4e dim TO A

4e dim TO A

Frères et sœurs, avez-vous déjà été moqués dans le travail, le voisinage ou la famille, parce que vous êtes chrétiens ou parce que vous avez réagi à contre-courant des valeurs que la société propose ? En posant un regard lucide sur le monde, nous nous rendons compte qu’il ne va pas bien. Il ressemble à un bateau en train de prendre l’eau, sur lequel certains font encore la fête, tandis que d’autres sont tétanisés à l’idée que tout risque de s’arrêter brutalement. Le fait de voir la réalité, de tirer la sonnette d’alarme, de vivre les 7 premières béatitudes, nous ne nous vaut pas que des amis, d’où l’avertissement de Jésus sur la 8e : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,(…). Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Etc. »

Jésus nous parle de deux types de persécutions : cellesliéesau fait que nous désirons vivre de façon juste et intègre, « la justice » et celles liées à sa personne : « à cause de MOI ». Si nous sommes persécutés parce que nous nous conduisons mal, cette béatitude n’entre pas en ligne de compte. Or notre conduite fidèle à Dieu peut gêner et créer une hostilité dans notre entourage. Paul avertit son disciple Timothée : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés » (2 Tm 3, 12).

Ces persécutions peuvent avoir divers visages : un regard méchant parce que vous portez une croix, des moqueries même légères parce que vous sortez d’une église, des blocages dans l’ascension professionnelle pour vous empêcher d’avoir un poste à responsabilité, des humiliations parce qu’au nom de votre foi vous avez pris position sur un sujet de société. Dans certains pays où les chrétiens sont minoritaires et vivent sous le régime de la dhimmitude ou de la charia, certains sont pourtant prêts à perdre leur vie, leurs biens, leur foyer, à risquer d’être attaqués en allant à l’église parce que pour eux, Jésus est la Vérité. En Syrie, tout récemment, les manuels scolaires ont été changés. Les chrétiens y sont présentés comme des maudits et des égarés, ce qui rajoute une pression supplémentaire sur eux. Or dans ce pays, il y a plus de conversions ces dernières années à cause du chaos laissé par la guerre civile. Dans d’autres pays, certains chrétiens sont prêts à être arrêtés par la police parce qu’ils ont une bible sur eux, ou parce qu’ils ont partagé leur foi. La certitude qui les habite est un témoignage qui touche non seulement la communauté dans laquelle ils vivent, mais qui doit aussi nous interpeler. En France, vous et moi pouvons avoir une bible. Est-ce qu’elle prend la poussière sur nos étagères ou est-ce que nous l’ouvrons pour la lire ?

En France, nous pouvons aller à l’église sans crainte de nous faire kidnapper, est-ce nous y allons ou est-ce que parce la messe n’est pas dans mon village, je la regarde alors distraitement à la TV sur mon canapé en répondant au téléphone ?

L’actualité sociétale dans notre pays rejoint la 8e béatitude sur la persécution. A partir de ce mercredi 4 février, le projet de loi sur la fin de vie va être débattu en commission paritaire, puis dans l’hémicycle à partir du 16 février pour un vote prévu le 24 février. Si par exemple, un malade demande à mourir par euthanasie, et si la famille veut l’en dissuader, cela pourra être considéré comme un délit d’entrave, sanctionné de deux ans de prison et 30 000 € d’amende.

Le projet de loi prévoit également pour tout établissement de santé, l’obligation d’accueillir en son sein la pratique de l’euthanasie. Les religieuses qui tiennent des maisons de retraite ont, en vertu du texte, l’obligation d’accueillir dans leurs établissements cette pratique. Si elles ne le font pas, des associations militantes pourront les poursuivre en justice pour délit d’entrave. Au Québec, les promoteurs de l’euthanasie, généralement hostiles au christianisme, utilisent l’obligation de pratiquer l’euthanasie pour mener une guerre contre les établissements chrétiens. En les faisant condamner ils peuvent les priver de financements publics et remettre en question les contrats qui les lient à l’Etat. 

Nous voyons aussi qu’aujourd’hui se joue une guerre des mots. On appelle « soin » l’administration de la mort, ce qui nuit gravement aux soins palliatifs. Soigner, combattre la maladie et soulager le patient n’est en aucun le supprimer. Faire tomber ce verrou, c’est faire sauter une digue, sans être capable de réguler l’inondation. Les rares pays qui ont légalisé l’euthanasie le prouvent. Aucune digue ne tient. En matière d’interdit de tuer, l’exception ruine la règle. Il est encore temps de demander à notre député de voter contre toute légalisation de l’euthanasie, et de suicide assisté, de soutenir la prévention de tout suicide, sans en exclure les personnes fragiles et en garantissant l’accès aux soins pour tous.

La 8e béatitude nous appelle à réfléchir sur notre comportement : si nous ne subissons jamais de persécution qu’est-ce que cela indique ? Dans l’évangile de Luc, Jésus nous met en garde : « Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes » (Luc 6, 26). Nous devons nous méfier de nous-mêmes, l’absence de persécution dans nos vies peut indiquer que nous nous adaptons tellement au monde, que le monde ne voit plus ce qu’il y a de chrétien en nous. Il y a des chrétiens qui ne veulent jamais faire de vague pour ne pas avoir d’histoires. Lorsque le monde et enchanté par l’Eglise, Dieu n’est pas enchanté par elle. Le monde ne récompense que ce qui lui plait et ce qui lui plait est ce qui le flatte. La persécution au contraire, atteste notre appartenance au peuple des prophètes. La véritable animosité n’est pas contre nous, mais contre le Seigneur. Jésus nous rappelle : « qu’un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 15, 20). « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » (Jn 16, 33).

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