de Genève étant occupée par les protestants). C’est à Annecy qu’il siège : il ne mettra jamais les pieds dans sa cathédrale. Le voilà évêque à trente-cinq ans. Il prend pour modèle saint Charles Borromée. (1538 et mort à Milan le 3 novembre 1584)

C’est un drôle d’évêque pour l’époque :

  • Il vit pauvrement.
  • Au risque de se rompre les os dans la montagne et la glace il visite jusqu’au plus petit hameau, afin de ranimer partout la ferveur. Le soir venu, il ne peut plus remuer ni son corps ni son esprit, tant il est fatigué : « mais le matin, je suis plus gai que jamais ! »
  • Il se préoccupe de la réforme des maisons religieuses.
  • À ses prêtres, il commence par enseigner la théologie, tellement il déplore leur ignorance.
  •  Il organise partout des catéchismes et enseigne lui-même dans sa cathédrale remplie d’enfants… et d’adultes.
  • C’est un prédicateur au verbe puissant et plein de charme, qui parle à la fois comme un père et un enseignant. Il accepte volontiers de donner des prédications dans d’autres diocèses. Pendant sa vie, il prêche plus de 4000 sermons.
  • Pour les moines, il travaille à ranimer les communautés attiédies.
  • Au confessionnal, il montre un cœur « paternellement maternel ». Il pleure avec les pénitents. Dans la cathédrale, il fait transporter son confessionnal tout près de la petite porte pour que les pécheurs honteux puissent s’y glisser discrètement.

Son zèle et son dévouement font l’admiration de toute la France où on le considère bientôt comme le modèle de la sainteté épiscopale. Son ami Vincent de Paul dira : « Que Dieu doit être bon, puisque Mgr de Genève l’est déjà tellement ! »

II La rencontre avec Jeanne de Chantal

  1. La rencontre

En 1604, François se retire au château de Sales pour préparer le Carême qu’il doit prêcher à Dijon. Un matin, pendant sa prière, il voit dans un songe une jeune femme toute habillée de noir.

A la même période, une jeune veuve, Jeanne de Chantal priait afin que Dieu lui montre qui pourrait l’accompagner dans son cheminement spirituel. Un matin, alors qu’elle était à cheval, elle voit non loin d’elle, au pied d’un coteau, un homme inconnu d’elle, ressemblant à un évêque, grand, de figure angélique et d’un air majestueux. Une voix intérieure lui dit : « Voici le guide bien-aimé de Dieu et des hommes, entre les mains duquel tu dois reposer ta conscience ». Une fois la vision disparue, elle en garde l’image.

François se rend donc à Dijon, prêcher à l’occasion du carême. La baronne de Chantal, est là, au premier rang, François la remarque d’emblée. Il reconnaît la femme de sa vision.

Quant à elle, elle boit ses paroles : « Je le regardais comme un ange du Seigneur » dira-t-elle plus tard. C’est un vrai coup de foudre spirituel. En tout cas, le résultat ne se fait pas attendre Il devient son guide spirituel et, petit à petit, il va l’accompagner donnant une orientation nouvelle à sa vie. Elle a trente-deux ans, François, lui, en a trente-sept.

Cette rencontre va engager toute leur vie, les marquer en profondeur, réorienter leur spiritualité.

  • La vie de Jeanne avant de rencontrer François

Née à Dijon en 1572, elle est la fille de M. Frémyot, président au parlement de Bourgogne. Jeanne reçoit une éducation forte et profondément chrétienne.

À 20 ans, elle épouse un baron sans argent, Christophe de Rabutin-Chantal. La plupart du temps, son mari est à la cour du roi Henri IV ou à la guerre. Elle réussit à diriger seule, tout en étant rayonnante de foi, les affaires de leur domaine.

Elle se lève tôt, se rend à la messe, s’occupe aussi des pauvres du village. De leur union qui dure neuf ans, elle a 6 enfants dont 2 qui meurent en bas âge. Son aîné, Celse-Bénigne, deviendra le père de Mme de Sévigné.

En 1601, son mari meurt, victime d’un accident de chasse. C’est une horrible épreuve : elle est veuve à 28 ans avec 4 enfants, l’aîné a 5 ans et la cadette 3 semaines. A la demande de son beau-père, elle part vivre au château de Monthelon, près d’Autun, avec ses enfants.

A partir du moment où François accepte de la prendre sous sa direction spirituelle, elle apprend à faire taire son imagination, à repousser les tentations dont elle est l’objet, la colère aussi, contre le meurtrier de son mari. Elle lui confie ses inquiétudes de jeune mère, ses devoirs de fille, de belle-fille. François la comprend, il l’aide, la console, l’encourage. Sa vie familiale doit être sa priorité, lui répète-t-il.

Elle apprend également à être « toute joyeuse », et à prendre ses maux en patience. Elle s’affermit spirituellement, résiste aux pressions répétées de son père qui rêve pour elle de remariage.  Grandit alors en elle un immense désir de se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. Mais comment faire alors qu’elle est mère et que le souvenir de son mari la tourmente encore ? Patience, répond François.

En retour, Jeanne aide François à mettre des mots sur sa propre spiritualité, à la tirer au clair. Elle l’humanise, l’inspire dans son désir de donner à l’Église un nouvel ordre religieux. Son dévouement à son diocèse en sera décuplé : il fera neuf cents ordinations sacerdotales en vingt ans d’épiscopat. Elle va lui permettre de réaliser un de ses grands projets.

  • La naissance de la Visitation

Depuis longtemps en effet, François de Sales a une idée. Il admire les qualités d’organisation de sa dirigée. Il sait que cette femme énergique est de la trempe des fondatrices.

L’histoire des congrégations religieuses montre que dans la majorité des cas, il a fallu du temps aux fondateurs pour mettre au point leur fondation.

De fait, François va attendre encore quelques années pour lui dévoiler son plan : un institut féminin au service des pauvres, mais qui n’exige ni cloître, ni austérités excessives… La réponse de Jeanne est immédiate : c’est oui ! Mais il faut attendre encore deux ans pour que le projet voit le jour. Car il faut assurer l’avenir de ses enfants et convaincre son père…

En 1610, après un conseil de famille, elle quitte la demeure familiale. Celse-Bénigne, son fils adoré de quinze ans se jette à ses pieds, la suppliant de ne pas l’abandonner. (Cf Marie de l’Incarnation). Mais la décision est prise, elle part pour Annecy et s’installe dans une toute petite maison qui sera le premier monastère.

C’est la naissance de la « Visitation Sainte-Marie » Ce nom est choisi pour mettre en valeur les vertus illustrées lors de la visite de Marie à sa cousine Élisabeth : l’humilité, la piété et la charité mutuelle. La Vierge Marie est en effet un modèle important pour François de Sales.

Cette fondation originale est destinée à accueillir les femmes de santé fragile et les veuves désirant vivre la vie religieuse. Elles commenceront par aller aussi visiter les pauvres et les malades d’Annecy.

En juin 1610, Jeanne prononce ses premiers vœux. La baronne de Chantal devient Mère de Chantal ! Très vite des postulantes arrivent et l’Ordre s’accroît. Jeanne de Chantal vit une véritable ascension spirituelle et mystique mais les débuts de l’ordre sont difficiles. Pendant deux ans, les religieuses vivent dans la misère au point que les sœurs tombent malades les unes après les autres. A la pauvreté s’ajoutent des calomnies et des oppositions.

De 1615 à 1641, elle fonde des monastères. Au début elle se rend là où François l’envoie, puis après la mort de François, là où les besoins de l’Eglise se font sentir. À cheval, en litière, elle voyage pour fonder ou visiter de nouvelles communautés. Elle est proche des petits. Les gens d’Annecy la vénèrent. Elle fréquente aussi les grands de ce monde : Anne d’Autriche lui demande de bénir le dauphin, le futur Louis XIV.

(C’est à la Visitation Sainte-Marie, que le 2 juillet 1688, le Sauveur lui-même confirmera la vocation spéciale de l’Institut. (Cf Marguerite-Marie))

Les Visitandines ne sont pas les seules héritières de l’esprit de saint François de Sales. Dans la vision qui précéda la fondation de la Visitation, François de Sales avait vu, au fond d’une vallée, un arbre dont les branches en s’allongeant, passaient par-dessus les montagnes.

Ces branches s’étendent aujourd’hui sur toute la terre avec 42.000 membres dont 32.000 pour les Salésiens de Don Bosco.

Saint François de Sales n’a jamais cherché à faire une carrière d’écrivain. Et pourtant, il a produit une œuvre relativement considérable. Certains de ses ouvrages sont devenus des classiques de la littérature spirituelle. Il écrit dans les rares instants de loisir que lui laisse son emploi du temps surchargé.

  • Ses premiers livres étaient consacrés à la controverse avec les protestants. Dès le temps des missions du Chablais, il avait fait imprimer des tracts destinés à être distribués aux protestants, mais c’est longtemps après sa mort qu’ils furent réunis en un volume intitulé Controverses  (1672)
  • Pour défendre contre les pasteurs calvinistes le culte de la Croix, il avait publié lui-même la Défense de l’étendard de la sainte Croix  (Lyon, 1600).
  • En mars 1608, le Père Jean Fourier, jésuite de Chambéry, ayant eu connaissance des lettres écrites par Saint François à sa cousine Mme de Charmoisy, le pressa d’en tirer un traité spirituel. L’évêque y consentit et en fit l’Introduction à la vie dévote. Le succès de l’ouvrage fut extraordinaire.
  • Les expériences mystiques de Mme de Chantal, et aussi les siennes, l’avaient amené, dès 1607, à songer à écrire un Traité de l’amour de Dieu, mais il ne put y travailler que très lentement et reprit plusieurs fois sa rédaction, si bien que l’œuvre parut seulement en juillet 1616, à Lyon.
  • D’autres ouvrages furent publiés à titre posthume, dont spécialement les Épîtres (1626) et les Entretiens (1629). Dès 1637, Jeanne de Chantal fit donner une édition des Œuvres complètes reprise et augmentée en 1641. Une excellente édition critique a été faite de 1892 à 1964 par les visitandines d’Annecy. On y trouve en particulier tout ce qui reste de l’abondante correspondance du saint, soit 2100 lettres ou fragments.

La dévotion dans la vie quotidienne

Ses préoccupations au départ, sont surtout pratiques et elles visent l’ensemble des chrétiens. Il cherche à conduire le fidèle à un engagement total de sa personne envers Dieu. Cet engagement s’impose à tous, dit-il, quelle que soit la situation où l’on se trouve placé ; mais, en même temps, il ouvre à chacun la voie de la sainteté pour tous les états de vie, ce qui à l’époque est inhabituel.

Pour y parvenir, il propose à ses lecteurs, un certain nombre d’attitudes concrètes, extérieures et intérieures, par exemple sur la prière, les obligations familiales, la vie conjugale, où la solidité du fond se joint à la beauté et à la poésie de la forme, créant ainsi une spiritualité de la vie quotidienne et du devoir d’état qui est demeurée une constante de la pensée chrétienne.

Mais il est sans cesse préoccupé de s’en tenir aux limites des possibilités de l’être humain. D’autre part, sa formation humaniste se retrouve dans sa vision optimiste sur la nature humaine, que la chute de nos premiers parents n’a point entièrement viciée et pervertie. Même déchue, la créature garde encore une orientation spirituelle qui le fait désirer, chercher et aimer Dieu par-dessus toutes choses.

4- Les dernières années

Lorsque François sent sa fin approcher, il accepte néanmoins diverses missions apostoliques et en particulier une affaire importante : En 1622, il doit accompagner le duc de Savoie à Avignon pour la conclusion d’une alliance entre la Savoie et la France, dans des conditions qui devaient favoriser le catholicisme dans les deux pays.

Il se dépense sans compter dans cette affaire puis sur le chemin du retour rends visite à la Mère de Chantal qui est à Lyon. Elle a la joie de revoir François. Ce sera leur dernière entrevue, elle va durer 4 heures, François, qui sent ses forces décliner, ne traite que de la Visitation, cette œuvre qu’il lui confie désormais.

C’est là qu’il meurt e disant : « Il se fait tard et le jour baisse ! Jésus ! Marie ! ». Il était 8 h du soir, le 28 décembre 1622 en la fête des saints Innocents, François avait 55 ans.

Bien que son chagrin soit immense, Jeanne redit un oui total à la Volonté de Dieu. Aussitôt, elle entreprend de réunir les écrits, lettres et sermons de son « Bienheureux Père » en vue de leur publication et de l’ouverture d’un dossier en canonisation.

Saint Vincent de Paul, a témoigné au procès de canonisation : « En me rappelant Monsieur de Genève j’en éprouve une impression si extraordinaire, que je suis porté à voir en lui l’homme qui a le mieux reproduit sur terre l’image de Jésus-Christ ! »

Il sera canonisé par Alexandre VII le 19 avril 1665 et en 1877 Pie IX le déclarera Docteur de l’Eglise.


Seule pour guider la Visitation qui n’a que 12 ans d’existence, elle refuse le titre de Mère générale, mais son influence spirituelle est incontestée. C’est elle qui permet l’achèvement de l’œuvre entreprise, grâce à la justesse de son discernement, la sagesse de ses conseils, sa fidélité parfaite à l’esprit du Fondateur.

Les fondations continuent. Si Mère de Chantal n’est pas présente à chaque commencement, elle le « porte dans son cœur ». Sans cesse, elle visite de nouvelles maisons : des centaines de kilomètres à cheval puis en litière à travers la France, la Lorraine, la Savoie et le Piémont.

Peu à peu se creuse autour d’elle une grande solitude : son fils meurt au combat en 1627, suivi de sa jeune épouse en 1633 qui laisse une petite orpheline : la future Mme de Sévigné ; bientôt c’est son gendre qui laisse Françoise seule avec ses deux enfants. Au cours de l’année 1637, meurent trois des premières Sœurs entrées en 1610.

Un dernier voyage pour le bien de l’Ordre la conduit à Moulins. C’est là qu’elle s’éteint le 13 décembre 1641 entourée de ses Filles à qui elle recommande la fidélité et l’union des cœurs. Lla Visitation compte alors 87 monastères. Jeanne de Chantal achève sa vie comme elle l’a vécue : dans la seule pensée de Celui dont elle prononce le nom par trois fois avant de rendre le dernier soupir : Jésus ! Jésus ! Jésus !

L’Eglise, qui l’a déclarée sainte en 1767, prie ainsi au jour de sa fête : « Seigneur tu as donné à sainte Jeanne-Françoise de Chantal d’atteindre une haute sainteté à travers différents états de vie… » Elle est la patronne de toutes les vocations.

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