2e dim TO A

2e dim TO A

Quand j’étais enfant, j’avais été marqué par le Christ en croix du retable de Matthias Grunenwald qui se trouve au Musée Unterlinden de Colmar. A droite du crucifié, on voit Jean-Baptiste en train de désigner Jésus sur la croix et en bas, un agneau. Dans bien des églises, l’Agneau est représenté sur la porte du tabernacle, au bas du maître-autel ou sur un vitrail. Je voudrais ce matin que nous puissions enrichir notre compréhension de Jésus, l’Agneau de Dieu à travers 6 liens.   

1er lien entre l’agneau et la figure du Christ, se fera à partir des particularités de l’Agneau, puisqu’il symbolise la douceur et la fragilité. Dans la nature, Dieu a donné à chaque espèce animale les moyens de se protéger. En cas de danger, la guêpe pique, le renard à son terrier ; le caméléon se camoufle, le hérisson sort ses pics, l’oiseau s’envole, le serpent mord et la gazelle court très vite. Au regard de tous ces animaux, l’agneau est sans défense. Jésus dira : « Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29).

2e lien : se trouve dans la 1ère lecture. Nous y avons entendu un des 4 poèmes à travers lesquels le prophète Isaïe décrit le Serviteur de Dieu. Un autre de ces 4 poèmes que nous lisons chaque vendredi saint décrit ce serviteur : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Isaïe 53, 7). 

3e lien : nous fait remonter au temps où le peuple hébreu était esclave des Egyptiens. Dieu va envoyer Moïse auprès de Pharaon pour lui demander de libérer son peuple. Tour à tour, neuf plaies vont s’abattre sur l’Egypte, mais Pharaon refuse. Pour que ces derniers soient épargnés de la 10e plaie, Moïse demande à chaque chef de famille de sacrifier un agneau et de badigeonner son sang sur les montants et les linteaux des portes des maisons juives. Ainsi, au moment de la 10e plaie, quand l’ange exterminateur voit le sang de l’agneau, il passe au-dessus de ces maisons. C’est d’ailleurs le sens du mot « pessah » en hébreu passer au-dessus. C’est ainsi que les Hébreux furent épargnés de la mort des premiers-nés de l’homme et du bétail.

4e lien : Dans le monde juif, on pratiquait le sacrifice de deux agneaux 2x/ jour au Temple de Jérusalem, sans compter tous ceux qui étaient sacrifiés lors des grandes fêtes et par chaque juif pour demander pardon pour ses péchés. A cette occasion, le père de famille devait choisir un agneau sans défaut, puis le rapportait à la maison et toute la famille vivait avec lui pendant trois jours, forcément, les enfants s’y attachaient.

Au bout de trois jours, le père de famille participait au sacrifice et posait ses mains sur la tête de l’animal, comme pour transmettre sur l’agneau ses péchés et ceux de sa famille. L’agneau servait ainsi de médiation et il était sacrifié pour permettre de recevoir le pardon et être réconcilié avec Dieu.

Cette réconciliation était signifiée par le partage de l’Agneau : le sang était offert à Dieu, les officiants recevaient le gigot droit et le reste était pour la famille qui le partageait au cours d’un repas. C’est ce repas qui signifiait la réconciliation. Ainsi chaque année, le peuple juif prenait conscience qu’en lui il y avait des choses mauvaises qui devaient mourir et disparaitre. Grâce à cet agneau sacrifié, il était réconcilié avec le Seigneur à travers ce repas.

5e lien : la messe puisque l’expression « Agneau de Dieu » y est reprise 6 fois.

  • 1 x dans le chant du « gloria » : Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père ; Toi qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous
  • 3 X dans le refrain de l’Agneau de Dieu et 2 x juste avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau».

Au début de chaque messe, nous demandons pardon, comme le père de famille juif pris au cœur par cet agneau innocent et attachant qu’il doit sacrifier pour ses péchés et ceux de sa famille. Nous aussi, nous sommes conscients que ces choses mauvaises en nous doivent mourir. Le prêtre ne nous montre pas un agneau sacrifié, mais il nous présente l’hostie brisée en deux et le calice avec le précieux sang de Jésus. Et ensuite, quand nous communion, c’est à la mort et à la vie de Jésus, l’agneau de Dieu, que nous communions. L’hostie consacrée, c’est cette part de l’Agneau de Dieu immolé pour nos péchés qui nous est offerte en signe de réconciliation, de libération et d’amour de Dieu. 

6e lien : la couleur rouge de ma chasuble en cette fête patronale de St Sébastien. Cet officier romain mourut martyr car il ne voulut pas offrir de sacrifice à l’empereur Dioclétien. Son refus fut considéré comme un acte de rébellion. Il fut lié nu à un arbre et servit de cible aux flèches de ses propres soldats qui l’achevèrent par la bastonnade. Vous savez qu’un chrétien n’est considéré comme martyr que dans la mesure où il meurt au nom de sa foi et dans l’amour de ses ennemis à l’image de Jésus qui offrit son pardon à ses bourreaux. L’imitation de Jésus doux et humble dans l’adversité n’est pas facile, surtout quand nous sommes mis en cause et que nous n’arrivons pas à nous défendre. Quand nous sommes accusés injustement souvent nous exagérons les faits, et au lieu d’imiter Jésus, nous aggravons les choses en cherchant à nous faire justice.

En guise de conclusion, arrêtons-nous sur l’expression que Jean-Baptiste prononce 2 fois : « Et moi, je ne le connaissais pas » (Jn 1, 29.34). Cela nous paraît d’autant plus étrange, que Luc nous dit que les mamans de Jean-Baptiste et Jésus étaient cousines. C’est la traduction d’André CHOURAQUI qui nous permet de mieux comprendre l’affirmation de Jean-Baptiste : « Et moi, je ne pénétrais pas qui il était ». Le verbe connaître en hébreu ne relève pas de la connaissance intellectuelle, mais intime et personnelle. Comme nous, Jean pouvait connaître Jésus en tant qu’homme de Nazareth, mais il ne le connaissait pas comme le Messie qui vient. Si le verbe est au passé, c’est que maintenant la situation est différente. Par le baptême de Jésus, Jean-Baptiste va progressivement reconnaître et confesser qui est Jésus devant Dieu. Il faudrait qu’il en soit ainsi pour nous tout au long de notre vie. En cette fête de Saint Sébastien, nous pouvons demander à Jésus de nous revêtir de ses attributs, lui, doux et humble pour ne pas surenchérir par nos paroles, afin de distiller la paix par des paroles bienveillantes qui participent du bien vivre ensemble. 

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