David, un roi pécheur mais pardonné
Nous sommes entrés le mois dernier dans le deuxième livre de Samuel, entièrement consacré au roi David.
Nous avons vu comment, après la mort du roi Saül, David, dans un premier temps, devient roi de Juda à Hébron, sur les deux tribus du Sud ; tandis que les autres tribus d’Israël adhèrent toujours à la maison de Saül qui compte encore son fils Ishbosheth, son petit-fils Mephibosheth, le fils de Jonathan, et Abner, cousin de Saül et général de son armée.
Lorsque Abner rejoint David, ce dernier devient roi sur tout Israël. David qui avait reçu une première onction des mains de Samuel, devant sa famille, avait été oint une deuxième fois, à Hébron, en devenant roi sur la maison de Juda, reçoit alors une troisième onction qui fait de lui le roi de tout Israël.
Il a alors 30 ans ce qui nous a conduits à faire le lien avec Jésus dont l’évangile nous dit qu’il avait 30 ans quand il commença son ministère public. Nous avons bien en Jésus le nouveau David.
David réussit ensuite à s’emparer de Jérusalem, il en fait sa capitale. Cela crée pour Israël une situation toute nouvelle. Quelques temps plus tard, David pose un acte politique, il y fait venir l’Arche d’Alliance. Par ce geste, il lie la présence de Dieu à la royauté faisant de sa capitale, le sanctuaire national à la place de Silo.
David est alors à son apogée. Son trône est établi, ses ennemis vaincus, et il s’apprête à construire une maison pour le Seigneur jusqu’au moment où la parole du Seigneur adressée au prophète Nathan, annonce que c’est le Seigneur Lui-même qui bâtira une maison pour David. Cette maison ne sera pas du tout un temple de pierre, mais l’établissement durable de sa descendance, sa famille et son peuple. Et nous savons, nous chrétiens, que de cette descendance est né le Sauveur Jésus.
En guise de transition avec ce qui va suivre, puisqu’aujourd’hui nous allons voir comment David, roi selon le cœur de Dieu, a été capable de péchés odieux, nous avions évoqué comment David, avec ses nombreuses femmes était allé à l’encontre de la loi Divine qui demandait aux rois de ne pas avoir trop d’épouses. Nous étions déjà à 7. Arrive la huitième.
- Bethsabée
David a maintenant 50 ans. Il a réussi dans toutes ses entreprises et l’on peut se demander si la puissance de son règne ne l’a pas éloigné de Dieu ?
Voilà qu’une guerre éclate contre les Ammonites. Cette fois-ci, David néglige son devoir de diriger l’armée, il envoie Joab, son général en chef, pendant que lui, reste tranquillement oisif dans son palais. Nous lisons même qu’il s’est prélassé une partie de la journée et qu’il se lève le soir :
« Un soir, il se leva de sa couche pour se promener sur la terrasse du palais. De là, il aperçut une femme en train de se baigner. Cette femme était très belle. David fit demander qui elle était, et on lui répondit : « Mais c’est Bethsabée, fille d’Éliam, la femme d’Ourias le Hittite ! » Alors David envoya des gens la chercher. Elle vint chez lui ; il coucha avec elle, alors qu’elle s’était purifiée de ses règles. Après quoi, elle retourna chez elle. La femme devint enceinte, et elle fit savoir à David : « Je suis enceinte ! » (2Sam 11,1-5)
David va manœuvrer pour attribuer l’enfant à Ourias. Il le fait donc revenir de la guerre, estimant qu’il aura forcément une relation avec sa femme afin que sa paternité soit évidente.
Sauf que, face aux manigances de David, nous découvrons un officier d’une grande droiture, qui refuse d’aller dormir chez lui alors que ses compagnons se battent contre les Ammonites. Alors David prolonge le séjour d’Ourias près de sa femme, il l’invite un soir à dîner, tente à nouveau de l‘enivrer. Mais rien n’y fait. Ourias choisit encore une fois de dormir à la caserne, alors que ses compagnons dorment sous la tente.
« Le matin suivant, David écrivit une lettre pour Joab, et la fit porter par Ourias. Il disait dans cette lettre : « Mettez Ourias en première ligne, au plus fort de la mêlée, puis repliez-vous derrière lui ; qu’il soit frappé et qu’il meure ! Joab, qui assiégeait la ville, plaça Ourias à un endroit où il savait que les ennemis étaient en force. Les assiégés firent une sortie contre Joab. Il y eut des tués dans l’armée, parmi les serviteurs de David, et Ourias le Hittite mourut aussi » (2S 11,14-17).
Je suis tombée sur une homélie du père Roger Hébert, recteur du sanctuaire ND du Laghet près de Nice, qui dit ceci :
« En lisant attentivement ce texte, j’ai compté 13 péchés successifs de David. La mentalité hébraïque aime jouer avec le symbolisme des nombres. 12, vous le savez, c’est le symbole de la totalité : 12 pays d’Israël, c’est tout le pays. Eh bien, 13, c’est la totalité + 1 ! Ainsi donc puisque David a commis 13 péchés, il nous est présenté comme ayant commis plus que tous les péchés possibles ! …
Je les énumère rapidement pour que vous soyez bien sûrs que je ne charge pas David de péchés qu’il n’aurait pas commis !
- 1er péché, David, lui, il reste chez lui bien planqué et il envoie les autres se battre.
- 2e péché, c’est un début de nuit où il n’arrive pas à trouver le sommeil et il part pour rôder dans son palais. Quand on ne peut pas s’endormir, c’est peut-être le signe que le Seigneur veut nous garder éveillés un peu plus longtemps, c’est donc avec lui, dans la prière qu’il faut passer ce temps plutôt que d’aller rôder, ce qui peut cacher des intentions pas très nettes !
- 3e péché, il voit une femme qui se baigne, sans doute en petite tenue, au lieu de détourner son regard, il se rince les yeux. La tentation, elle peut être vaincue si on l’attaque tout de suite, si on la laisse grandir, on est foutu, c’est ce qu’a fait David et c’était son 3e péché.
- 4e péché, au lieu d’essayer d’oublier ce qu’il a vu en demandant au Seigneur de purifier sa mémoire et de rendre grâce au Seigneur pour les femmes qui lui ont été données, il se renseigne sur l’identité de la femme qu’il a vu dans la nuit.
- 5e péché quand il apprend que cette femme est l’épouse de l’un de ses meilleurs généraux qu’il a envoyé sur le front combattre à sa place, il aurait pu, par respect pour la bravoure de son général s’interdire d’aller plus loin. Mais il fait le contraire en se disant : puisque c’est la femme de mon général, je suis tranquille, je sais qu’il ne pourra pas nous surprendre.
- 6e péché, ce que David va faire, s’appelle « abus de position dominante. » En effet, comment cette femme aurait-elle pu refuser les avances du roi tout-puissant, elle savait que son mari en ferait les frais.
- 7e péché, à l’annonce de la grossesse, au lieu de reconnaître son péché et de, vite, entrer dans le repentir, David élabore un plan machiavélique pour couvrir son péché afin que sa réputation ne soit pas entachée.
- 8e péché, son plan ne marchant pas, il refuse de voir dans cet échec un signe du Seigneur qui l’appelle à nouveau à la conversion, il élabore un autre plan qui le fait plonger un peu plus bas dans l’abjecte.
- 9e péché, il saoule Urie pour lui faire perdre toute conscience et qu’il perde ainsi cette droiture qui lui a fait, jusqu’à maintenant refuser d’aller coucher avec sa femme pendant que ses hommes, eux, étaient au combat.
- 10e péché, son plan ne marchant pas, il refuse à nouveau d’y voir un appel du Seigneur, il en élabore un nouveau, le plus terrible de tous ! S’enfermer dans le péché, c’est tomber toujours plus bas.
- 11e péché, il fait tuer Urie,
- 12e péché, pour ne pas se salir directement les mains en commettant, lui-même, ce meurtre il rend les destinataires de son message complices de ce meurtre.
- 13e apprenant la mort d’Urie, il n’a ni regret, ni remord, il faudra l’intervention du prophète Nathan,
Et si la Bible ose dénoncer l’ampleur du péché de David, c’est pour mieux souligner le caractère extraordinaire de la miséricorde de Dieu. David a commis tous les péchés possibles +1, la miséricorde de Dieu sera encore plus puissante.
Le chapitre 11 se termine ainsi : « La femme d’Ourias, apprenant que son mari était mort, le pleura. Le deuil passé, David l’envoya chercher pour la recueillir chez lui. Elle devint sa femme et lui donna un fils. Mais ce que David venait de faire était mal aux yeux du Seigneur » (2S 11, 26-27).
- Le repentir de David
Après la naissance de l’enfant, donc 9 mois plus tard, le Seigneur se manifeste auprès du prophète Nathan afin qu’il se rende auprès du roi qui n’a toujours pas exprimé de repentir.
Ce n’est pas facile de reprendre un roi. David pourrait faire taire Nathan ou même le mettre à mort. Aussi, de façon très fine, Nathan se met à raconter une parabole, (une des premières que nous trouvons dans la Bible) :
« Dans une même ville, il y avait deux hommes ; l’un était riche, l’autre était pauvre. Le riche avait des moutons et des bœufs en très grand nombre. Le pauvre n’avait rien qu’une brebis, une toute petite, qu’il avait achetée. Il la nourrissait, et elle grandissait chez lui au milieu de ses fils ; elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe, elle dormait dans ses bras : elle était comme sa fille. Un voyageur arriva chez l’homme riche. Pour préparer le repas de son hôte, celui-ci épargna ses moutons et ses bœufs. Il alla prendre la brebis du pauvre, et la prépara pour l’homme qui était arrivé chez lui. »
Vous avez compris que dans cette histoire, David est l’homme qui a « du petit et du gros bétail en grande quantité », le pauvre, qui n’a une seule petite brebis, c’est Urie, qui n’a qu’une seule femme, ce qui, soit dit en passant, est tout à fait conforme aux pensées de Dieu.
« Alors, David s’enflamma d’une grande colère contre cet homme, et dit à Nathan : « Par le Seigneur vivant, l’homme qui a fait cela mérite la mort ! […] Alors Nathan dit à David : « Cet homme, c’est toi ! »
David s’aperçoit alors de la gravité de son péché et le reconnaît : « J’ai péché contre le Seigneur. » Nathan voyant la profondeur et la sincérité de cette déclaration lui répond : « Le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas ».
Le psaume 50 qui est attribué à David, exprime de manière profonde son cheminement intérieur. Regardons la progression de ce psaume.
- « Oui, je connais mon péché », confession de la faute commise (verset 5)
- « Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » : la pensée que Dieu a été offensé. Nous ne pouvons pas obtenir le pardon de péchés que nous ne confessons pas et ne regrettons pas.
- « Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère » : c’est le rappel de notre nature pécheresse (verset 7) ;
- « Mais tu veux au fond de moi la vérité » : Dieu attend de nous que nous soyons en vérité avec Lui et avec nous-mêmes (verset 8)
- « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit ». Le pécheur exprime ici son désir d’une conscience pure et droite (verset 12) ;
- « Que l’esprit généreux me soutienne ». Il nous faut dire à Dieu que nous voulons revenir à Lui et que nous avons besoin de son Esprit Saint. (verset 14).
Se laissant purifier par l’amour du Seigneur, la personne qui prie devient une nouvelle créature, capable d’obéissance, de fermeté d’esprit, et de louange sincère.
- David face aux conséquences de son acte.
L’humble confession du roi David lui obtint le pardon de Dieu, mais les deux péchés d’adultère et de meurtre vont se retrouver dans sa maison et avoir des conséquences graves qui iront bien au-delà de ce que David avait imaginé. Et le roi va devoir les affronter. C’est une chose que d’être pardonné auprès de Dieu et c’en est une autre que les choses soient apaisées chez les hommes.
« Le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas. Cependant, parce que tu as bafoué le Seigneur, le fils que tu viens d’avoir mourra. » Et Nathan retourna chez lui. Le Seigneur frappa l’enfant que la femme d’Ourias avait donné à David, et il tomba gravement malade » (2Samuel 12,13-15).
- La mort de l’enfant
Voilà qu’après sa naissance, le bébé tombe très malade ; le roi supplie le Seigneur. Il jeûne et prie pendant toute la maladie de l’enfant, mais celui-ci meurt. David console Bethsabée sa femme, il va vers elle et s’unit à elle.
« Elle lui donna un fils qu’il nomma Salomon. Le Seigneur l’aima, et il le fit savoir par le prophète Nathan qui lui donna, à cause du Seigneur, le nom de Yedidya : Aimé-du-Seigneur » (2Samuel 12,24-25).
Ici, de façon tout à fait exceptionnelle, nous apprenons que Dieu donne aussi un nom à Salomon, ce qui fait que l’enfant en a deux. Ceux-ci dévoilent déjà partiellement sa destinée : il sera un homme choisi et aimé de Dieu, et son règne sera fait de paix.
- Amnone, le fils de David, viole sa demi-sœur, Tamar. Ch 13
Amnone, premier-né de David, se mit à convoiter sa demi-sœur Tamar et s’arrange un jour pour abuser d’elle. Les crimes de ce genre étaient sévèrement condamnés par la loi (Lévitique 18,9-11 et 20,17). Ici, ce fait était d’autant plus grave, qu’en tant que fille de roi, Tamar était déshonorée et ne pouvait plus se marier. Et après l’avoir violée, Amnone, se mit à la haïr et la fit jeter hors de la maison.
David en fut très irrité, mais il ne fit rien. D’après la loi, le coupable devait être condamné à mort. Mais le souvenir de sa propre conduite le paralysait. Cette impunité ne fit que rendre plus implacable la haine d’Absalom, autre fils de David, frère de Tamar qui, deux ans plus tard, fit tuer Amnone et s’enfuit.
- La prise de pouvoir d’Absalom ch 13-14
Avec le temps la colère de David s’apaise et la relation avec Absalom se rétablit. Mais au verset qui fait suite à leur réconciliation, nous apprenons qu’Absalom réunit des hommes et prépare de façon surnoise une conspiration pour prendre le pouvoir. Peut-être reproche-t-il encore à son père de n’être pas intervenu pour Tamar ? Ou bien, il ne lui a-t-il pas pardonné sa mise à l’écart pendant 2 années ?
Avec l’aide d’Ahitofel (le grand-père de Bethsabée, qui en veut toujours à David), Absalom se fait proclamer roi contre son père.
David ne voulant pas se battre contre son fils décide de ne pas s’opposer à lui, espérant que le Seigneur viendra à son secours et il décide de partir avec ses six cents fidèles serviteurs, ceux qui l’avaient suivi dans son exil imposé par Saül. Il laisse la garde de son palais à dix de ses concubines et monte pieds nus sur le Mont des Oliviers où il regarde Jérusalem et il se met à pleurer. (ça nous rappelle quelqu’un !)
Mais pour affirmer sa domination Ahitofel conseille à Absalon de violer publiquement les dix concubines du roi, afin que le peuple sache qu’il n’y a plus de réconciliation possible entre Absalom et David. Ch 20
Lorsque David apprend la chose il décide de livrer bataille à Absalon qui s’enfuit sur une mule au grand galop et dans sa fuite ses cheveux s’accrochent dans des branches d’arbre, et il reste suspendu. Un soldat en avertit Joab qui lui donne 3 coups de javelots dans le cœur. David pleure énormément Absalom comme s’il venait de perdre son fils préféré puis il regagne son palais à Jérusalem.
- Les chapitres 21 à 24, qui terminent le livre, sont un supplément et nous donnent des faits et des paroles du règne de David que l’auteur a simplement voulu conserver en les réunissant ici, au terme de sa narration. Leur assemblage n’est pas chronologique.
- Au chapitre 21 nous trouvons un jugement de Dieu lié au massacre des Gabaonites perpétré par le roi Saül et deux récits consacrés aux hauts faits des vaillants hommes de David.
- Le chapitre 22 nous donne un cantique majestueux composé par David, que nous appelons « le cantique de David ». De même que nous avions au début du premier livre de Samuel, le cantique d’Anne, la mère du prophète Samuel, nous avons à la fin du second livre ce cantique de David. Ainsi les livres de Samuel qui, rappelons-le, n’en formaient qu’un au départ, sont encadrés par ces cantiques.
« David prononça pour le Seigneur les paroles de ce chant, le jour où le Seigneur l’eut délivré de la main de tous ses ennemis et de la main de Saül. Il dit : Le Seigneur est mon roc, ma forteresse, il est mon libérateur !Dieu, le rocher qui m’abrite, mon bouclier, la force qui me sauve, ma citadelle, mon refuge, mon sauveur, tu me sauves de la violence ! Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur, je suis sauvé de mes ennemis. Les flots de la mort m’entouraient, le torrent fatal m’épouvantait ; des liens infernaux m’étreignaient : j’étais pris aux pièges de la mort. Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ; vers mon Dieu, je lançai un appel ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles… » (2S 22, 1-7).
On pense que David a écrit cet hymne d’action de grâce vers la fin de sa vie. Il célèbre la Providence de l’Éternel qui l’a délivré de tous ses ennemis. Il fait une rétrospective salutaire de sa vie et constate comment Dieu l’a guidé et protégé, malgré ses terribles fautes. Peut-être a-t-il écrit le célèbre psaume du Bon Berger vers la même époque, parce qu’il résume bien en quelques traits de plume, le long poème de ce chapitre.
« 01 Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. *
02 Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles
03 et me fait revivre ; * il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.
04 Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, * car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.
05 Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; * tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
06 Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; * j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours » (Ps 22).
- Chapitre 24 : le recensement
Le livre se termine sur une colère divine liée à un recensement ordonné par David. (ch24 et 1 Chr). L’événement rapporté dans ce dernier chapitre appartient sans doute aux derniers temps de la vie de David, puisque ce sont vraisemblablement ses grands succès qui, gonflant son orgueil, provoquèrent le péché du dénombrement. Mais il est probable aussi que ce morceau a été placé à cet endroit pour préparer le récit de la construction du temple qui va avoir lieu dès les premières années du règne de Salomon.
David avait été un homme de guerre et avait remporté de nombreuses victoires. Mais vers la fin de sa vie, alors que Dieu lui avait promis une paix durable, il décide de mener une grande guerre et pour s’assurer le succès, entreprend de faire un recensement des Israélites en âge de porter les armes.
Le recensement est pour nous aujourd’hui une opération administrative tout à fait banale, mais dans l’antiquité, compter les sujets d’un État n’était pas une simple opération de routine, c’était un projet risqué. En effet, compter les hommes, était un privilège divin. En régime biblique, compter, c’est mettre la main sur ce que l’on compte.
La crainte de porter atteinte aux droits de Dieu était telle que dans les États où le recensement était pratiqué, il était toujours accompagné de cérémonies expiatoires ou purificatrices destinées à apaiser les dieux.
Mais David insensiblement commence à prendre les allures des monarques d’alentour et le peuple de son côté s’envisage progressivement comme une des nations de la terre. Ce n’était pas seulement David, c’était tout le peuple dont le cœur s’était enorgueilli.
Nous lisons au dernier chapitre du 2e livre de Samuel 24,1 : « La colère du Seigneur s’enflamma de nouveau contre Israël. Le Seigneur incita David à nuire au peuple. Il lui dit : « Va, dénombre Israël et Juda ! » Il faut comprendre ici que Dieu, voulant humilier le roi et le peuple, va se servir d’une mauvaise pensée suggérée au roi David par l’esprit malin.
Ce qui fait dire au 1er livre des Chroniques : « Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël » (1 Ch 21,1).
Joab est chargé de ce dénombrement tout en se montrant défavorable à ce projet, estimant que ce recensement est un vrai sacrilège (1 Ch 21,6). Mais David ne fait pas attention aux mises en garde de son général, et le peuple est dénombré.
Les opérations durent neuf mois et vingt jours. En six versets, le compte est fait : il y a, en Israël, huit cent mille hommes capables de combattre et, en Juda, cinq cent mille.
Mais, dès que les chiffres tombent, David prend conscience d’avoir fait quelque chose de grave. « C’est un grand péché que j’ai commis ! Maintenant, Seigneur, daigne passer sur la faute de ton serviteur, car je me suis vraiment conduit comme un insensé ! »
Le matin en réponse à cette prise de conscience et cette prière, le Seigneur envoie le Prophète Gad, autre prophète attaché au roi David et qui selon la tradition, a participé à l’écriture des livres de Samuel.
Voici la parole du Seigneur : « Je te propose trois fléaux :
- une famine de sept ans,
- une guerre de trois mois où il serait toujours vaincu
- ou une violente peste de trois jours !
Le choix n’est pas facile. Pensez-y un instant, pour quelle option auriez-vous opté ?
- 7 ans de famine, c’est long. De plus, le pays vient juste de sortir d’une sécheresse qui a duré 3 ans. Les réserves de blé ont été épuisées, les paysans n’ont pas encore eu le temps de ré engranger des provisions.
- Une guerre de trois mois : là aussi, le peuple vient juste de sortir d’une guerre contre les Philistins. David a failli être tué. Il est devenu vieux, il ne peut plus se battre comme avant. Et trois mois c’est long, un ennemi pouvait tuer des centaines de milliers de personnes.
- La troisième option n’était pas toute rose non plus. La peste n’est jamais la bienvenue. Cette maladie était terriblement contagieuse à l’époque et ni les antibiotiques ni les vaccins n’existaient.
Alors David, dont on comprend l’angoisse, ne choisit pas un chiffre, mais une présence. Il choisit Dieu. « Je suis dans une grande angoisse… Eh bien ! Tombons plutôt entre les mains du Seigneur, car sa compassion est grande, mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! »
Mais il y eut tant de morts dans la première journée que David s’offrit en sacrifice unique pour sauver son peuple (// avec Jésus). Alors Dieu sentant son repentir sincère lui pardonna sa faute.
Le Seigneur demande alors à David, par la voix de son prophète Gad, d’acheter à Arauna le Jébusien un terrain pour y construire un autel et offrir un sacrifice à Dieu. On affirme que c’est à ce même endroit qu’Abraham avait conduit Isaac pour l’immoler, mais qu’il fut empêché par un ange au dernier moment. Arauna qui avait une grande estime pour son roi, voulut lui offrir le terrain mais David lui dit : « Non ! je veux l’acheter pour sa valeur en argent, car je n’apporterai pas au Seigneur ce qui t’appartient et je n’offrirai pas un holocauste qui ne me coûterait rien. » C’est à cet emplacement que Salomon construira le Temple
« Mais lorsque l’ange du Seigneur étendit la main vers Jérusalem pour l’exterminer, le Seigneur renonça à ce mal, et il dit à l’ange exterminateur : « Assez ! Maintenant, retire ta main. » L’ange du Seigneur se trouvait alors près de l’aire à grain d’Arauna le Jébuséen. David, en voyant l’ange frapper le peuple, avait dit au Seigneur : « C’est moi qui ai péché, c’est moi qui suis coupable ; mais ceux-là, le troupeau, qu’ont-ils fait ? Que ta main s’appesantisse donc sur moi et sur la maison de mon père ! » Ce jour-là, Gad alla trouver David et lui dit : « Monte, élève un autel au Seigneur sur l’aire d’Arauna le Jébuséen ! » David monta donc suivant la parole de Gad, comme le Seigneur l’avait ordonné. Arauna regarda et aperçut le roi et ses serviteurs qui se dirigeaient vers lui. Il sortit et se prosterna, face contre terre, devant le roi. Arauna demanda alors : « Pourquoi mon seigneur le roi vient-il chez son serviteur ? » David lui répondit : « Pour acheter ton aire à grain, afin d’y bâtir un autel. Et le fléau s’écartera du peuple. » Arauna dit à David : « Que mon seigneur le roi prenne et offre en holocauste ce qui lui semblera bon : voici les bœufs pour l’holocauste et, pour le bois du feu, les traîneaux à battre le grain et les pièces de l’attelage. Ô roi, tout cela, Arauna te le donne. » Puis il ajouta : « Que le Seigneur ton Dieu agrée ton sacrifice ! » Mais le roi dit à Arauna : « Non ! je veux te l’acheter et t’en payer le prix : je n’offrirai pas au Seigneur mon Dieu des holocaustes qui ne me coûteraient rien ! » David acheta donc l’aire et les bœufs pour cinquante pièces d’argent. Là, il bâtit un autel pour le Seigneur, puis il offrit des holocaustes et des sacrifices de paix. Le Seigneur redevint favorable au pays, et le fléau s’écarta d’Israël » (2e Sam 24, 16-25).
« Ce qui m’attire chez cet homme, c’est qu’il n’a pas montré son plus grand courage dans ses succès, mais dans la manière dont il a supporté les difficultés de la vie, les hostilités et les humiliations. Il a combattu sans faire attention à ses blessures, et il a donné sa vie pour la tâche que Dieu lui a confiée. David ne montre pas seulement aux jeunes gens un modèle de vie fascinant ; il pourrait aussi donner du courage à des hommes qui ont des tâches de direction. » (Cardinal Martini)
4. Conclusion
Nous avons besoin d’un meilleur roi que David
Nous avons eu deux rois. David, énamouré, finit par commettre un adultère avec la femme de son prochain. Il conspire ensuite pour faire tuer le mari de cette femme. Pourtant, lorsqu’on nous raconte l’histoire de sa vie, on nous dit que c’est « un homme selon le cœur de Dieu ». À l’inverse, le péché de son prédécesseur était assez insignifiant — il avait seulement refusé d’obéir pleinement — pourtant, cela lui a coûté son royaume, sa vie et sa famille. Pourquoi cette différence ?
Lorsque le roi Saül a été confronté à son péché, il s’est défendu, s’est trouvé des excuses, a rejeté sa faute sur les autres et a essayé de couvrir son péché et ses conséquences. Pour résumer, son comportement montre de l’orgueil et un cœur qui n’a pas voulu se laisser briser. De l’autre côté, lorsque le roi David a été mis face à son péché, il a reconnu son erreur, a accepté la responsabilité de ses actes et s’est repenti. Sa réponse a été celle d’un homme humble touché par Dieu. Et c’est ce genre de cœur que Dieu honore. David avec ses faiblesses, malgré son crime, sera pour toute la suite de l’histoire de la royauté la référence du juste comportement pour tous les rois d’Israël. Pourtant, bien qu’il surpasse ceux qui l’ont précédé (et suivi) comme chefs d’Israël, il n’a pas répondu aux besoins du peuple de Dieu. Jésus, le Fils de David, sera le chef sans faille qui n’a jamais échoué lorsqu’il a été mis à l’épreuve. Il n’avait pas de péchés à cacher. Il n’a jamais abusé de son pouvoir. Les filles d’Israël étaient en sécurité avec lui.