Le livre des Juges

Le livre des Juges

Le livre des Juges

Introduction

Le mois dernier, nous sommes entrés avec le livre de Josué, dans ce que certaines bibles appellent les livres historiques. Finie la manne, Israël n’est plus un peuple apatride, les tribus ont reçu chacune leur territoire, Josué a terminé l’œuvre entamée sous la conduite de Moïse.

Aujourd’hui nous allons survoler le livre suivant dans la bible de la Liturgie : le livre des Juges, livre peu connu que nous n’entendons jamais le dimanche. Il va nous permettre de considérer l’évolution du peuple de Dieu après la conquête de Canaan, jusqu’à la monarchie ; ce que résume le dernier verset du livre : « En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui plaisait » (Jg 21,25).

Le livre des Juges se présente donc comme l’étape intermédiaire entre deux phases cruciales de l’histoire d’Israël :

  • l’installation sur la terre promise par Dieu,
  • et la monarchie.

Le livre de Josué se terminait en précisant : « Israël servit le Seigneur pendant toute la vie de Josué, et pendant toute la vie des anciens qui vécurent encore après Josué. Ils connaissaient toute l’œuvre que le Seigneur avait faite pour Israël » (Jos 24, 31).

Pourtant, dans le livre des Juges, il en est tout autrement : il nous est dit qu’Israël fut incapable de rester fidèle aux commandements du Seigneur.

  1. Des livres historiques mais aussi prophétiques ?

Comment comprendre une telle différence d’un livre à l’autre ?

Je trouve intéressant de repérer que dans certaines éditions de la bible, plusieurs des « livres dits historiques »,

  • Le livre de Josué,
  • Le livre des Juges,
  • Les deux livres de Samuel
  • Et les deux livres des Rois

sont classés, en particulier par la bible hébraïque, la TOB, dans ce qu’on appelle les « prophètes antérieurs » que l’on appelle aussi parfois petits prophètes.

De fait, ces livres, sont à la fois historiques et prophétiques.

  • Une fois qu’Israël est entré en Terre Promise, toute une histoire se déroule. Ces livres, chacun dans leur style, font bien une relecture historique de certains évènements.
  • mais ils sont aussi prophétiques et théologiques puisque cette histoire nous dit quelque chose de Dieu, de la manière dont il agit, et de la façon de vivre en Alliance avec Lui.

N’espérez donc pas y trouver en détail tout ce qui s’est passé, il y a beaucoup de choses que ces livres ne racontent pas, il y a des choses qui ne sont pas très précises voire inexactes. Mais ils nous enseignent sur la façon dont le Seigneur veut nous voir vivre et grandir avec Lui.

C’est ce que nous expliquions la fois dernière à travers les leçons à retirer des batailles de Jéricho et Aï ; le pourquoi de la violence de certains passages.

Ainsi le livre de Josué avait pour but de nous montrer que c’est bien Dieu qui a conduit son peuple dans la Terre Promise, qui lui a permis de gagner des batailles, de trouver un bon mode d’organisation. Il lui a permis surtout progressivement d’être de plus en plus attentif à sa Parole.

Le livre des Juges montre quant à lui, comment le développement prospère d’Israël, désormais établi en Canaan, a été entravé par son propre péché, et comment Dieu dans sa miséricorde va devoir continuellement le relever de l’état misérable où le plongent ses fautes ; jusqu’au moment où il lui plaira de donner à ce peuple un état plus stable que sera la royauté.

  • Le livre des juges
  • Son nom

Le nom hébreu Softim, se traduit par « Juges », expression identique à celle qui servait à désigner les magistrats civils et locaux institués par Moïse pour rendre la justice (Cf conseils de Jethro).

 Ainsi dans la bible de Jérusalem, le livre porte simplement le nom de « Juges ». D’autres traductions, issues de la Vulgate (traduction latine), ont légèrement allongé le titre, en disant « livre des juges », c’est le cas de la traduction liturgique.

En français, ce mot renvoie à l’exercice du tribunal, à celui ou celle qui rend la justice, au sein de l’appareil judiciaire. En Israël c’était beaucoup plus que cela.

L’Épître aux Hébreux en donne un large aperçu : « Que dire encore ? Le temps me manquerait pour rappeler l’histoire de Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes. Par leur foi, ils ont conquis des royaumes, pratiqué la justice, obtenu la réalisation de certaines promesses. Ils ont fermé la gueule des lions, éteint la flamme des brasiers, échappé au tranchant de l’épée, retrouvé leurs forces après la maladie, montré du courage à la guerre, mis en fuite des armées étrangères » (He 11,32-34).

Les juges de la Bible ne sont donc pas des magistrats au sens habituel. Ce sont d’abord des chefs de guerre, capables pour un temps de fédérer plusieurs clans et d’en diriger les forces militaires. Ils furent suscités directement par Dieu, à des intervalles irréguliers, pour délivrer le pays de la domination étrangère et exhorter le peuple à rejeter l’idolâtrie et à obéir à la Loi. Et si plusieurs d’entre eux remplirent ensuite des fonctions de chefs d’Etat, ce ne fut jamais d’une manière universelle, leur influence se cantonnait à une zone géographique très limitée du pays de Canaan, quelques fois à une seule tribu.

Au total 12 juges dans cette période de l’histoire

  • 11 hommes, certains sont pratiquement inconnus et ne reçoivent que quelques versets dans le livre ;
  • une femme, Déborah, qui contrairement aux hommes, exercera uniquement une fonction judiciaire. A l’époque on ne parlait pas de parité.

Comme chez les prophètes, il y a de grands Juges et d’autres plus petits. On parle de « petits Juges » parce que certains d’entre eux, comme Elon, ne sont cités que dans 2 ou 3 versets. D’autres, en revanche, voient leur histoire couvrir plusieurs chapitres comme Jephté, Déborah, Gédéon ou Samson.

Cela dit, aucun des 12 juges n’a eu une envergure nationale comme Moïse ou Josué.

  • La rédaction du livre

Quelque chose revient avec insistance :

« En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui plaisait. » nous dit le verset 17,6, et cela se répète au verset 21,25.

« En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël » que nous trouvons également deux fois, en18,1 et 19,1.

Le livre insiste pour nous dire qu’au temps des Juges n’y avait pas encore de roi en Israël. Il couvre donc l’étape intermédiaire entre :

•    l’installation en Terre Promise, approximativement la première moitié du 13e siècle av. J-C,

•  et l’avènement de la royauté, après le couronnement de Saül, premier roi d’Israël, mais avant que David, le second roi d’Israël, ne prenne Jérusalem, ce qu’il a fait au début de son règne.

Ce qui permet de penser que le livre des Juges a été écrit autour des années 1030 av J-C. Cela couvre environ 300 ans d’histoire.

D’après le Talmud, ce serait Samuel qui aurait écrit le livre des Juges, mais les spécialistes estiment que le livre reflète plutôt le point de vue d’une époque plus tardive, l’objectif étant probablement une défense de la royauté.

  • Le plan du livre :

Le livre compte 21 chapitres et 3 parties principales :

  • Une première partie (1,1 à 3,6), sorte de prologue qui nous présente le déclin d’Israël, ses échecs et ses failles dans la conquête du pays.
  • La deuxième partie va du verset 3,7 à fin du chapitre 16, nous avons la période des Juges à proprement parler.
  • Du chapitre 17 à 21, nous avons à nouveau la déchéance morale et spirituelle du peuple d’Israël.
  • Les 3 parties du livre des Juges (Nous n’en verrons que deux aujourd’hui)
  1. Le prologue ou introduction (1-3,6)
  1. De Guilgal à Bokim
  2. Josué avait achevé l’installation de chaque tribu dans son territoire. La conquête de la Terre Promise avait été facile parce qu’Israël restait à l’écoute du Seigneur et de sa parole. Restait à accomplir une seconde phase qui incombait à chaque tribu : chasser les Cananéens. (Sous-entendu, chasser l’idolâtrie)
  3. Or le prologue du livre des Juges nous apprend que cette étape de la conquête fut très laborieuse, pour la bonne raison que les Israélites oublièrent le Seigneur et se mirent à adorer de faux dieux.

Ainsi, durant la conquête du pays, avec Josué, la présence du Seigneur se manifestait à Guilgal. C’est là que le peuple se réunissait. Dieu y donnait ses consignes. A Guilgal, le peuple avait été consacré au Seigneur. Il y revenait après chaque victoire pour y reprendre de nouvelles forces dans leur consécration à Dieu. C’était le lieu du triomphe.

Mais maintenant, n’ayant pas été fidèle, Israël réalise que Dieu n’est plus à Guilgal.

« L’ange du Seigneur monta de Guilgal à Bokim et dit : « Je vous ai fait monter d’Égypte et vous ai fait entrer dans le pays que j’avais juré de donner à vos pères. J’avais dit : “Jamais je ne romprai mon alliance avec vous, et vous, vous ne conclurez pas d’alliance avec les habitants de ce pays. Vous renverserez leurs autels.” Mais vous n’avez pas écouté ma voix ! Qu’avez-vous fait là ! Eh bien, je l’affirme : Je ne chasserai pas ces peuples devant vous, ils seront sur vos flancs, et leurs dieux deviendront pour vous un piège. » Or, dès que l’ange du Seigneur eut adressé ces paroles à tous les fils d’Israël, le peuple se mit à crier et pleura. Ils appelèrent cet endroit « Bokim » (c’est-à-dire : Pleureurs), et ils y sacrifièrent au Seigneur » (Jg 2,1-5).

Le peuple oublie alors Guilgal au profit de Bokim : Guilgal caractérisait le livre de Josué, Bokim, qui signifie « ceux qui pleurent », reflète le caractère de tout le livre des Juges : des chutes continuelles, la misère et la détresse.

  • Une génération qui ne connaissait pas

Quelques versets plus loin, le texte nous révèle la raison de l’infidélité du peuple, « Il s’éleva une autre génération qui ne connaissait pas le Seigneur, ni l’œuvre qu’il avait faite en faveur d’Israël ».

La mort de Josué dans le Livre de JosuéLa mort de Josué dans le Livre des Juges
« Josué, fils de Nûn, serviteur du Seigneur  , mourut, âgé de cent dix ans. Et on l’ensevelit dans le domaine qu’il avait reçu en héritage, à Timnat-Sèrah, dans la montagne d’Ephraïm, au nord du mont Gaash. Ainsi, Israël servit le Seigneur  pendant toute la vie de Josué et pendant toute la vie des anciens qui vécurent après Josué et qui connaissaient toutes les œuvres du Seigneur qu’il avait faites en Israël. » (Jos 24, 29-31)« Josué, fils de Nûn, serviteur du Seigneur, mourut, âgé de cent dix ans. Et on l’ensevelit dans le domaine qu’il avait reçu en héritage, à Timnat-Hérès, dans la montagne d’Éphraïm, au nord du mont Gaash. Toute cette génération fut aussi réunie auprès de ses pères et il s’éleva après elle une autre génération qui ne connaissait pas le Seigneur ni l’œuvre qu’il avait faite en faveur d’Israël… » (Jg 2, 8-10)
  • Le Livre de Josué se termine en précisant que le peuple d’Israël « connaissait » toutes les œuvres que Dieu a faites pour lui.
  • Le Livre des Juges commence en disant que se lève une génération qui « ne connaît pas » toutes les œuvres que Dieu a faites pour lui.

Est-ce que cela vous rappelle quelque chose ?

Cette manière de faire commencer un livre par l’oubli de ce qui précède n’est pas nouvelle : « Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph » (Ex 1,8).

  • Au début du livre de l’Exode, Pharaon a oublié les bienfaits de Dieu et de Joseph envers l’Égypte.
  • Au début du livre des Juges, le peuple hébreu oublie les bienfaits de Dieu avec Moïse et Josué.

Les récits bibliques soulignent donc largement l’importance de la mémoire. En effet, dans de très nombreux passages bibliques, Dieu se présente en rappelant son action dans l’histoire, à l’image de la première phrase prononcée dans le Décalogue : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. » (Ex 20, 2)

Ce n’est pas pour rien. Cette importance de la mémoire est fondamentale, en particulier dans notre vie. Se souvenir des bienfaits de Dieu, de ce qu’il a fait pour nous, c’est garder la foi. Notre espérance reste vivante, parce que nous savons, que ce qu’Il a fait hier, Il le fera encore aujourd’hui.

  • le péché d’idolâtrie

Nous avions vu le mois dernier que ce qui était important pour Dieu dans la conquête du pays était de faire disparaître l’idolâtrie.

De fait le péché d’Israël tout au long du livre, n’apparaît pas comme une dérogation à une norme morale, mais il est identifié à l’idolâtrie, c’est-à-dire à des croyances en des dieux païens et des pratiques culturelles qui leur sont associées.

Citons par exemple :

  • Jg 3, 5-8 : Les fils d’Israël habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites, des Hivvites, des Jébuséens ; ils prirent leurs filles pour femmes et ils donnèrent leurs filles à leurs fils ; ils servirent leurs dieux.
  • Après la mort du juge Éhoud, les enfants d’Israël recommencèrent à faire ce qui déplaît à l’Éternel et se mirent encore à adorer de faux dieux. Leur penchant continuel était de se conformer aux mauvaises pratiques des nations païennes. Ils retombaient constamment dans le même piège. (Jg 4)
  • Après la mort de Gédéon, les fils d’Israël recommencèrent à se prostituer aux Baals et ils adoptèrent pour Dieu Baal-Berith. Ils ne se souvinrent plus du Seigneur, leur Dieu, qui les avait délivrés de la main de tous leurs ennemis d’alentour, et ils ne firent preuve d’aucune fidélité envers la maison de Yeroubbaal-Gédéon, après tout le bien qu’il avait fait à Israël » (Jg 8,33-35).

L’interdit de l’idolâtrie est le premier des dix commandements. Pourquoi le combat contre l’idolâtrie apparaît-il si vital pour l’avenir du peuple d’Israël ?

A travers son histoire, le peuple hébreu a expérimenté concrètement que Dieu est à la fois le libérateur, la source de la vie, le chemin pour gagner la terre promise. Dieu a libéré son peuple de l’Egypte, il a fait jaillir de l’eau dans le désert pour le faire boire, il a fait tomber la manne pour le nourrir. Il lui a donné une Loi. Enfin, il l’a accompagné par sa présence sous forme d’une nuée, sur son chemin vers la terre promise…

En adoptant les pratiques religieuses locales, Israël rompt la relation avec son Seigneur et tombe dans le péché. Depuis le veau d’or au désert, le péché d’Israël traverse la Bible toute entière, Il sera dénoncé très vivement par les prophètes, en particulier chez Ezéchiel qui s’applique à en montrer la gravité. (Ez 6,3 ; 6,13 ; 16,16 ; 20,31).

L’idolâtrie regagne du terrain dans notre société. On peut qualifier d’idolâtrique le surinvestissement dans l’argent, le pouvoir, la notoriété, la beauté et la jeunesse, mais aussi dans tout ce qui est de l’ordre de l’ésotérisme.

2. 12 Juges pour délivrer Israël (3,7 – 16,31)

L’histoire des juges, constitue la partie centrale de l’ouvrage proprement dit. De même que Dieu avait suscité à Israël des libérateurs en la personne de Moïse, de Joseph…, il va susciter des Libérateurs pour délivrer le peuple de ses oppresseurs.

Le chiffre de 12 juges est ici fortement symbolique : il permet de faire un parallèle avec les 12 tribus d’Israël. 

On assiste donc à une succession de 12 personnages, qui reçoivent une onction spéciale de Dieu pour une mission de Salut, de délivrance, puis de gouvernement auprès d’une tribu ou d’une partie d’Israël.

  • six dont le récit est développé, que l’on appelle les Grands Juges. Ce sont : Othniel, Ehoud, Déborah, Gédéon, Jephté et Samson ;
  • six dont on évoque juste le nom : ce sont les Petits Juges : Schamgar, Thola, Jaïr, Ibtsan, Elon et Abdon.

Le problème, c’est que les choses ne vont pas rentrer dans l’ordre et que la situation va même se dégrader de plus en plus… 

Tout le Livre des Juges est construit selon cette structure répétitive qui revient telle un refrain : 

  • 1. Le peuple d’Israël se détourne de Dieu et l’abandonne. Une même phrase revient tout au long du livre : « Les fils d’Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur »
  • 2. Dieu abandonne alors son peuple et le livre à l’oppression de ses ennemis.
  • 3. Dans sa détresse, le peuple d’Israël crie vers Dieu.
  • 4. Dieu envoie un nouveau juge à la rescousse.
  • 5. Le pays connaît alors un certain temps de paix. Mais ça ne dure pas, le peuple retombe dans ses travers et ainsi de suite…

Ce schéma se répète presque intégralement pour chacun des 12 Juges qui se succèdent tout au long du livre. 

  • Othniel : Neveu et gendre du célèbre Caleb, qui avec Josué était le seul homme adulte sorti d’Égypte à qui il sera donné d’entrer en Terre Promise. Otniel est un combattant confirmé, un « juge-sauveur » dont on nous dit : « L’Esprit du Seigneur fut sur lui et il jugea Israël. Il partit en guerre et le Seigneur lui livra Koushane-Rishataïm, roi d’Aram, et sa main fut puissante contre Koushane-Rishataïm.

Le pays fut en repos pendant quarante ans » (Jg 3,10-11).

  • Ehoud : « Ehoud est un gaucher » : Toute son histoire repose sur la particularité physique de ce sauveur qui parvient, grâce à elle, à perpétrer un attentat politique sur la personne du roi de Moab. « Le pays fut en repos pendant quatre-vingts ans.

Après Éhoud, il y eut Shamgar » (Jg 3,30-31).

  • Déborah : La Jeanne d’Arc de la Bible. Son principal titre de gloire est d’être parvenue à mobiliser, contre l’ennemi philistin et ses chars de guerre, la coalition d’une dizaine de tribus. On s’accorde à y reconnaître la préfiguration de l’unité nationale qui se réalisera pleinement sous David.

Elle est la seule parmi les douze juges pour laquelle il est mentionné qu’elle exerça la justice. « Debora, prophétesse, femme de Lappidoth, jugeait Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le Palmier de Débora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm, et les fils d’Israël montaient vers elle pour des questions d’arbitrage » (Jg 4,4-5).

Elle reçoit du Seigneur l’ordre de combattre Sisera, chef d’armée du roi de Canaan. Elle confie cette mission à un certain Baraq qui obtient la victoire militaire. Cette victoire est célébrée par Debora et Baraq dans un long cantique qui occupe tout le chapitre 5 du livre, consacré à la gloire du Seigneur. « Et le pays fut en repos pendant quarante ans ».

  • Gedeon :

Avec l’histoire de Gédéon, nous avons un cycle narratif complet qui occupe quatre chapitres (Jg 6-9). Alors qu’Israël a failli à nouveau, un ange du Seigneur se manifeste à Gédéon pour qu’il délivre Israël des Madianites

« Les fils d’Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur, et le Seigneur les abandonna à Madiane pendant sept ans. Madiane imposa sa puissance à Israël. À cause de Madiane, les fils d’Israël aménagèrent dans les montagnes des failles, des grottes et des lieux escarpés. Chaque fois qu’Israël avait fait les semailles, Madiane montait avec Amalec et les fils de l’Orient ; ils attaquaient Israël […] À cause de Madiane, Israël fut réduit à une grande misère, et les fils d’Israël crièrent vers le Seigneur. Comme ils criaient vers le Seigneur au sujet de Madiane, le Seigneur leur envoya un prophète, qui leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : C’est moi qui vous ai fait monter d’Égypte et vous ai fait sortir de la maison d’esclavage. Je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de tous ceux qui vous opprimaient ; je les ai chassés devant vous et je vous ai donné leur pays. Je vous ai dit : “Je suis le Seigneur, votre Dieu. Vous ne craindrez pas les dieux des Amorites dont vous habitez le pays.” Mais vous n’avez pas écouté ma voix ! »   

L’ange du Seigneur vint s’asseoir sous le térébinthe d’Ofra, qui appartenait à Joas, de la famille d’Abiézer. Gédéon, son fils, battait le blé dans le pressoir, pour le soustraire au pillage des Madianites. L’ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier ! » Gédéon lui répondit : « Pardon, mon Seigneur ! Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tout ceci nous est-il arrivé ? Que sont devenus tous ces prodiges que nous ont racontés nos pères ? Ils nous disaient : “Est-ce que le Seigneur ne nous a pas fait monter d’Égypte ?” Mais aujourd’hui le Seigneur nous a abandonnés, en nous livrant au pouvoir de Madiane… »  Alors le Seigneur regarda Gédéon et lui dit : « Avec la force qui est en toi, va sauver Israël du pouvoir de Madiane. N’est-ce pas moi qui t’envoie ? » (Jg 6,1-14).

Gédéon n’a pas confiance en lui et demande à deux reprises un signe pour s’assurer que c’est bien par sa main que le Seigneur veut sauver Israël. Il obtient la confirmation désirée et alors l’esprit du Seigneur revêtit Gédéon, il sonna du cor et le clan Aviézer se groupa derrière lui (Jg 6,34).

Il détruit les autels dédiés à Baal et se prépare à partir en campagne contre Madian, mais il est saisi à nouveau par des doutes et demande encore un signe pour confirmer sa mission. Le Seigneur lui accorde ce signe, mais en contrepartie lui demande d’alléger son armée et de ne partir au combat qu’avec 300 hommes car « trop nombreux est le peuple qui est avec toi pour que je livre Madian entre ses mains : Israël pourrait s’en glorifier à mes dépens et dire : “C’est ma main qui m’a sauvé !”(Jos 7,2).

Avec un rapport de force volontairement très défavorable, (que 300 hommes sur les 22 000 qui l’avaient rejoint) il obtient une victoire qui manifeste l’intervention divine.

Après cette victoire, les Israélites demandent à Gédéon d’être leur roi. Il refuse, répondant que seul Dieu est leur guide.

Le pays connait la paix pendant la durée de la vie de Gédéon. Mais il demande aux Israélites l’or du butin pris aux Madianites et il le fait fondre pour fabriquer un « Éphod » (objet d’or généralement porté par les prêtres israélites) qu’il expose dans son village mais qui finit par être adoré comme une idole par le peuple d’Israël. Gédéon prend de nombreuses femmes d’origines diverses et a 70 fils. Parmi eux : Abimelek

– La parenthèse d’Abimelek :

Après la mort de Gédéon, le peuple replonge dans le culte de Baal et oublie Dieu et la délivrance réalisée par le biais de la famille de Gédéon. S’ouvre alors une véritable lutte pour la succession.

Gédéon avait refusé d’être roi, mais son fils Abimélek ne partage pas ce point de vue. Il soudoie le clan de sa mère pour qu’il le fasse roi. En cela il répond au désir du peuple, mais auparavant il lui faut éliminer les soixante-dix autre fils. Seul le petit dernier, Yotam, a réussi à se cacher et échappe au massacre.

Abimélek est donc proclamé roi, mais Yotam depuis une montagne où il s’est mis à l’abri, proclame une fable, très critique à l’égard de la royauté : vous allez sans doute la reconnaitre :

« Un jour, les arbres se mirent en campagne pour se donner un roi et le consacrer par l’onction. Ils dirent à l’olivier : “Sois notre roi !”

L’olivier leur répondit : “Faudra-t-il que je renonce à mon huile, qui sert à honorer Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?”  Alors les arbres dirent au figuier : “Viens, toi, sois notre roi !”

Le figuier leur répondit : “Faudra-t-il que je renonce à la douceur et à la saveur de mes fruits, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?”

Les arbres dirent alors à la vigne : “Viens, toi, sois notre roi !”

La vigne leur répondit : “Faudra-t-il que je renonce à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?”

Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines : “Viens, toi, sois notre roi !” Et le buisson d’épines répondit aux arbres : “Si c’est de bonne foi que vous me consacrez par l’onction pour être votre roi, venez vous abriter sous mon ombre ; sinon, qu’un feu sorte du buisson d’épines et dévore jusqu’aux cèdres du Liban ! » (Jg 9,7-15).

Mais tous, les uns après les autres, déclinent cette responsabilité, car ils ne pourraient plus donner leurs fruits si indispensables au peuple. Finalement c’est un simple petit épineux stérile qui accepte la mission et offre son ombre dérisoire pour abriter le peuple. Il prévient les auteurs de la demande, que si leur démarche cache des intentions troubles, alors ses épines prendront feu et le peuple connaitra de grands malheurs.

Cette fable montre le côté grotesque du désir d’établir une monarchie et fait d’Abimélek l’exact opposé de son père Gédéon. Son règne finit mal, il meurt honteusement, le crâne fracassé par une meule de moulin jetée par une femme ».

Abimélek appela aussitôt son écuyer et lui dit : « Tire ton épée et fais-moi mourir, de peur qu’on ne dise de moi : “C’est une femme qui l’a tué.” Alors son écuyer le transperça et il mourut (Jg 9, 54).

Abimélek ne fut pas à proprement parler un juge.  Il va prendre le pouvoir et gouvernera Israël pendant trois ans, jusqu’au moment où Dieu envoya un esprit de discorde entre Abimélek et les notables de Sichem. (Jg 9,22-23).

« Après Abimélek, ce fut Tola, fils de Poua, fils de Dodo, qui se leva pour sauver Israël. Il était d’Issakar, et il habitait Shamir, dans la montagne d’Éphraïm. Il fut juge en Israël pendant vingt-trois ans, puis il mourut et fut enseveli à Shamir. Après lui, ce fut Yaïr de Galaad qui jugea Israël pendant vingt-deux ans. Il avait trente fils qui montaient trente ânons et possédaient trente villes, qu’on appelle encore aujourd’hui les Douars de Yaïr, au pays de Galaad. Puis Yaïr mourut et il fut enseveli à Qamone » (Jg10,1-5).

  • Jephté :

Jephté (Jg 11) est issu de la tribu de Manassé. Il est le fils de Galaad et d’une prostituée. Appelé par Dieu à la fonction de juge, il mène une campagne féroce contre des ennemis du moment, les fils d’Ammon. Mais, méfiant autant que prudent, il a doublé auparavant la confiance divine par un vœu pour s’assurer de la victoire : Et solennellement il se lie par un serment horrible : à la manière des Moabites (cf. 2R 3 ;27) il offrira en holocauste quiconque sortira de sa maison à son retour victorieux, il sacrifiera la première personne qui l’accueillera à son retour. Or, c’est sa fille unique qui vient toute joyeuse à sa rencontre. Jephté est effondré mais prisonnier de sa promesse.

« Dès qu’il la vit, il déchira ses vêtements et dit : « Ah ! ma fille, tu me plonges dans le désespoir ; tu es de ceux qui m’apportent le malheur ; et moi j’ai trop parlé devant Yhwh et je ne puis revenir en arrière » (Jg 11, 34-35).

Sa fille accepte son sort et demande seulement un délai de deux mois pour aller au désert pleurer sa virginité, à la suite duquel son père peut accomplir son vœu !

Malgré l’interdit de tout sacrifice humain, imposé par la loi de Moïse, cette histoire tragique souligne le chemin encore à accomplir par Israël pour suivre les voies de Dieu.

Jephté jugea Israël pendant six ans.

« Après lui, ce fut Ibsane de Bethléem qui jugea Israël. Il avait trente fils et trente filles. Il maria ses filles au-dehors et fit venir du dehors des femmes pour ses fils. Il jugea Israël pendant sept ans. Puis Ibsane mourut et fut enseveli à Bethléem. Après lui, ce fut Élone de Zabulon qui jugea Israël, pendant dix ans. Puis Élone mourut et fut enseveli à Ayyalone, en terre de Zabulon. Après lui, ce fut Abdone, fils de Hillel de Piréatone, qui jugea Israël. Il avait quarante fils et trente petits-fils qui montaient soixante-dix ânons. Il jugea Israël pendant huit ans. Puis Abdone, fils de Hillel, mourut et fut enseveli à Piréatone, au pays d’Éphraïm, dans la montagne des Amalécites » (Jg 12,8-15).

Nous sommes arrivés au chapitre 13, et nous découvrirons la prochaine fois la fin du livre des Juges et en particulier Samson.

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