Les livres de Samuel (2)
- Le prophétisme, le nouveau mode de relation entre Dieu et son peuple
Alors que l’existence même du peuple de Dieu est menacée, par des ennemis mais aussi par la décadence morale et spirituelle du peuple, Dieu dans sa fidélité veut ouvrir un nouveau moyen de Salut pour son peuple.
Le verset 3,1 nous avait indiqué que la parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue.
Dieu, maintenant brise ce silence en appelant Samuel. Quelque chose de nouveau se passe :
- Jusqu’à présent, Israël avait été une théocratie et Dieu faisait connaître sa volonté par le grand-prêtre.
- Après les juges, après le sacerdoce, Dieu va maintenant établir la fonction prophétique. Les prophètes existaient déjà ici et là de manière sporadique, mais à partir de Samuel, ils seront les seuls porte-parole du Seigneur. D’ailleurs, le jour de la Pentecôte, quand Pierre parle des prophètes, il commence par Samuel.
Selon la tradition et l’historien juif Flavius Josèphe, nous savons que Samuel avait à peu près 12 ans lorsque Dieu se révèle à lui. Le verset 3,20 nous enseigne qu’il est reconnu prophète par tout Israël : « Tout Israël, depuis Dane jusqu’à Bershéba, reconnut que Samuel était vraiment un prophète du Seigneur ». Il existe donc bien un nouveau lien entre lui et le Seigneur.
Le premier message que Samuel reçoit est un message de jugement sur Éli et sa maison. Éli est blâmé pour n’avoir rien fait contre le mal, bien qu’il l’ait vu et qu’il ait été averti par un envoyé de Dieu.
« Voici que je vais accomplir une chose en Israël à faire tinter les deux oreilles de qui l’apprendra. Ce jour-là, je réaliserai contre Éli toutes les paroles prononcées au sujet de sa maison, du début à la fin. Je lui ai annoncé que j’allais juger sa maison pour toujours, à cause de cette faute : sachant que ses fils méprisaient Dieu, il ne les a pas repris ! Voilà pourquoi, je le jure à la maison d’Éli : ni sacrifice, ni offrande, rien ne pourra jamais effacer la faute de la maison d’Éli » (1 S 3,11-14).
Eli a voulu savoir ce que le Seigneur avait dit, il accepte le jugement de Dieu sans résister et reconnaît la grandeur et la justice du Seigneur. Avec cela, il reconnaît également le service prophétique de Samuel. Mais il ne se repent pas et ne condamne pas ses fils.
Éli aurait au moins dû les destituer de leurs fonctions, mais au lieu de cela il ne les a même pas repris.
- L’Arche d’Alliance
- L’arche d’Alliance au sein de l’armée
Et voilà qu’au chapitre 4, une guerre éclate entre Israël et les Philistins. C’est la première fois que nous réentendons parler d’eux depuis la capture et la mort de Samson il y a une vingtaine d’années.
Rien d’exceptionnel puisque les Philistins étaient les ennemis constants d’Israël et cherchaient toujours à lui disputer le territoire.
Nous nous souvenons :
- qu’ils étaient principalement installés dans le sud-ouest de la Palestine
- leur maitrise du travail du fer rendait leur armement supérieur à l’équipement de leurs contemporains
- C’était un peuple idolâtre, leur dieu était Dagone, le dieu du tonnerre, auquel ils avaient donné le torse d’un homme et la queue d’un poisson.
Le contexte n’est pas favorable à Israël car Dieu n’est pas avec lui : le jugement sur la maison d’Eli commence à s’exécuter, Israël ne compte que sur ses propres forces… La bataille coute la vie de 4000 hommes.
Alors Israël se rappelle que lors de victoires mémorables du passé, l’Arche d’Alliance était présente sur les champs de bataille, et ils s’imaginent qu’ils pourraient être victorieux s’ils transportaient l’Arche d’Alliance sur le champ de bataille.
« Le peuple envoya des gens à Silo ; ils en rapportèrent l’arche de l’Alliance du Seigneur des armées qui siège sur les Kéroubim. Les deux fils du prêtre Éli, Hofni et Pinhas, étaient là auprès de l’Arche de Dieu. Quand l’Arche arriva au camp, tout Israël poussa une grande ovation qui fit résonner la terre. Les Philistins entendirent le bruit et dirent : « Que signifie cette grande ovation dans le camp des Hébreux ? » Ils comprirent alors que l’Arche du Seigneur était arrivée dans le camp.
Alors ils eurent peur, car ils se disaient : « Dieu est arrivé au camp des Hébreux. » Puis ils dirent : « Malheur à nous ! Les choses ont bien changé depuis hier. Malheur à nous ! Qui nous délivrera de la main de ces dieux puissants ? Ce sont eux qui ont frappé les Égyptiens de toutes sortes de calamités dans le désert. Soyez forts, Philistins, soyez des hommes courageux, pour ne pas être asservis aux Hébreux comme ils vous ont été asservis : soyez courageux et combattez ! » Les Philistins livrèrent bataille, Israël fut battu et chacun s’enfuit à ses tentes. Ce fut un très grand désastre : en Israël trente mille soldats tombèrent. L’Arche de Dieu fut prise, et les deux fils d’Éli, Hofni et Pinhas, moururent.
En apprenant que l’Arche d’Alliance était prise et que ses fils étaient morts, Eli tomba de son siège à la renverse, il se brisa la nuque et mourut. Il nous faut entendre ce qu’Israël n’avait pas compris, c’est que l’Arche d’Alliance n’avait aucun pouvoir en elle-même. Quand elle était utilisée en procession pour faire le tour de la ville de Jéricho, les consignes et le pouvoir venaient de Dieu. Mais là, c’étaient les hommes, qui de leur propre chef, avaient décidé d’apporter l’Arche d’Alliance pour obtenir une victoire militaire, en quelque sorte, cela avait été de la superstition. L’Arche d’Alliance n’était rien si le Seigneur n’était pas aux commandes.
- L’Arche d’Alliance chez les Philistins
Les Philistins voient la capture de l’arche non seulement comme une victoire sur Israël, mais aussi sur le Dieu d’Israël. Ils l’installent dans le temple de Dagone, à Ashdod. Mais Dieu et les idoles ne peuvent pas aller ensemble. Les Philistins le découvrent à leurs dépens : le Seigneur montre sa présence et sa majesté, au-dessus du dieu des Philistins. La statue de Dagone s’écroule et une épidémie frappe le peuple d’Ashdod. Alors on transfère l’arche dans les autres villes philistines, à Gad puis à Ekron, mêmes effets… (Cf chapitre 5)
Depuis que les Philistins ont pris l’Arche, ils n’ont que des ennuis, tumeurs, invasions de rats, etc. Alors au bout de sept mois, ils finissent par restituer l’objet sacré en Israël.
Pourtant, les Philistins veulent avoir la certitude absolue que c’est bien le Dieu d’Israël qui est la cause de leur malheur, et comme ils ne veulent pas eux-mêmes rapporter l’arche, ils décident d’envoyer deux vaches qui viennent d’avoir des petits. Et si elles laissent leurs petits derrières elles et marchent droit vers Israël, ils sauront que c’était bien le jugement de Dieu qui étaient sur eux.
- Le retour de l’arche en Israël : 6,1 – 7,1
« Maintenant, prenez et préparez un chariot neuf ainsi que deux vaches qui allaitent et qui n’ont pas encore porté le joug ; vous attellerez les vaches au chariot et vous les séparerez de leurs petits que vous ramènerez à l’étable. Puis, vous prendrez l’arche du Seigneur et vous la placerez sur le chariot. Quant aux objets d’or que vous lui remettrez en offrande de réparation, vous les déposerez dans le coffre, à côté de l’Arche. Vous la renverrez, et elle partira. Vous verrez alors : si elle prend la route de son territoire en montant vers Beth-Shèmesh, c’est bien Dieu qui nous a fait ce grand mal. Sinon, nous saurons que ce n’est pas sa main qui nous a touchés : c’est par accident que cela nous est arrivé. » Ainsi firent les gens. Ils prirent deux vaches qui allaitaient, ils les attelèrent au chariot et retinrent leurs petits à l’étable. Puis ils déposèrent l’arche du Seigneur sur le chariot, ainsi que le coffre avec les rats en or et les images de leurs tumeurs. Les vaches allèrent droit leur chemin sur la route de Beth-Shèmesh. »
Les vaches allèrent directement à la ville israélite de Beth Shemesh, confirmant la main de Dieu sur les événements (1 S 6,12). Elles furent ensuite offertes à Dieu. Les Philistins avaient leur réponse, ils voyaient la puissance de Dieu à l’œuvre, pourtant ils repartirent vers leurs idoles.
L’arche arrive donc à Beth-Shémesh, et non à Silo en raison de l’inconduite des fils d’Éli. A part une simple allusion (14,18), il ne sera plus question d’elle pendant environ soixante-dix ans.
Beth-Shémesh, dont le nom signifie “la ville du soleil”, était une ville lévite Kehathites. Les Kehathites étaient précisément ces Lévites qui avaient été désignés par Dieu pour porter l’arche (Nb 3,29-31 ; Jos 21,10-16).
Mais la joie du retour de l’Arche fut de courte durée. Quelques Beth-Shémites, au mépris du respect dû au Seigneur, ont voulu regarder dans l’Arche, ils savaient pourtant que cela était interdit sous peine de mort. Ils enlevèrent le couvercle et le propitiatoire où devait se tenir Dieu… Soixante-dix Beth-Shémites furent frappés. La ville prit le deuil et n’osa même plus porter l’Arche.
Les gens de Qiryath-Yearim à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem, acceptèrent de la prendre chez eux, ils vinrent la chercher estimant peut-être que la présence de Dieu parmi eux serait une source de bénédiction. Éléazar, le fils d’Abinadab, fut consacré pour prendre soin de l’Arche.
Par la suite, Samuel voyant l’état déplorable dans lequel se trouvait le peuple ne fit rien de plus pour l’Arche qui demeurât plus ou moins oubliée pendant 20 ans. Il savait que le moment venu, Dieu apporterait l’Arche dans un lieu choisi par Lui. Ce sera David qui la fera venir à Jérusalem.
L’arche ne reviendra jamais à Silo. Le sanctuaire sera détruit et restera le rappel constant du péché du peuple : « Allez donc à Silo, ce lieu qui était le mien, où j’avais fait autrefois demeurer mon nom, et voyez ce que j’en ai fait à cause de la méchanceté de mon peuple Israël ! » (Jr 7,12-14).
- Le peuple revient à Dieu
Samuel, dans son affection pour le peuple, ne cessait de prier pour lui, guettant les premiers signes d’un retour vers Dieu. Désormais reconnu comme un leader et un prophète, il a appelé le peuple à la repentance ; et après avoir pleuré, Israël finit par se tourner vers son Seigneur.
« Depuis le jour où l’Arche s’installa à Qiryath-Yearim, de nombreux jours s’étaient écoulés, vingt ans déjà, lorsque toute la maison d’Israël se mit à soupirer après le Seigneur. Alors Samuel, s’adressant à toute la maison d’Israël, déclara : « Si c’est de tout votre cœur que vous revenez au Seigneur, écartez du milieu de vous les dieux de l’étranger et les Astartés, attachez vos cœurs au Seigneur, servez-le, lui seul, et il vous délivrera de la main des Philistins. » Alors les fils d’Israël écartèrent les Baals et les Astartés ; ils ne servirent plus que le Seigneur seul » (1S 7,2-4).
Ce qui se passe ici avec Samuel, le dernier juge ne s’était pas produit pendant toute la durée des juges (350 ans), le peuple d’Israël s’est décidé à revenir vers Dieu, pour cela ils devaient faire cinq choses :
- Revenir à Dieu de tout leur cœur
- Ecarter les Baals
- Ecarter les Astartés
- Attacher leur cœur vers Dieu
- Servir Dieu seul
C’est ce qu’ils firent.
- Samuel juge en Israël
Alors Samuel convoqua le peuple à « Mispa », et non plus à Silo, signe que quelque chose de nouveau commençait. Sous la direction de Samuel, nous assistons à un renouveau d’Israël, démontrant l’importance du repentir et de la fidélité envers Dieu.
« Samuel dit : « Rassemblez tout Israël à Mispa, et je prierai pour vous auprès du Seigneur. » Ils se rassemblèrent donc à Mispa. Ils puisèrent de l’eau qu’ils répandirent devant le Seigneur. Ce jour-là, ils jeûnèrent, et ils déclarèrent en ce lieu : « Nous avons péché contre le Seigneur. » Et Samuel jugea les fils d’Israël à Mispa. Les Philistins apprirent que les fils d’Israël s’étaient rassemblés à Mispa, et les princes des Philistins montèrent pour attaquer Israël. Les fils d’Israël, en l’apprenant, eurent peur des Philistins. Ils dirent à Samuel : « Ne reste pas muet, ne nous abandonne pas, et ne cesse pas de crier vers le Seigneur notre Dieu, pour qu’il nous sauve de la main des Philistins ! » […] Pendant que Samuel offrait l’holocauste, les Philistins s’approchèrent pour combattre Israël. Mais, ce jour-là, le Seigneur tonna d’une grande voix contre les Philistins ; il les frappa de panique, et ils furent battus devant Israël. Alors les hommes d’Israël sortirent de Mispa et poursuivirent les Philistins de leurs coups jusqu’au-dessous de Beth-Kar. » (1S 7,5-7).
Mispa était une colline de la tribu de Benjamin. Il s’y passe ce jour-là, un fait historique unique : une purification nationale. L’eau solennellement répandue est le symbole de la pénitence et des larmes qu’Israël tout entier verse sur son péché, après ses longues années d’infidélité. Le peuple revient à Dieu, reconnaît sa misère et sa faiblesse, et jeûne.
L’insistance sur le nom de Mispa vient du fait qu’il fait écho à une alliance autrefois conclue entre Jacob et son beau-père Laban (Cf Gn 31). Autrement dit, de même que la paix avait été scellée entre Jacob et Laban en cet endroit, de même, c’est en ce lieu que le Seigneur accorda la paix à Israël lorsque les Philistins les envahirent et que Dieu les défendit. « Les Philistins durent s’incliner. Ils ne recommencèrent plus à envahir le territoire d’Israël. La main du Seigneur fut contre eux durant toute la vie de Samuel »
Pour les spécialistes, les évènements qui se sont déroulés à Mispa marquent l’apogée de la judicature de Samuel. Il fut vraiment juge sur Israël, tant sur le plan judicaire que religieux et il mena la nation à la repentance et à la paix. L’Éternel règne donc à nouveau sur son peuple. Et pour mieux nous le montrer : « Samuel jugea Israël tous les jours de sa vie. Il allait d’année en année faire le tour des villes de Béthel, Guilgal et Mispa ; en tous ces lieux, il jugeait Israël. Il revenait ensuite à Rama, où il avait sa maison. C’est là qu’il jugea Israël, et là qu’il bâtit un autel au Seigneur » (1S 7,15-17).
Ces quatre lieux par lesquels Samuel passait chaque année rappelaient quatre grandes délivrances du Seigneur, quatre occasions de rendre grâce en se rappelant Sa fidélité.
- Béthel, c’était le lieu de la rencontre entre Dieu et Jacob qui, fuyant la maison de ses parents par crainte d’Esaü, avait reçu l’assurance que Dieu le garderait. (Le souvenir de l’échelle dressée sur la terre, échelle dont le sommet touchait les cieux ; les anges montant et descendant sur elle ; avec le renouvellement des promesses faites à Abraham et à Isaac). (Genèse 28,10-22)
- Guilgal, où les fils d’Israël avaient été circoncis, après la traversée du désert (Josué 5, 2-12)
- Mispa, nous venons de le voir, c’était l’endroit où Jacob et Laban avaient mis fin à leur dispute ainsi que le combat du Seigneur lui-même contre les Philistins.
- Rama, demeure de Samuel et lieu de sa naissance, c’est là qu’avaient retenti les pleurs d’Anne, qui ne pouvait pas avoir d’enfant, et Dieu avait exaucé sa prière.
- Le peuple demande un roi (chapitre 8)
Mais cette œuvre de paix fut de courte durée. En effet Samuel lui aussi avait deux fils,
« Mais ses fils ne marchèrent pas sur ses traces. Attirés par le gain, ils acceptèrent des cadeaux et firent dévier le droit. Tous les anciens d’Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent : « Tu es devenu vieux, et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Maintenant donc, établis, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations » (1S 8,3-5).
Samuel devait avoir environ 60 ans. Pour l’époque, c’était assez âgé. Alors il décide de se faire seconder par ses 2 fils, Joël et Abija, sans avoir demandé à Dieu. Malheureusement, ces deux fils ressemblaient plus aux fils d’Eli qu’à leur père, se livrant à des profits malhonnêtes. On ne nous dit pas si Samuel avait été fidèle dans leur éducation. L’obéissance à Dieu n’est, hélas, pas héréditaire, ce n’est pas parce que les parents sont fidèles à Dieu que leurs enfants le seront aussi.
Quoi qu’il en soit, le peuple se sert de ce prétexte pour demander un roi « comme les autres nations »
Voilà le résumé des trois chapitres 8 à 10 :
Cette demande contrarie fortement Samuel et il bloque un peu :
- Cela représentait un rejet du système des juges et Samuel a dû se sentir personnellement agressé.
- C’était aussi un rejet de la royauté de Dieu sur Israël, puisque le peuple veut un roi à son propre goût, pour rivaliser avec les autres nations. Il ne veut pas d’un roi qui leur fera connaître la volonté de Dieu et qui gouvernera selon sa volonté.
- Ils ne veulent pas non plus attendre le temps et le choix de Dieu. Ils veulent un roi et ils le veulent maintenant.
Alors Samuel s’en plaint à Dieu qui lui répond : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. Tout comme ils ont agi depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à aujourd’hui, m’abandonnant pour servir d’autres dieux, de même agissent-ils envers toi. Maintenant donc, écoute leur voix, mais avertis-les solennellement et fais-leur connaître les droits du roi qui régnera sur eux » (1S 7, 7-9).
Samuel avertit donc Israël : « Tels seront les droits du roi qui va régner sur vous. Vos fils, il les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers de millier et comme officiers de cinquante hommes ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars. Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. Les meilleurs de vos champs, de vos vignes et de vos oliveraies, il les prendra pour les donner à ses serviteurs. Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves » (1S 9,11-17).
Le peuple refusa d’écouter Samuel et dit : « Non ! il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les nations. Mais Dieu fait comprendre à Samuel que ce peuple ne sera jamais comme les autres, et ils le comprendront encore mieux avec un roi selon leurs propres vues car ce roi va réfréner leur envie de devenir comme les autres nations.
Et brutalement le chapitre 9 commence par une histoire qui en apparence n’a rien à voir avec ce qui précède :
« Il y avait dans la tribu de Benjamin un homme appelé Kish, fils d’Abiel, fils de Ceror, fils de Becorath, fils d’Afiah, fils d’un Benjaminite. C’était un homme de valeur. Il avait un fils appelé Saül, qui était jeune et beau. Aucun fils d’Israël n’était plus beau que lui, et il dépassait tout le monde de plus d’une tête » (1S 9,1-2).
Kish a perdu ses ânesses et il envoie son fils Saül dont le nom signifie en hébreu « ce que l’on désire », à leur recherche avec un serviteur. Ce qui fait dire de façon humoristique au Dominicain André Wenin, Saül est à la recherche des ânesses de son père, tandis que les ânes d’Israël cherchent un roi ».
Nous résumons ici les chapitres 9 à 11 : Comme par hasard les ânesses sont introuvables… Mais, par chance le serviteur connait un homme de Dieu ici dans les parages qui pourrait peut-être les éclairer. Bien sûr, l’homme de Dieu, c’est Samuel ! Saül et son serviteur arrivent dans la ville de Rama où, troisième hasard de Dieu, ils croisent Samuel qui se rend au sommet de la colline pour y offrir un sacrifice à Dieu. (Suite à la déchéance de la famille sacerdotale d’Éli et à la destruction de Silo par les Philistins, Israël n’a plus de lieu de culte centralisé). C’est donc dans sa ville que Samuel a construit un autel et des bâtiments annexes dans lesquels sont pris les repas suite aux sacrifices de communion.
Or il se trouve que Dieu avait parlé à Samuel en lui disant : « Demain, à la même heure, je t’enverrai un homme du pays de Benjamin. Tu lui donneras l’onction comme chef de mon peuple Israël : c’est lui qui sauvera mon peuple de la main des Philistins. Oui, j’ai vu mon peuple ; oui, son cri est parvenu jusqu’à moi. » Quand Samuel aperçut Saül, le Seigneur l’avertit : « Voilà l’homme dont je t’ai parlé ; c’est lui qui exercera le pouvoir sur mon peuple » (1S 9, 16-17).
Dieu va prendre les choses en main, en contournant le problème de Samuel. Remarquez que Dieu ne parle pas ici de roi, il parle d’un chef du peuple.
Samuel l’accueille, le conduit dans une salle où il y a une trentaine d’invités, il est mis à la droite de Samuel, on lui sert une part de choix etc … Samuel fait tout pour avoir cet homme-là sous son emprise et lui faire sentir le pouvoir qui est le sien et c’est seulement le lendemain matin que lorsque Samuel raccompagne Saül vers la sortie de la ville de la ville que : « Samuel prit la fiole d’huile et la répandit sur la tête de Saül ; puis il l’embrassa et lui dit : « N’est-ce pas le Seigneur qui te donne l’onction comme chef sur son héritage ? » (1S 10,1).
Samuel dit à Saül que Dieu l’a choisi pour diriger Son peuple et lui donna des signes spécifiques qui confirmeraient son choix. Mais on ne parle toujours pas de roi. En employant ces mots, nous comprenons que Saül sera seulement un gouverneur, un leader sur le peuple de Dieu car le seul vrai roi sur Israël, c’est Dieu.
Dans l’Ancien Testament, l’onction d’huile symbolisait la consécration d’un homme ou d’un objet au service de Dieu en vue de lui conférer l’Esprit de Dieu. Jusque-là, elle n’avait été pratiquée qu’aux prêtres qui entraient dans leurs fonctions. Saül doit comprendre par cet acte toute la grandeur de la charge qui lui est confiée et d’où viendra la force dont il aura besoin pour la remplir.
Puis, Samuel prédit à Saül, la suite des événements de la journée. Il aura trois signes afin qu’il soit sûr de ne pas avoir rêvé, et il montre ainsi son autorité de prophète, de voyant : capable de voir des choses que les autres ne voient pas. Une manière aussi pour Samuel de garder de l’influence sur Saül.
- Il rencontra deux hommes près du tombeau de Rachel qui lui dirent que les ânes avaient été retrouvés (1 Samuel 10,2). Rachel qui avait perdu la vie en mettant au monde son fils Benjamin, ancêtre de la tribu.
- Il rencontra trois hommes se rendant adorer à Béthel qui lui donnèrent du pain (1 Samuel 10,3-4).
- Il rencontra un groupe de prophètes, et l’Esprit du Seigneur vint puissamment sur lui, le faisant prophétiser avec eux (1 Samuel 10,5-6).
Après ces signes, Saül fut transformé par Dieu, Dieu changea son cœur. Cependant, malgré ces signes, Saül garda secrète la question de son onction auprès de sa famille. Mais il va falloir que les choses deviennent publiques.
Samuel reprend les rênes, rassemble tout le peuple d’Israël à Mispa, rappelle au peuple comment il a rejeté Dieu en exigeant un roi, on parle à nouveau de roi, et on organise un tirage au sort et tout en procédant par élimination, il désigne la tribu de Benjamin, le clan de Matri, la famille de Kich, puis Saül lui-même.
Cependant, ce dernier semble peu motivé ou effrayé par la perspective inattendue d’accéder à la royauté. En tout cas, le peuple est impressionné par la stature imposante de leur nouveau souverain, et se fiant aux apparences, l’acclament : vive le roi. C’est un peu léger pour faire un bon roi. Cependant, comme les Israélites sont du genre superficiel ils se fient aux apparences. Pour eux, Saül a le physique de l’emploi. Il doit avoir environ 40 ans car il a un fils Jonathan qui a l’âge de porter les armes (1 Samuel 13,2).
Samuel donne la liste des droits et devoirs du roi, les met par écrit. Pour intégrer la nouvelle institution royale à l’intérieur de l’alliance donnée au Sinaï, renouvelée par Josué lorsque la Terre a été conquise et maintenant à cette alliance on ajoute un codicille, pour dire que désormais le roi sera celui qui représente Dieu au sein de son peuple et Samuel dépose cela dans le sanctuaire de Dieu.
En faisant cela, il veut établir une distinction nette entre l’exercice de la royauté en Israël et ce qui se passe chez les autres nations. Le roi d’Israël n’a pas tous les droits et ne peut pas aller contre l’alliance établie sur le mont Sinaï. Ce document rédigé par Samuel est comme une nouvelle constitution puisque le peuple n’a encore jamais eu de roi.
Les choses sont en place le peuple a son roi qui est intégré à l’alliance comme Dieu le voulait. Mais un certain nombre de personnes contestent ce manque d’autonomie et c’est sur cette contestation que la suite va venir se greffer, c’est ce que nous découvrirons la fois prochaine.