25e dim TO B
1. Le contexte de ce passage : La semaine dernière, nous entendions Jésus annoncer la 1ère fois sa mort prochaine. Vous vous souvenez que la réaction de Pierre avait été de le dissuader mais Jésus l’avait fortement réprimandé en le traitant de Satan. Ce dimanche, l’Eglise nous fait faire un bond d’un chapitre et nous entendons Jésus annoncer sa Passion pour la 2e fois.
La semaine dernière, c’était la figure du Serviteur souffrant d’Isaïe que nous pouvions sans peine mettre en relation avec Jésus, aujourd’hui, c’est la description d’un homme juste (2, 12.17-20), un gêneur qui met en lumière ce que les autorités juives diront de Jésus : « Le juste (Jésus) nous contrarie, (…) il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. (…) Soumettons-le à des outrages et à des tourments. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. ». Jésus connaît bien le cœur de ses détracteurs. Il sait que sa façon de vivre et de prêcher suscite : jalousie, colère et envies de meurtre. C’est la raison pour laquelle, il annonce sans détour : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
2. Ce dimanche, d’une façon tout à fait particulière, la 2e lecture est comme la troisième partie d’un triptyque qui met en lumière les ravages de la jalousie : celle des autorités juives vis-à-vis de Jésus mais aussi celle des disciples entre eux ! L’apôtre Jacques n’hésite pas à en décrire les conséquences : « La jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes » (…) « Vous êtes pleins de convoitises (…), alors vous tuez ; vous êtes jaloux (…), alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre ». (…) « Vos demandes sont mauvaises (…) ».
Si vous connaissez un peu la Bible, vous vous souvenez qu’il y a beaucoup de querelles au sein des fratries qui sont liées à la jalousie :
- Caïn tue son frère Abel par jalousie malgré l’avertissement de Dieu
- Par jalousie, Jacob échange le droit d’ainesse de son frère Esaü pour un plat de lentilles et usurpe la bénédiction de son père en se faisant passer son ainé parti à la chasse. Tous deux mettront des années avant de se réconcilier
- Par jalousie, les fils de Jacob projettent de tuer leur frère Joseph, mais finalement, ils lui épargnent la vie et le vendent à des caravaniers qui l’amèneront en Egypte où il deviendra esclave
- Avant son combat avec Goliath, David est malmené par ses frères jaloux parce que c’est lui le plus jeune des 8 fils de Jessé qui a reçu l’onction du prophète Samuel et pas eux.
- Lorsque David accumule les réussites militaire et humaines, la jalousie aveugle le roi Saül. Ses colères, suscitées par un esprit mauvais, le poussent à éliminer David et il en viendra à détruire sa propre famille.
Par ces exemples, nous comprenons mieux pourquoi la jalousie est un des 7 péchés capitaux, dans le sens qu’elle en entraine d’autres à sa suite : la convoitise, la comparaison, l’envie, la rancune, l’amertume ou l’aigreur. Elle fait désirer un objet non parce qu’il est désirable, mais parce qu’il appartient au prochain qui devient à la fois modèle et rival.
3. Comment s’en sortir ?
La réponse nous vient de l’apôtre Jacques dans la 2e lecture : « La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie ».
Imaginons que je connaisse quelqu’un qui a une plus voix que la mienne. J’ai le choix de laisser ma colère obscurcir mon regard ou d’élever les yeux vers le ciel et de remercier Dieu pour la belle voix qu’Il a donnée à cette personne. Idem pour le prêtre qui réussit superbement avec les enfants ou un groupe de jeunes : « merci Seigneur pour le charisme que tu lui as donné ! » L’action de grâce sincère est le meilleur vaccin contre la jalousie et la fait dégonfler rapidement si on s’y prend à temps et qu’on répète le procédé régulièrement chaque fois que ce péché pointe le bout de son nez.
4. Est-ce bien aspirer à être un leader, une locomotive ?
Si Dieu nous a donné l’intelligence, des talents, une liberté et des dons artistiques ou autre, ne pas les utiliser relève de la paresse, du péché par omission et du contre-témoignage. En disant : « Si quelqu’un veut être le plus grand, … », Jésus ne s’oppose donc pas au fait qu’il puisse y avoir des premiers. Mais il demande de le vivre avec droiture en n’oubliant ni les petits, ni les derniers, ni les mal-aimés. En entreprise, ce sera le stagiaire, l’intérimaire, le dernier arrivé ; dans une classe en tant que délégué : ce sera le plus faible scolairement ou physiquement, en famille, ce serait celui qui est considéré comme le vilain petit canard. Etc. La grâce de ce dimanche, c’est que la Parole de Dieu ne met pas seulement en lumière ce qui ne va pas chez les apôtres et dans notre cœur, elle nous donne les remèdes et le vaccin.