4e Dim Avent
Ce dimanche nous sommes en présence de deux hommes : l’un habite un palais c’est un jeune roi qui a 20 ans. L’autre demeure dans une humble maison à Nazareth, il a probablement un âge mur et est charpentier.
Tous deux ont l’esprit et la conscience assiégés de pensées et sont face à un choix qui va engager leur avenir, leur vie de famille et même au-delà.
Achaz dans la 1ère lecture est face à un choix politique très important. Deux royaumes voisins, Damas et Samarie font le siège de Jérusalem pour le renverser et installer un autre roi à sa place qui irait avec eux faire la guerre contre l’Assyrie qui est la puissance régionale dominante avec à sa tête la capitale Ninive. Le problème d’Achaz, c’est qu’il a douté des bontés du Seigneur envers la Maison d’Israël. Il a eu la mémoire courte. Il ne s’est pas rappelé les promesses de Dieu à son aïeul David : « J’établirai ta descendance pour toujours ». Achaz ne s’est pas dit intérieurement : « Dieu ne renie pas ses promesses ». Au lieu de cela, il s’est découragé, il a eu peur et a commis l’irréparable : il a sacrifié son fils unique à une divinité païenne : le dieu Moloch. Il a rompu de lui-même la chaine dynastique qui le reliait à David.
Dans la vie de Joseph le charpentier, une ombre de taille est venue ternir son projet de mariage. Marie sa fiancée est enceinte et il sait que cet enfant n’est pas le sien. Pour sa faute, selon la Loi de Moïse, Marie dans le pire des cas mérite la lapidation. Et dans la solution la plus honorable, pour lui éviter la réprobation de tout le village, ce serait la répudiation. Dans la tête de Joseph, Marie est perdue pour lui : il va se retrouver seul, et elle aussi sera seule pour toujours. Tout ce qui arrive à ce charpentier est si inattendu, si mystérieux et si incroyable que Joseph ne sait plus quoi faire. Mais c’est là que, contrairement au Roi Achaz, sa sainteté et sa sagesse spirituelle apparaissent en pleine lumière. C’est là qu’il réagit en homme juste, pleinement ajusté au vouloir de Dieu.
L’aide du Seigneur : face à nos choix de vie, Dieu ne nous laisse jamais seuls !
Dans la 1ère lecture, Dieu vient en aide à Achaz par l’entremise du prophète Isaïe qui l’invite à la confiance en lui proposant de demander un signe plutôt que de faire alliance avec les Assyriens. Mais le roi refuse, il préfère la voie diplomatique à l’écoute de Dieu. Il est superstitieux puisqu’il a sacrifié son fils. Mais il n’est pas spirituel au sens où il ne cherche pas la voie de Dieu. Dans les évangiles, demander un signe est un manque de foi (Mt 12, 38-39), mais quand c’est Dieu lui-même qui propose un signe, refuser de le voir est un manque de foi. Dieu veut se révéler à Achaz, mais Achaz refuse d’entendre ce qui lui est dit. L’argument de ne pas provoquer Dieu n’est qu’un masque pour cacher son mépris de Dieu. Ce qui est beau, c’est que même devant les infidélités répétées d’Achaz, Isaïe annonce que Dieu, lui, reste fidèle ; et Dieu va en donner la preuve : la « jeune femme », c’est-à-dire la jeune reine, est enceinte ; et l’enfant qu’elle va donner au roi s’appellera justement « Dieu est avec nous ». Car ni les ennemis qui veulent détrôner Achaz, ni lui-même qui immole son fils n’empêcheront la réalisation de la fidélité promise par Dieu à la descendance de David et à son peuple.
Dans l’évangile, Dieu vient au-devant de Joseph. Dans un rêve, Il lui rappelle ses lointaines origines : « Joseph, fils de David ». Il l’invite à raccourcir le temps de fiançailles, à prendre Marie chez lui et à ne pas avoir peur. « Ne crains pas ! » Cette peur, c’était celle du déshonneur, celle de commencer une vie de couple en-dehors des règles de la Loi, la peur d’être père d’un enfant dont il n’est pas le géniteur. Nous voyons dans le cas de Joseph comme d’Achaz que la foi est le contraire de la peur. A la différence du jeune roi dans la 1ère lecture, Joseph fait ce que l’envoyé du Seigneur lui demande. Cela nous rappelle que dans la vie chrétienne, il ne suffit pas d’entendre les conseils divins, il faut encore faire ce que Dieu nous suggère. Dans la vie ordinaire, chacun de nous sait qu’un rêve est très fragile. A son réveil, Joseph aurait pu décider de l’oublier, mais il choisit de faire confiance à ce qu’il a vu et entendu dans son sommeil. C’est une invitation pour nous à toujours accueillir et écouter nos rêves quand ils parlent d’accueil et de pardon.
L’accomplissement des prophéties :
Le souci de Matthieu est d’inscrire la naissance de Jésus comme un accomplissement de ce qui a été annoncé dans le Premier Testament. « La vierge est enceinte, elle mettra au monde au fils et on l’appellera Emmanuel ». Jésus ne s’est jamais appelé Emmanuel ailleurs que dans ce verset, mais il est Emmanuel. L’Evangile s’ouvre sur l’annonce faite à Joseph à propos de l’enfant à naître, et il s’achève par une promesse de Jésus : « Et moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».
Parfois, il nous arrive de ne pas voir le Christ, de trouver comme Achaz et Joseph que le ciel est vide, mais cela n’enlève rien à cette promesse. Même si je ne le vois pas, je sais que le Christ est à mes côtés.