Fête de la très sainte Trinité
Le signe de la croix
J’ai insisté pour que nous fassions un beau signe de la croix au début de la messe, car ce geste
est avant tout une prière qui nous met en relation avec le mystère de Dieu. Nous le voyons
bien souvent comme le bouton on-off qui nous signifie : « voilà, là on prie ! » – « A partir de
maintenant on a fini de prier ! ». Ce n’est pas faux, avec les enfants on a besoin de repères,
mais nous en tant qu’adultes, nous pouvons aller plus loin dans la compréhension de ce
geste. Pour anecdote, rappelez-vous que, lorsque la Vierge Marie est apparue la 1ère fois à
Lourdes à Bernadette, cette dernière voulut faire le signe de la croix, mais ne le put. Elle ne
réussit à le faire que lorsqu’elle vit Marie se signer. Bernadette en gardera un souvenir qui
restera gravé dans sa mémoire toute sa vie. Tous ceux qui la virent débuter ainsi sa prière, se
souviendront de la beauté et de la gravité de ce geste. Il en est de même pour les 4 fillettes
qui virent la Vierge Marie à l’Ile Bouchard (près de Tours) lors des dix apparitions qui
s’étalèrent du 8 au 14 décembre 1947.
Je voudrais donc parcourir les textes de ce dimanche pour y découvrir la pédagogie que Dieu
utilise pour se révéler à nous.
La 1ère lecture :
Nous sommes ici dans le cadre de l’Alliance. Après l’épisode du Veau d’or où les 1ères tables
de la Loi vont être cassées, Dieu va redonner à Moïse les Dix commandements. Il ne va pas
seulement redire ce qu’il faut faire et ne pas faire, il va aussi se définir et donner sa carte
d’identité. Il va lui-même proclamer son nom : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et
miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. »
Le fait que Dieu lui-même « proclame son nom » est notre garantie. Le Dieu d’amour auquel
nous croyons, ce n’est pas nous qui l’avons inventé, ce n’est pas nous qui nous le sommes
fabriqués sur mesure. C’est Dieu lui-même qui s’est révélé à nous !
Moïse a déjà une certaine expérience de la vie avec ce peuple hébreu, inconstant et râleur.
Sa réponse prouve qu’il a parfaitement compris ce que signifie l’expression « lent à la colère
». C’est pourquoi il en déduit : « Tu pardonneras nos fautes et nos péchés ». Il sait qu’avec
ces hommes et ces femmes sortis d’Egypte, Dieu aura fort à faire ! Ici, il dit : « Oui, c’est un
peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous
ton héritage. » Le fait de faire alliance invite deux personnes à avoir le souci l’une de l’autre,
à rester unies. Tout au long de la Bible, Dieu est celui qui reste en lien avec nous malgré nos
errances. A maintes reprises, le peuple hébreu aura envie de faire sa vie seul, sans Dieu. A
chaque fois, il se cassera la figure, à chaque fois Dieu viendra le relever en lui suscitant un
patriarche, un juge, un prophète ou un roi.
La 2e lecture : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion
du Saint-Esprit soient avec vous tous ».
Vous avez reconnu la première phrase que dit le célébrant au début de la messe. A elle seule,
elle annonce tout le projet de Dieu, et le prêtre, parle ici au nom de Dieu. Ce que Dieu propose
à l’humanité, en quelques mots, c’est d’entrer dans son intimité, dans le foyer d’amour de la
Trinité.
La « grâce », « l’amour », la « communion », c’est la même chose
; le Père, le Fils, l’Esprit Saint, c’est la Trinité ; « La grâce de Jésus
notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de
l’Esprit Saint », c’est bien le foyer d’amour que constitue la Trinité.
L’icône de la Trinité est souvent représentée par trois
personnages assis à une table qui se regardent mutuellement.
Dieu est relation, communion. Mais au bas de la table, il y a un
petit rectangle bleu qui signifie le cosmos et toute l’humanité.
Dieu m’appelle à siéger à sa table.
L’évangile : nous révèle cette pédagogie de Dieu qui souhaite encore davantage se révéler à
nous : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que,
par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit
pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». Hier lors des deux
funérailles célébrées dans cette église, il y avait pour le 1er défunt l’épisode du bon larron :
« Aujourd’hui, avec moi, tu seras en paradis » (Luc 23, 43) et pour le 2e enterrement le
passage où Jésus dit : « Je pars vous préparer une place » (Jean 14, 2-3). C’est là tout le
mystère de Dieu qui nous a créés pour être pour toujours avec Lui. Au début de mon
ministère, lors des enterrements, je disais que la vie éternelle commence une fois qu’on est
entre 6 planches. Il a fallu que je lise le passage suivant pour comprendre que ce n’est pas
ça : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai
Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17, 3). La vie
éternelle commence quand nous prions, quand nous entrons en
relation avec Dieu.
Ste Elisabeth de la Trinité : Je voudrais maintenant terminer en
vous parlant d’une jeune sainte française, canonisée le 2016 par le
pape François : Elisabeth de la Trinité. Elle n’a vécu que 5 ans au
Carmel de Dijon et est décédée à l’âge de 26 ans. A 7 ans, elle perd
son papa. Parmi les moments importants de sa vie qui vont l’aider
à vaincre son « terrible caractère » et son tempérament colérique,
il y a :
- Sa première communion à 11 ans. Elle reçoit la grâce de se sentir habitée par le Christ. Ce
jour-là, l’amour de Dieu remporte la pleine victoire dans son coeur. - Quand une carmélite lui révèle le sens de son prénom : « Élisabeth, maison de Dieu. » Dès
lors, sa vie est transformée : la violence qui l’habite n’a pas disparu mais elle est canalisée,
orientée et elle n’a plus qu’un désir : rendre heureux son Dieu en rendant heureux tous
ceux qui l’entourent.
Entrée au Carmel à 21 ans, Élisabeth reçoit le nom : Élisabeth de la Trinité. C’est, écrira-t-elle
plus tard : « La maison paternelle dont nous ne devons jamais sortir. » Dans ses lettres, elle
partage à ses amis, laïcs pour la plupart, la merveilleuse découverte : nous sommes tous
appelés, tous aimés, tous habités par la Présence au fond de nous-mêmes. Nous devons
régulièrement nous recueillir en présence de Dieu, pour devenir « louange de gloire » selon
les mots de saint Paul (Ephésiens I, 11), et faire de notre corps le trône de la Très Sainte
Trinité où celle-ci daigne venir habiter.
21 novembre 1904 au Carmel de Dijon, Soeur Élisabeth de la Trinité termine sa retraite, toute
prise par une grâce qu’elle ne révèlera à personne, elle se met à écrire la prière : « Ô mon
Dieu, Trinité que j’adore… ». Aujourd’hui, celui qui lit cette prière se trouve devant une
évidence : Élisabeth vit de la présence de Dieu en elle, une présence vivante, agissante,
aimante.
A sa soeur Marguerite qui était devenue maman, et qui allait faire baptiser la petite fille
nouvellement née, elle écrira : « J’aimerais savoir l’heure du baptême pour m’unir à l’instant
où la Trinité sainte viendra faire sa demeure dans ma petite nièce » ; elle écrira encore : « Je
me sens pénétrée de respect devant ce petit sanctuaire de la Très sainte Trinité… Si j’étais à
ses côtés, je m’agenouillerais pour adorer celui qui demeure en elle ».
En prenant conscience de la présence de Dieu en l’autre, nous devrions mieux vivre les
relations parfois difficiles entre parents et enfants, au sein du couple ou avec notre
entourage.