Sainte Odile

Sainte Odile

La date de la mort de sainte Odile a été depuis longtemps fixée au 13 décembre 720[1]… Le 13 décembre 2020 nous fêterons donc les 1300 ans de sa mort. Nous sommes invités pendant 8 mois, à vivre le Grand Jubilé de sainte Odile du 13 avril au 13 décembre 2020.

Cet évènement sera l’occasion d’un grand Jubilé pour le Mont, pour l’Eglise d’Alsace, pour la nouvelle Région Grand-Est et pour les pays voisins.

« Sainte Odile est née avec l’Alsace, ou peut-être mieux, l’Alsace est née avec sainte Odile ». (Chanoine Landelin Winterer)

Lorsque Sainte Odile vient au monde en 660, le nom « Alsace » et la création du duché du même nom sont encore très récents puisqu’ils ne sont apparus que vers 640. Descendant et allié de familles royales, Etichon-Adalric, est nommé troisième duc d’Alsace par le roi mérovingien, Childéric II.

Suite au baptême de Clovis et de plus de 3 000 de ses guerriers, le christianisme se répand progressivement, en particulier dans l’aristocratie. Adalric fait partie de ces chrétiens de fraiche date qui croient en Dieu certes, mais qui ont gardé une fougue barbare. Son épouse, Béreswinde par contre, parente de saint Léger, évêque d’Autun, est très pieuse. Elle apparaît aux côtés d’Adalric à peu près comme sainte Clotilde auprès de Clovis, s’efforçant d’adoucir l’humeur de son époux.

Le couple réside dans la villa royale d’Ehenheim, aujourd’hui Obernai. (C’est là qu’Odile serait née). Mais souhaitant pouvoir se retirer de temps en temps loin du monde, Adalric fait l’acquisition du château du mont Altitona, devenu le Hohenburg, ou Mont Sainte Odile.

N’ayant pu être mère après plusieurs années de mariage, Béreswinde redouble de prières et de jeûnes. Le Seigneur exauce ses demandes, pour la plus grande joie de son époux mais ce dernier précise très vite : « Priez ! Continuez à prier, car c’est un fils qu’il me faut ! »

Les mois passent… Hélas, c’est une petite fille qui vient au monde, de plus elle est aveugle. Adalric est furieux. Il se sent déshonoré, pense que le ciel est en colère contre lui et ordonne de tuer le bébé.  Son épouse essaie de plaider la cause de l’enfant, en évoquant l’aveugle-né de l’Evangile, mais il ne veut rien savoir.

C’est alors que la jeune maman se souvient d’une servante élevée dans sa maison et qui venait d’avoir un enfant. Le bébé est envoyé chez cette femme à Scherwiller. Elle nourrit le nouveau-né pendant une année. Mais des racontars commencent à circuler. De peur que le secret ne soit découvert, l’enfant est confiée au monastère de Baume-les-Dames, près de Besançon.

Elevée par les religieuses, la fillette apprend à prier et découvre la Parole de Dieu. Mais personne ne se soucie de savoir si elle est baptisée.

« Sois désormais éclairée des yeux du corps et de l’âme ! Tu t’appelleras Odilia, c’est-à-dire Fille de lumière. »

Un jour, Erhard, évêque de Ratisbonne en Bavière, a une vision dans laquelle Dieu lui demande de se rendre au monastère de Baume. Là il trouvera, une jeune fille : « Elle est aveugle de naissance. Tu la baptiseras, tu lui donneras le nom d’Odile, et au moment de son baptême, ses yeux s’ouvriront à la lumière. » 

Erhard se met donc en route, rejoint par son frère Hidulphe qui vient de quitter le siège épiscopal de Trèves. Arrivés au monastère, ils trouvent la jeune fille, âgée d’une douzaine d’années.

L’évêque commence la cérémonie et selon la coutume de l’époque, plonge la jeune aveugle dans les eaux baptismales. Puis il lui fait sur les yeux une onction de saint chrême. Au même moment, le bandeau qui couvrait ses yeux se détache et elle lève un regard lumineux sur les personnes présentes.

Une nouvelle vie commence pour celle qui porte désormais le prénom d’Odile. Malgré son jeune âge, elle demande à partager tous les exercices des religieuses : elle prie et chante les psaumes.

Erhard de son côté, suite à ce miracle, charge Hidulphe d’informer le duc de la nouvelle. Adalric le reçoit avec respect mais la naissance de 4 fils et la crainte que la présence de sa fille ne soit pour lui un rappel permanent de sa dureté de cœur, font qu’il ne consent pas à la revoir. Il ordonne qu’on ne lui parle plus jamais d’elle.

Mais dans son couvent, la jeune fille est victime de la jalousie des sœurs. Elle se décide alors à écrire à l’un de ses frères nommé Hugues, pour lui expliquer sa situation et le supplier de se souvenir d’elle. Elle fait porter la lettre par un pèlerin. Bouleversé par le courrier de cette sœur et la dureté de son père, il organise en secret le retour d’Odile. En apprenant cela, Adalric entre dans une si grande colère qu’il se met à frapper son fils qui en meurt quelques jours plus tard.

Devant l’ampleur de ses fautes, le duc décide de rappeler sa fille et demande qu’on lui donne chaque jour la ration d’une servante. Cette rigueur n’afflige pas Odile. Dans le coin écarté où on l’a reléguée, elle retrouve le calme du monastère et peut prier en paix. A la mort de sa nourrice, Odile l’enterre. (Quatre-vingt ans plus tard, on ouvrit le sépulcre, seul le sein qui a nourri Odile enfant, était préservé. (Vita Otiliae, manuscrit de Saint-Gall, fin du Xe siècle)

Un jour pourtant, son père la rencontre, portant un gros sac de farine. Il lui demande d’un ton plus affectueux que de coutume, où elle se rend ainsi chargée. « Seigneur, répond Odile, je porte un peu de nourriture à de pauvres malades ».

La douceur de ses paroles, touche vivement le duc. Il se repent de sa froideur envers son enfant et lui dit : « Ne t’afflige point, ma fille ; si tu as vécu pauvrement jusqu’ici, il n’en sera plus ainsi à l’avenir ».

Odile peut désormais paraître à la cour ducale. Mais l’agitation des fêtes, le bruit des banquets et des chasses,

détournent son âme de ses aspirations et un ennui profond s’empare d’elle.

Adalric songe alors à la marier à quelque puissant seigneur. Odile, répond avec autant de fermeté que de respect, qu’elle ne veut pas avoir d’autre époux que Jésus-Christ, à qui elle a voué son cœur. Elle s’enfuit alors secrètement, habillée en mendiante, traverse le Rhin sur une barque, pour trouver un endroit où elle puisse vivre loin du monde.

Le duc ordonne que l’on se mette à sa recherche et pressé par l’évêque Léger, fait publier un décret dans lequel il s’engage solennellement, si Odile revient au Hohenbourg, à lui laisser toute liberté pour mener la vie qu’elle désire. 

Le Hohenbourg : premier monastère féminin d’Alsace

Lorsque Odile rentre au château, son père décide de lui offrir le Hohenbourg et ses dépendances pour y établir un couvent, et lui demande de prier pour le pardon de son âme.

Très rapidement de nombreuses filles la rejoignent, pour mener avec elle une vie de prière et de charité. On compte bientôt plus de 130 moniales qui appartiennent aux meilleures familles du pays. Odile vit simplement à se nourrissant de légumes et de pain d’orge. Elle dort sur une peau d’ours posée à terre, nous dit la première biographie. Devenue abbesse, elle propose une règle souple, ayant pour base la perfection de la vie chrétienne et l’imitation de Jésus-Christ. Ce n’étaient pas des actions d’éclat qu’elle conseillait à ses filles, mais une fidélité quotidienne dans toutes leurs activités, jusque dans les plus petites choses. On pense que cette Règle, que l’évêque approuva, était comme une synthèse des Règles de Saint Benoît, saint Augustin et saint Colomban.

Un des frères d’Odile, nommé Adalbert, avait trois filles appelées Eugénie, Attale et Gundelinde. Elles se sentirent poussées à quitter le monde pour se placer sous l’autorité de leur tante. Odile les accueillit avec joie, les initia consciencieusement et les voua ensuite au service du Seigneur…

Nombreux sont les pauvres qui viennent trouver refuge auprès des sœurs. On raconte qu’un jour de fête, les mendiants étaient si nombreux que tous les vivres du couvent leur furent distribuées. Il ne restait même plus de vin. La sœur responsable vint trouver Odile qui priait dans l’église. Elle se contenta de sourire en disant : « Celui qui a rassasié 5000 personnes avec cinq pains d’orge et deux poissons y pourvoira, si tel est son bon vouloir… Allez donc où le devoir vous appelle. » La religieuse retourna à la cave : tous les fûts étaient remplis d’un vin excellent.

Mais ceux qui étaient infirmes ne pouvaient que difficilement atteindre ce monastère, situé au sommet de la montagne. Après avoir consulté ses sœurs, Odile, secondée par Béreswinde, fait bâtir un hôpital et une église dédiée à saint Nicolas, au pied de la montagne. Et lorsque la communauté, devenue très nombreuse, se trouva à l’étroit sur la montagne, l’abbesse résolut de choisir celles de ses religieuses qui étaient le plus à même de servir les pauvres, et fit donc bâtir un nouvel établissement qui prit le nom de Nieder-Münster.

Odile se trouve tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre selon l’importance et la difficulté des tâches à accomplir. Mais la maison où elle se rend le plus volontiers est l’hôpital Saint-Nicolas.

Un jour qu’Odile revient seule à Hohenbourg, elle rencontre un pauvre étendu sur le chemin, mourant de soif et de fatigue. Ne pouvant courir assez vite pour chercher du secours, elle met toute sa confiance en Dieu, et, se souvenant de ce qu’avait fait autrefois Moïse, elle frappe un rocher voisin de son bâton. Il en sort à l’instant une fontaine dont l’eau rendit la vie à ce mourant.

Un autre jour, un lépreux se présente à Odile pour demander l’aumône. Son corps répand une odeur infecte, et personne n’ose s’approcher de lui. Odile vient elle-même pour lui servir à manger et se jette à son cou pour l’embrasser. Puis, levant les yeux au ciel, elle se met à prier d’une voix entrecoupée de sanglots : « Seigneur, ou donnez-lui la santé, ou accordez-lui la patience ». Sa prière fut bientôt exaucée ; la lèpre disparut.

Au mont Sainte-Odile, deux chapelles nous rappellent des épisodes de la vie de l’abbesse

Adalric meurt peu de temps après avoir fait don à sa fille du Hohenbourg. Un jour, alors qu’elle prie pour lui, le ciel s’ouvre et une lumière resplendit sur elle. Une voix retentit et lui dit : « Odile, aimée de Dieu, cesse de t’affliger, car tu as obtenu du Seigneur le pardon pour les fautes de ton père. » La tradition affirme que cela se passait à l’endroit même où aujourd’hui se trouve la chapelle des larmes.

Odile honorait particulièrement saint Jean‑Baptiste parce qu’elle avait retrouvé la vue grâce au baptême. C’est pourquoi elle songeait à édifier une chapelle en son honneur. Souhaitant savoir où elle devait être érigée, elle se lève un jour avant l’office nocturne et prie étendue sur un énorme rocher qui, en souvenir, porte encore aujourd’hui une haute croix de bois.

Selon la tradition, le Baptiste lui apparait alors, dans le vêtement avec lequel il avait baptisé le Seigneur dans le Jourdain. Il révèle à Odile l’emplacement et les dimensions du bâtiment. Le lendemain, Odile fait démarrer les fondations. Ces faits furent révélés après la mort d’Odile, par une religieuse qui, étant sortie pour vérifier l’heure à partir des étoiles, vit la clarté, mais pas saint Jean-Baptiste. Lors de la construction, un accident se produit, un char se renverse dans un profond ravin. Miracle, tous sont sains et saufs. La chapelle est désormais appelée « chapelle Sainte-Odile)

La mort de l’abbesse

Sentant l’heure de sa mort approcher, Odile rassemble les religieuses et leur dit : « J’espère que mon âme s’envolera bientôt de la prison de mon corps pour aller jouir de la liberté des enfants de Dieu ». Puis elle découvre à chacune d’elles les défauts à corriger, les dangers à craindre, et leur recommande de rester surtout fidèles à la prière.

Apercevant ses nièces, Eugénie, Gundeline et Attale, qui versaient des torrents de larmes, elle leur dit : « Mes chères filles, vos pleurs ne prolongeront point mes jours ; l’heure est venue, il faudra bientôt partir. Allez seulement à l’oratoire de la Vierge réciter le Psautier et demandez pour moi la grâce de bien mourir ». Elles allèrent prier, et quand elles reviennent auprès d’Odile, elles la trouvent plongée dans une extase si profonde, que, la croyant morte, elles se remettent à pleurer. Mais la Sainte se réveille comme d’un profond sommeil, et explique que Dieu l’avait transportée, en compagnie de sainte Lucie, dont on célébrait la fête ce jour-là (13 décembre), pour lui donner un avant-goût des biens du ciel.

Désirant vivement communier, le ciel envoie alors un ange environné de lumière. Il descend auprès d’elle, en présence de toute l’assemblée, et lui présente un calice renfermant le Corps et le Sang précieux de Jésus-Christ.

Quand Odile eut communié, l’ange disparut, et le calice resta entre ses mains comme un témoignage. Elle adresse alors un dernier adieu à ses religieuses, et ses yeux se refermèrent doucement, le treizième jour de décembre. Les sœurs déposèrent l’abbesse dans un tombeau qu’elle avait fait préparer devant l’autel de saint Jean Baptiste. Un doux parfum se répandit huit jours durant et plusieurs miracles survinrent.

L’essor du culte de Sainte-Odile

Odile fut canonisée immédiatement après sa mort, par la “vox populi” (la voix du peuple). La senteur qui avait émané de son corps huit jours durant semblait le signe évident de sa sainteté. Des foules en grand nombre vinrent honorer son tombeau. Au cours du Moyen Âge, le culte d’Odile se répand largement dans la vallée du Rhin, en Suisse et dans toute l’Europe centrale. On vint aussi près de la Fontaine qui coulait toujours à flots et dont les eaux salutaires guérissaient les maladies les plus rebelles, surtout les troubles ophtalmiques. En 1807, Sainte Odile a été désignée  Patronne de l’Alsace par le pape Pie VII. (Dans le prochain bulletin, nous évoquerons l’histoire du


[1] Il existe de très nombreuses biographies de sainte Odile. Certaines, au fil des siècles, se sont écartées de l’histoire. Les spécialistes admettent que la version la plus vraisemblable est la « Vita Otiliae » écrite en latin au Xe siècle, c’est-à-dire peu de temps après la vie de l’Abbesse.