Fête Dieu Oberbruck

Fête Dieu Oberbruck

En ce jour de la Fête Dieu qui correspond aussi ici à Oberbruck à la fête de st Antoine de Padoue, je voudrais vous parler d’un des attributs de ce saint. On le représente tantôt avec :

  • Un livre, symbole de sa doctrine ; un lis, symbole de sa loyauté ;
  • Un pain, symbole de sa bonté ;
  • L’Enfant Jésus, symbole de sa grande intimité avec Dieu
  • Un cœur, symbole de son ardeur pour Dieu et pour l’Église.  

De tous ces thèmes, je ne voudrais garder que celui du pain. Dans la prière du Notre Père, nous demandons à Dieu de nous donner : « le pain de ce jour ». Les différents textes bibliques liés à la Fête Dieu nous permettent de comprendre cette expression à différents niveaux.

  1. Le pain, nourriture terrestre : 

Dans la 1ère lecture, Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi que pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu t’a donné à manger la manne » (Dt 8, 2-3). Dépourvu de toute possibilité de cultiver la terre, le peuple hébreu va devenir nomade pendant près de 40 ans et n’aura d’autres solutions que de s’en remettre à Dieu. Le Seigneur lui donnera chaque matin, la quantité de manne nécessaire à la journée et chaque veille de sabbat, les hébreux recevront le double pour ne pas avoir à récolter la manne le jour consacré à Dieu.

L’extrait de l’évangile que vous avez entendu est quasiment la fin du chapitre 6 de St Jean qui commence par la multiplication des pains. A nouveau, Dieu, par Jésus son envoyé, manifeste son désir de venir en aide à tous ceux qui souffrent de la faim. A partir de 5 pains et 2 poissons, il va nourrir une foule de 5000 personnes, et il restera douze paniers pleins.  

Si saint Antoine est représenté avec un pain, c’est qu’il passa non seulement sa vie à prêcher mais aussi à s’occuper des pauvres. C’est toute cette dimension sociale qui fonde sa popularité car les pauvres se souviennent toujours de ceux qui se sont occupés d’eux et qui ont prêté attention à ce qu’ils étaient. Antoine faisait appel aux riches en leur demandant de pourvoir aux besoins des pauvres. Il organisa la charité, comme le fit plus tard Vincent de Paul. Le pain de saint Antoine est lié à plusieurs histoires. En voici une :à Padoue, peu après la canonisation de saint Antoine (1232), une maman avait laissé son enfant de 20 mois jouer dans la cuisine. Celui-ci se noya dans un bassin rempli d’eau. Désespérée, la mère supplia à genoux saint Antoine de rendre la vie à son enfant et promit de donner aux pauvres autant de pains que le poids de son enfant si elle était exaucée. Le miracle survint. Ce fut la naissance de l’œuvre des pains de saint Antoine, qui se diffusa un peu partout.

  • Le pain de la Parole, nourriture spirituelle

Dans la 1ère lecture, nous entendons le verset avec lequel Jésus répondra à Satan lorsque celui-ci cherchera à le tenter : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8, 3). Parce que Dieu nous a créés avec une intelligence, et une soif de comprendre, nous avons besoin d’une nourriture spirituelle qui nous aide à donner du sens à notre vie, à nos échecs, à nos réussites, à tels choix, à tels renoncements, à telles épreuves et surtout aussi un sens à la mort. Dans l’évangile nous entendons combien ceux qui écoutent Jésus se querellent, car ils n’ont pas les lumières nécessaires pour comprendre ses paroles.

L’époque de St Antoine est contemporaine de st François d’Assise et de st Dominique Guzman. C’est la période des croisades et des cathares dont l’hérésie gagne toute une partie de la population, entre autres, à cause de l’attiédissement spirituel des prêtres et des évêques. Antoine va fonder de nombreux couvents en Provence, en Languedoc, dans le Limousin et au sud-est du massif Central. Les nombreuses conversions qui surviennent en France et en Italie lui valent le surnom de « marteau des hérétiques ». A la Pentecôte 1230, Antoine prêche devant le pape, qui est très impressionné par sa connaissance de la Bible. Il l’appelle « écrin, trésor du Testament ». Au mois de février 1231, il prêche le carême et confesse jusqu’au coucher du soleil jours. L’assistance dépasse parfois les 30 000 personnes de tous âges et de toutes conditions. Les fruits ne tardent pas : de vieilles rancunes sont pacifiées, des biens volés sont restitués, ceux qui sont en prison parce qu’ils ne peuvent payer leurs dettes sont libérés, des bandits notoires et des femmes publiques se convertissent.

  • Le pain eucharistique

 « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (Jean 6, 51). Les propos de Jésus, vont susciter une incrédulité très forte, si bien que devant de telles paroles, de nombreux disciples vont le quitter. Jésus se retourne vers les Douze pour leur demander si eux aussi veulent s’en aller. Pierre répondra : « A qui irions-nous Seigneur, Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Cette difficulté en la présence de réelle de Jésus dans l’hostie sera très forte par moment. 33 ans après la mort d’Antoine, surviendra le miracle eucharistique de Bolsena, dont les reliques sont conservées à Orvieto. Le père Pedro de Praga qui, depuis quelque temps, doutait de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Un jour quand il consacra le pain et le vin, la Sainte Hostie devint, de manière visible, vraie chair et commença à saigner, des gouttes de sang tachant le corporal. C’est suite à ce miracle que la Fête-Dieu sera instituée par le pape Urbain IV.

Quelques années plus tôt, Antoine disputait un jour sur la présence de Jésus dans l’Eucharistie avec un non catholique. Ce dernier lui lança un défi de prouver, par un miracle, que dans l’hostie consacrée est présent le vrai corps du Christ, et lui promit, s’il y parvenait, de se convertir et de se faire baptiser. Le pari proposé à Antoine fut d’enfermer une mule pendant plusieurs jours sans lui donner à manger, puis de lui présenter d’un côté du fourrage et de l’autre une hostie consacrée. L’homme promit que si l’animal s’agenouillait devant l’hostie en négligeant le fourrage, il se convertirai. Le jour fixé, Antoine montra l’hostie à la mule en disant : « En vertu et au nom du Créateur que moi, bien qu’indigne, je tiens entre mes mains, je te dis, animal, et je t’ordonne de t’approcher avec humilité et de Lui prêter la vénération qui Lui est due ». Dès qu’Antoine eut prononcé ces mots, la mule, négligeant le fourrage, baissa la tête, s’approcha de lui et s’agenouilla devant le sacrement du corps du Christ.

En ce jour de la Fête Dieu, voici donc 3 façons de comprendre le symbole du pain qu’Antoine tient dans ses mains. Pour conclure, je voudrais rappeler ce que le pape Pie XI avait dit en 1931, à l’occasion du 7e centenaire de la naissance d’Antoine de Padoue (Fernand de Lisbonne) : « Antoine est le chemin qui nous conduit à Jésus ». Il nous y conduit :

  • Par sa parole, condensée dans un commentaire des évangiles des dimanches et des fêtes de 76 sermons dont certains font entre 40 et 70 pages.
  • Par sa vie, réglée sur la norme de l’Évangile et tout particulièrement sur la loi suprême de l’amour.
  • Par ses miracles qui, comme ceux du Christ, sont des « signes » de sa vie agréable à Dieu et de son cœur rempli de pitié pour toutes les misères du monde.

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