François et Claire
Saint François et sainte Claire d’Assise
ASN : Découvrir la vie des saints, c’est aussi découvrir comment agit le Saint Esprit qui les suscite. Et ce qui me frappe en abordant François et Claire, juste après Hildegarde, contemporains de Bernard et nous le verrons aujourd’hui, de saint Dominique, c’est de voir que les grands saints sont suscités au fur et à mesure des besoins de l’Eglise. Nous disons bien que c’est l’Esprit Saint qui la conduit.
Nous avions quitté Hildegarde en 1179, prenant conseil auprès de saint Bernard. Trois ans plus tard naissait en Italie, à Assise, ceux qui deviendront Saint François et sainte Claire. François de son côté rencontrera Dominique.
Cinq grands saints et fondateurs sur 2 siècles et demi dont les missions respectives vont se compléter.
Lorsque François vient au monde, le pouvoir de l’argent dans la société, creuse des différences énormes entre les hommes d’où la présence de nombreux mendiants. L’Eglise de son côté est toujours aussi riche et puissante. Le Pape est un vrai chef politique dont l’influence est considérable. Nous pourrions le comparer au président américain de maintenant. Tout cela fait que beaucoup de personnes dégoûtées par tant de misères d’un côté et le faste de certains prélats, quittent l’Église. Hildegarde et saint Bernard prêchaient déjà un renouvellement de l’Eglise et de la vie monastique par un esprit de pénitence sincère et un chemin actif de Conversion. François et Claire vont poursuivre cette mission.
1.Qui est François
Travailler saint François m’a fait un peu penser au travail sur saint Martin. En effet, entré dans la gloire dès son vivant, de très nombreuses biographies ont été écrites, parfois dès avant sa mort par de nombreux proches. Mais ces récits sont souvent embellis, destinés à faire naître des légendes. Cela ira jusqu’à la rédaction de ce que l’on appelle les fioretti (petites fleurs) recueil d’anecdotes, miracles et histoires merveilleuses de la vie de saint François d’Assise et de ses premiers compagnons. Les écrits de François lui-même sont la meilleure source pour le connaître.
- La famille Bernardone
François naît à Assise en 1181 ou 1182. Il est un des sept enfants de Pietro de Bernardone, riche drapier d’Assise et de Dona Joanna de Bourlémont, femme pieuse issue de la noblesse provençale, que Pietro a épousée en secondes noces après un veuvage.
On raconte que la naissance de François fut difficile. Un moine qui passait par là, ayant entendu les cris de la mère, entra dans la maison et fit savoir que l’enfant ne pouvait voir le jour que dans une étable et qu’il convenait ensuite de le déposer sur de la paille, comme le fit autrefois Marie avec Jésus. (D’autres versions disent que c’est la maman qui avait désiré cela). Toujours est-il que François naît dans une étable, évoquant ainsi l’image de Jésus.
Son père est en France à ce moment-là, pour négocier draps et étoffes dans les foires de Provence et de Champagne. Sa mère le fait baptiser sous le nom de Giovanni dans la cathédrale d’Assise. (Les autres églises n’ayant pas de fonts baptismaux).
Mais de retour de son voyage en France où il a fait de très bonnes affaires, en hommage à ce pays et en raison des origines françaises de sa mère, son père ajoute à son nom de baptême, celui de Francesco, « le Français », nom à l’époque tout à fait inhabituel.
b) La jeunesse de François
Vers l’âge de dix ans, il suit des cours dans l’école des chanoines de l’église San Giorgio à Assise. Il y apprend à lire, à écrire, et le latin. Mais à la maison on parle souvent le français. Il gardera toujours pour notre langue et pour notre pays un goût particulier. Quant à son père, il lui enseigne le goût des honneurs et des richesses.
Destiné à succéder aux affaires de son père, il quitte l’école à 14 ans et entre dans la corporation des marchands.
François passe son adolescence et sa jeunesse dans l’insouciance. Il aime faire la fête, séduit les jeunes filles. Il dépense beaucoup d’argent sans se soucier des pauvres qui mendient. En toutes choses, il met un point d’honneur à dépasser ses amis. On raconte qu’Il s’était fait faire un habit de jongleur et déambulait avec sa bande dans les rues en pleine nuit. A force de singularités et de farces, il finit par acquérir une sorte de célébrité. On le voit sans cesse dans les rues avec ses camarades, forçant l’attention par le luxe. Sa grande préoccupation est de sortir de la banalité.
Un jour qu’il est occupé par des acheteurs dans la boutique de son père, survient un homme qui demande la charité, pour l’amour de Dieu. Impatienté, François le renvoie durement. Se faisant de violents reproches il se dit : « Si ce mendiant m’avait prié de lui faire une aumône, au nom d’un puissant de ce monde, je ne l’aurais pas repoussé. Mais celui-ci m’a prié au Nom du Christ ; comment ai-je pu être aussi dur » ? Il court à sa recherche et plus jamais ne repoussera personne si on lui demandait quelque chose au Nom du Christ.
- François chevalier
A cette époque, l’unification de l’Italie n’est pas réalisée. Les villes rivalisent entre elles et Assise a pour adversaire la ville de Pérouse. François et son père, rêvent d’acquérir un titre de noblesse par de hauts faits d’armes. François s’engage donc dans l’armée. Mais avec la défaite d’Assise il est fait prisonnier dès le début des combats et passe une année dans les prisons de Pérouse. Une fois libéré, il rentre à Assise, très affaibli par un début de tuberculose.
A 21 ans, François est un « homme cassé ». Lui, le jeune homme riche d’Assise ; lui, « le roi de la fête », le fils du drapier Pietro Bernardone passe une année au fond de son lit.
Il n’abandonne pas pour autant son rêve de chevalerie. Dès que sa santé le lui permet il saisit la première occasion pour rejoindre le Comte Gauthier qui, avec quelques chevaliers français, met son épée au service du Pape Innocent III, qui mène de durs combats tant sur le plan spirituel que militaire. Mais en cours de route, à Spolète, il tombe malade.
C’est alors que quelqu’un l’appelle et lui dit : « De qui, du serviteur ou du maître, faut-il attendre le plus grand bien ». François comprend qu’il doit se mettre au service d’un roi qui a autorité sur tous.
Désormais, il n’est plus le même. Sa vie passée ne le comble plus. Il se met à visiter les chapelles. Mais l’amour-propre de Bernardone en a pris un coup, et la vie devient difficile à la maison.
d) le chemin de la conversion
Il décide alors de partir en pèlerinage à Rome. Il vide sa bourse auprès du tombeau de Pierre, prend à part un mendiant avec qui il échange ses vêtements et se met à mendier pour connaître la faim et l’humiliation. A la fin de la journée, il donne le fruit de sa quête au pauvre, reprend ses habits et rentre tout joyeux.
Un évènement raconté par François lui-même, confirme ce changement radical : à l’époque, les lépreux représentent tout ce qu’il y a de plus répugnant. Un jour, l’un d’eux vient à lui. Or, François en avait horreur et refusait de les voir. Quand il en croisait un, il tournait la tête et se bouchait le nez avec les doigts.
Ce jour-là, il descend de cheval, donne une pièce d’argent au lépreux et lui embrasse la main. Quelques jours plus tard, muni de beaucoup d’argent, il va rendre visite aux lépreux de l’hospice. Il les réunit, leur donne l’aumône et embrasse la main de chacun d’eux. Il écrira plus tard : « Lorsque j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir les lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde. Et, en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’âme et du corps ; et après cela, je ne restai que peu de temps et je sortis du siècle. »
A partir de ce moment, il sait que la grande pauvreté ne lui fait pas peur et il se met au rang des pauvres en leur montrant un amour grandissant.
e) Une vision qui va transformer sa vie
Peu de temps après, il entre pour prier dans la petite église de saint Damien qui était desservi par un pauvre prêtre qui avait à peine de quoi se nourrir, le sanctuaire tombait en ruines. Il n’y avait à l’intérieur qu’un simple autel et un crucifix byzantin.
« Seigneur Jésus, faites jaillir, je vous prie, votre lumière clans les ténèbres de mon esprit…. Faites-vous trouver de moi, Seigneur, afin qu’en toutes choses je n’agisse que suivant votre sainte volonté. » dit François.
Il entend alors ces mots : « François, ne vois-tu pas que ma maison tombe en ruines ? Va, et relève-la ! » Désormais François pense voir clair en lui. Il remet au prêtre tout l’argent qu’il a sur lui pour l’entretien d’une lampe, qui devra brûler en permanence et rentre à Assise, décidé à entreprendre la restauration de la chapelle.
Pour trouver de l’argent, François part vendre des draps au marché de Foligno. Il devient la risée publique. On le prend pour un fou.
Son père devient furieux l’enferme dans sa cave, le bat et le met au pain et à l’eau pendant plusieurs jours. Mais sa mère, le délivre. Pietro se rend chez l’évêque en traînant son fils avec lui…
Une jeune fille d’une autre famille riche de la ville, assiste à tout cela, c’est Claire, elle a une dizaine d’année de moins que François.
François se met en mesure d’accomplir ce qu’il croit être la volonté de Dieu et répare donc la petite église sans comprendre que cet édifice délabré est le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l’Eglise elle-même à cette époque. Il mendie pour obtenir de la population des pierres nécessaires à la reconstruction et restaure successivement les chapelles Saint Damien, puis saint Pierre de la Portioncule.
2. La fondation du premier ordre :
a) les frères mineurs (1209)
Le 24 février 1209 (il a donc 26 ans) François entend durant une messe un évangile qui va bouleverser encore un peu plus sa vie. « Ses douze, Jésus les envoie en mission avec les prescriptions suivantes : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains », allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. (…) Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture ». (Mathieu 10, 5-8).
François comprend alors que l’appel entendu est beaucoup plus profond pour lui et pour l’avenir de l’Église qu’il ne le croyait au départ.
Rapidement, son esprit de pénitence et la sainteté de sa vie deviennent publiques et attirent des jeunes hommes : Bernard de Quintavalle, et Pierre de Catane, deux amis d’enfance sont les premiers à le rejoindre.
Quand François veut orienter ses deux premiers frères, il ouvre au hasard trois fois sa Bible et tombe sur le texte suivant : « Si tu veux être parfait…va vend tout ce que tu possèdes et donne l’argent aux pauvres, alors tu auras des richesses dans les cieux ; puis viens et suis-moi. » Mt 19.21
Ils sont bientôt douze. François devient responsable d’une petite communauté. Il appelle ses compagnons « frères », sans avoir conscience qu’ils vivent comme des moines. Ils s’installent dans une grange en ruines, au bord d’un ruisseau. Cet endroit est si étroit que François doit inscrire le nom de chaque frère au-dessus de sa place. Ils prient ensemble devant une grande croix placée devant la grange.
Sur lui-même et sur ses frères, François exerce une vigilance de tous les instants. Un jour, pour vaincre la tentation de la chair, il n’hésite pas à se plonger en plein hiver dans une marre d’eau glacée, jusqu’à ce que la tentation s’évanouisse.
Le renversement le plus spectaculaire de leur mode de vie et de leur façon d’annoncer l’Evangile se manifeste dans la façon concrète dont ils vivent la pauvreté, avec les pauvres. En effet, à l’époque, la foule des mendiants, des vieillards abandonnés, des orphelins, estropiés et fous, malades et exilés, faisait l’objet d’un soupçon croissant de la part de la société.
Certains moines à cette époque avaient déjà choisi la pauvreté en renonçant aux richesses mais aucun ne se mêlait à la vie de tous ces indigents. François et ses frères partagent leur vie avec eux, réalisant en quelque sorte une fusion avec leur condition. Ils mettent vraiment en pratique ce que Jésus accomplit par sa venue sur terre : « Lui, qui fut riche par-dessus tout, il voulut lui-même dans le monde, avec la très bienheureuse Vierge, sa mère, choisir la pauvreté », puis sa passion et sa mort.
Ce qui distingue aussi François, c’est que tous ceux qui avaient avant lui abandonné leur statut et leurs richesses pour la « vie de l’Évangile étaient entrés en conflit avec la hiérarchie et avaient étés condamnés pour hérésie. Il se voit donc obligé de rédiger une règle de vie dans laquelle il prescrit à ses frères de mener une vie pauvre et pieuse dans l’esprit de l’Evangile. Et pour ne pas être un rebelle, il se rend à Rome, soumettre cette Règle au Pape Innocent III, afin de donner un statut à la communauté.
Or le pape Innocent III voit un jour en rêve que la Basilique Saint-Jean-de-Latran, l’église mère de toutes les églises, s’écroule et un religieux petit et insignifiant la soutient de ses épaules afin qu’elle ne tombe pas. François reçoit un accueil paternel de la part de ce grand Souverain Pontife, qui reconnaît en lui le petit moine de son rêve. Le pape trouve cette règle de vie bien trop sévère mais il l’approuve officiellement.
4 ans plus tard, les frères sont une bonne centaine. Encore 4 ans plus tard en 1217, ils sont plus de mille.
b) Naissance des clarisses ou Pauvres Dames (1212, trois ans plus tard)
Depuis longtemps Claire est enthousiasmée par la vie que mène François avec ses amis. Dès qu’elle peut avoir de l’argent personnel, elle court acheter des provisions qu’elle lui fait porter secrètement. Lorsque François vient prêcher à la cathédrale, elle ne manque pas de s’y rendre pour l’écouter. Elle trouve en lui non seulement un maître mais également un ami fraternel. Elle souhaite partager sa vie mais la jeune fille connaît elle aussi l’opposition de sa famille. Une tante est au courant et l’approuve. Par elle, Claire obtient un rendez-vous avec François pour lui parler de son désir. Il se rend chez l’évêque pour lui présenter le projet qu’il prépare avec Claire. Ils obtiennent les autorisations nécessaires et reçoivent sa bénédiction. Le dimanche des Rameaux 1212, marque son entrée dans la vie religieuse, elle a alors à peine 18 ans.
Ce jour-là, Claire met ses plus beaux vêtements et s’offre au Seigneur. Sa prière est si fervente qu’elle en oublie le déroulement de la messe et oublie de se lever pour aller recevoir son rameau. Alors survient un signe prophétique : l’évêque vient lui-même jusqu’à elle, lui remet le rameau et s’incline devant elle. Ainsi recevait-elle devant ses parents, dans l’église, le symbole de son idéal de vie et l’approbation de ce qui allait se passer.
Le soir même, à la nuit noire, quand tout le monde est endormi dans la maison, elle s’enfuit de chez elle accompagnée de sa tante.
En signe de consécration à Dieu, François lui coupe les cheveux et elle revêt, elle aussi l’habit : robe de bure, un voile blanc et un voile noir, symboles de pureté et de pénitence. François bénit le Seigneur pour cette première sœur. La sœur de Claire vient les rejoindre. L’évêque confiera l’église saint Damien, pour la branche féminine.
Claire et François partagent ensemble le même amour pour le Christ et poursuivent un idéal commun avec beaucoup de connivence et complémentarité.
Au fil du temps, la volonté de sanctification de l’autre et le soutien mutuel dans les difficultés deviennent un encouragement très profond à persévérer, tant dans leur mission que dans leur chemin de sainteté. « Nous devons donc, mes sœurs bien-aimées, considérer les immenses bienfaits dont Dieu nous a comblées, mais surtout ceux dont il a daigné nous favoriser par l’intermédiaire de son serviteur notre cher Père saint François, non seulement après notre entrée au monastère mais lors même que nous étions encore dans les vanités du monde. (…) Il est pour nous le Père, le fondateur, la colonne, le guide après Dieu, dans le service du Christ. (…) Le bienheureux François, dans son affection pour nous, s’engagea à prendre de nous, par lui-même ou par son Ordre, un soin attentif et aussi prévenant pour nous que pour ses propres Frères ». (Sainte Claire, testament)
François dont le dilemme était d’hésiter entre l’attrait pour la prière contemplative ou le travail de la prédication, trouve de son côté dans la présence de Claire la solution en s’appuyant sur sa prière.
Lorsque d’autres jeunes filles d’Assise rejoignent Claire, François lui demande d’être abbesse. Vers la fin de sa vie, elle se décide à écrire une règle, la première règle écrite par une femme.
Claire sert ses Sœurs, surtout les malades, avec beaucoup d’amour. On rapporte plusieurs guérisons qui ont eu lieu grâce à sa prière, ainsi celle de Sœur Bienvenue qui avait une grande plaie sous le bras, ou celle de Sœur Christiane qui était atteinte de surdité, ou celle encore de Sœur Aimée qui était gravement malade d’hydropisie, de fièvre, de toux et qui avait une douleur au côté.
À la fin de sa vie, souffrant d’un profond désarroi devant l’évolution trop rapide de son Ordre, François se rend souvent à Saint-Damien pour y trouver du repos mais aussi pour bénéficier de l’appui fidèle de Claire.
3. François et Jésus
a) François un autre Christ
Il a été dit que François représentait un alter Christus, qu’il était vraiment une icône vivante du Christ. Il fut également appelé « le frère de Jésus ». En effet, tel était son idéal : être comme Jésus ; contempler le Christ de l’Evangile, l’aimer intensément, en imiter les vertus. La première béatitude du Discours de la Montagne – Bienheureux les pauvres d’esprit car le royaume des cieux leur appartient (Mt 5, 3) a trouvé une réalisation lumineuse dans sa vie et dans ses paroles.
De l’amour pour le Christ naît l’amour envers les personnes et également envers toutes les créatures de Dieu. Voilà un autre trait caractéristique de sa spiritualité : le sens de la fraternité universelle et l’amour pour la création, qui lui inspira le célèbre Cantique des créatures. C’est un message très actuel. Il nous rappelle que dans la création se déploient la sagesse et la bienveillance du Créateur. Il comprend la nature précisément comme un langage dans lequel Dieu parle avec nous, dans lequel la réalité devient transparente et où nous pouvons parler de Dieu et avec Dieu.
b) François et les prêtres
Ne se sentant pas digne de devenir prêtre, il demeurera diacre toute sa vie.
Chez François, l’amour pour le Christ s’exprime de manière particulière dans l’adoration du Saint Sacrement. Il a un respect immense pour les prêtres qui ont reçu le don de consacrer l’Eucharistie et il a pour eux une grande exigence de pureté. Il disait : « Lorsqu’ils voudront célébrer la Messe, purs de manière pure, qu’ils présentent avec respect le véritable sacrifice du Très Saint Corps et Sang de notre Seigneur Jésus Christ » (François d’Assise, Ecrits, 399).
Dans les Sources franciscaines, on lit des expressions émouvantes, comme celle-ci : « Toute l’humanité a peur, l’univers tout entier a peur et le ciel exulte, lorsque sur l’autel, dans la main du prêtre, il y a le Christ, le Fils du Dieu vivant. O grâce merveilleuse ! O fait humblement sublime, que le Seigneur de l’univers, Dieu et Fils de Dieu, s’humilie ainsi au point de se cacher pour notre salut, sous une modeste forme de pain » (François d’Assise, Ecrits, Editrice Francescane, Padoue 2002, 401).
Dans son testament il écrit ces mots : Le Seigneur m’a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Église romaine, que, même s’ils me persécutaient, c’est à eux malgré tout que je veux avoir recours. Je veux les respecter, les aimer et les honorer comme mes seigneurs. Je ne veux pas considérer en eux le péché ; car c’est le Fils de Dieu que je discerne en eux, et ils sont réellement mes seigneurs.
c) François et les miracles
Saint François accompli de son vivant de nombreux miracles :
- il réalise plusieurs résurrections
- il évite des accidents par son intercession
- il guérit des hydropiques et des paralytiques
- il sauve des naufragés
- il obtient la libération de prisonniers
- il obtient la délivrance de femmes en couches
- il guérit des sourds, des muets, des lépreux, des fous et des possédés, des gens souffrant de malformations et des fractures.
- S. François et le sultan
Pendant la cinquième croisade, François décide d’aller trouver le Sultan. Cette visite, qui est un fait historique a lieu en 1219. François avait dans l’idée de voir le sultan pour qu’il se convertisse, persuadé que la paix viendrait par la conversion et non par la guerre.
Avec son compagnon frère Illuminé, qui parlait peut-être l’arabe, François se dirige vers le camp ennemi, vêtu de sa simple bure. Dès que les soldats du sultan les aperçoivent, ils se précipitent sur eux et les traitent sans ménagement. A grands cris François et son compagnon appellent : « Le Sultan, le Sultan ». Ce dernier finit par les recevoir.
Le sultan commence par obliger les frères à marcher sur un tapis couvert de croix pour vérifier s’ils oseraient commettre un acte sacrilège en les piétinant. François déjoue le piège avec humour : « Ce n’est pas la croix du Christ que tu as posée là mais celles des deux brigands crucifiés à ses côtés !«
François propose ensuite d’aller dans les flammes à condition que le Sultan promette de passer avec son peuple au christianisme s’il sortait indemne du brasier. Le Sultan refusa, craignant une sédition des siens.
Avec sa belle assurance, François répondit qu’il a été envoyé d’au-delà des mers, non par un homme, mais par le Dieu Très-Haut pour lui indiquer à lui et à son peuple la voie du Salut et leur annoncer l’Évangile qui est la Vérité. Puis il prêcha Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde ». Tout en disant intégralement sa foi chrétienne, à aucun moment il n’a de paroles offensantes contre le Coran, ni contre Mahomet. Le Sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour près de lui ».
Une estime réciproque et une réelle sympathie naquirent entre ces deux hommes. Le Sultan profondément religieux admirait la Foi et la douceur de ce chrétien. Quand François décida de retourner au camp des croisés, le Sultan lui offrit de nombreux et riches cadeaux. Il les refusa en conformité avec sa volonté de pauvreté. Le Sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui et il se recommanda à ses prières.
- La rencontre entre S. Dominique et S. François Diapo 12
Dominique avait vu dans une vision, que Jésus était irrité contre le monde qui avait perdu la foi et vivait dans le péché. Pour l’apaiser la Vierge lui présentait deux hommes dont la sainteté était à même de racheter la mauvaise conduite des autres et qui, par eux, retrouveraient le chemin de la vérité. Dominique se reconnaît dans l’un de ces hommes et se demande qui pourrait bien être l’autre qui a l’air d’un mendiant, vêtu d’une simple tunique de bure.
A l’occasion de l’ouverture à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de 400 évêques, Dominique fait le voyage de Rome pour obtenir l’approbation de l’Ordre des Frères-Prêcheurs. Il reconnaît, habillé comme il l’avait vu dans le songe, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. Dominique se serait précipité vers S. François et l’aurait serré dans ses bras en lui disant : « Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous. »
- la première crèche
Trois ans avant sa mort, François décide de célébrer près de Greccio le souvenir de la nativité de Jésus avec le plus de solennité possible, afin d’augmenter la dévotion des habitants. Il demande pour cela la permission du Souverain pontife. La veille de Noël, il fait préparer une mangeoire, apporter du foin, amener un âne et un bœuf.
La messe est célébrée sur la mangeoire comme autel. François près de la crèche, ruisselle de larmes d’émotion et de joie. Le Seigneur Jean de Greccio chevalier vertueux et loyal affirme qu’il a vu un enfant très beau qui reposait sur la crèche et qui parut s’éveiller lorsque François le prit dans ses bras.
L’année suivante, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène de la naissance de Jésus. Et c’est pourquoi maintenant, nous avons partout des crèches à Noël.
- François reçoit les stigmates (en 1224)
Deux ans avant sa mort, François médite sur les souffrances du Christ. Ce jour-là les bras en croix il se met à dire : « Seigneur Jésus, je voudrais, avant de mourir, ressentir les stigmates de ta passion. » Et François se sent « changé en Jésus ». Il voit descendre du ciel un Ange avec six ailes rayonnantes. Le Séraphin porte sur lui l’image d’un homme crucifié. François ressent à la fois un bonheur divin inimaginable et une horrible douleur. A la fin de la vision il voit des trous dans ses mains et dans ses pieds. Le sang coule….
4. La mort de François –
Les dernières années de François furent marquées par de grandes souffrances physiques et morales. On dit qu’il avait tant pleuré que ses yeux en étaient abîmés.
- Il se sentait trahi par ses frères qui avaient modifié la Règle. Il rappelait inlassablement que c’était le Seigneur lui-même qui l’avait inspiré. Mais, dans le même temps, il ne voulait pas entrer en rébellion contre l’Église.
Au moment de sa mort, il se fit apporter le livre des Evangiles et demanda la lecture du texte de saint Jean qui commence ainsi : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde auprès du Père, après avoir aimé les siens qui étaient dans ce monde, il les aima jusqu’à la fin … » Il meurt le soir du 3 octobre 1226, après avoir béni ses fils spirituels
Ses funérailles furent un triomphe. Son corps fut d’abord ramené à Assise. La procession passa par Saint-Damien où sainte Claire et ses sœurs le vénérèrent en pleurant ; puis on déposa sa dépouille dans l’église Saint-Georges où François avait fait sa scolarité. Dès lors, les miracles se multiplièrent.
François fut canonisé par Grégoire IX, en 1228. Son corps, que l’on avait caché, afin de mieux s’en assurer la possession, dans la crypte de l’église bâtie en son honneur en 1230, fut découvert en 1818. Pie XII le proclama patron de l’Italie.
Claire de son côté, mourut âgée de 59 ans. La Sœur qui la veille voit de ses yeux de chair la Vierge Marie venir à son chevet.
Le pape Innocent IV, présent à Assise, célèbre lui-même les obsèques de Claire, avec les prélats de la Curie. Deux années plus tard, le 15 août 1255, elle est canonisée par le pape Alexandre IV.