St Antoine de Padoue
Je voudrais illustrer la vie de st Antoine de Padoue à partir de deux passages bibliques de la 2e lecture de ce dimanche (2 Co 5, 6-10) : « Nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (v. 8-9). Fernando naquit à Lisbonne vers 1195. Entré chez les chanoines réguliers de saint Augustin, il demeura onze ans au monastère de Sainte-Croix à Coïmbra. Dans ce centre réputé d’études théologiques, il acquit une connaissance merveilleuse de la Sainte Écriture et des Pères. A Coimbra eut lieu l’épisode qui marqua un tournant décisif dans sa vie : c’est là qu’en 1220, furent exposés les reliques des cinq premiers missionnaires franciscains, qui s’étaient rendus au Maroc, où ils avaient subi le martyre. Leur vie suscita chez le jeune Fernando le désir de les imiter et d’avancer sur le chemin de la perfection chrétienne. Il de grands désirs, pas juste d’avoir une vie confortable dans son monastère où il passe beaucoup de temps à étudier. Toi quels sont les désirs qui te poussent dans la vie ? Pour être plus précis, Fernando, notre futur Antoine de Padoue a le désir d’imiter ces franciscains et de mourir martyr ! Où en es-tu de ton désir du ciel ?
Il demanda alors de quitter les Chanoines augustiniens et de devenir Frère mineur. Sa requête est acceptée et, c’est à ce moment-là qu’il prend le nom d’Antoine. II part lui aussi pour le Maroc, mais la Providence divine en décide autrement. A la suite d’une maladie, il est contraint de rentrer en Italie et en 1221, participa au célèbre « Chapitre des nattes » à Assise, où il rencontre également saint François. Par la suite, il vécut pendant quelque temps caché de la manière la plus totale dans un couvent près de Forlì, au nord de l’Italie, où le Seigneur l’appela à une autre mission. Invité, dans des conditions fortuites, à prêcher à l’occasion d’une ordination sacerdotale, il se révéla être doté d’une telle science et éloquence que ses supérieurs le destinèrent à la prédication. Quelle que soit ton état de vie, que ton ambition soit de plaire au Seigneur comme nous le dit si bien l’apôtre Paul !
« Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps » (v 10).
Le tribunal du Christ ici, n’est pas comme en Mt 25, la séparation entre les boucs et les chèvres, mais plus un jugement comme d’un feu qui éprouve l’œuvre de chacun, pour brûler ce qui n’a pas besoin d’être éternisé et ne laisser subsister que ce qu’il y a de meilleur en chacun.
Vous savez que lorsque l’Eglise déclare la sainteté d’une personne, il y a toujours une reconnaissance du corps qui est faite. En effet, de façon surprenante, il arrive que comme pour le curé d’Ars, st Padre Pio ou ste Bernadette que le corps ne se décompose pas. Dans le cas de st Antoine de Padoue, la partie du corps qui est demeurée absolument intacte est la langue. 32 ans après la mort du saint, ses restes mortels ont été transférés dans la nouvelle Basilique. Ceux qui procédèrent à cette translation furent très étonnés car sa langue, après toutes ces années passées en terre ne s’était pas décomposée mais fut retrouvée fraîche et rouge comme s’il venait de décéder à l’instant même.
St Bonaventure qui était à l’époque ministre général de l’Ordre, fut présent à cette fête et eut ces paroles si justes : « O Langue bénie, qui as toujours béni le Seigneur et l’as fait bénir par les autres, il apparaît clairement maintenant combien tu as mérité auprès de Dieu. » Nous pouvons mettre cet événement en lien avec ce qui s’est déroulé le jour de la Pentecôte où l’Esprit saint s’est manifesté sous forme de langues de feu.
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (v. 9)Saint Antoine avait plus de chance de moi, il avait une voix robuste, résonnante, harmonieuse et une éloquence fluide. Mu par l’Esprit Saint, il a consacré sa vie à commenter et à transmettre la Parole de Dieu. Il nous a laissé également de nombreux enseignements au sujet de la langue et de l’usage que nous pouvons en faire. En effet un homme ou une femme de foi se repère par les paroles qui sortent de sa bouche. Paroles de bienveillance ou de jugement, paroles qui apaisent ou qui attisent, qui font grandir ou qui divisent. Ma langue peut servir :
- Soit pour le bien, pour glorifier Dieu dans ses œuvres, pour conseiller et exhorter, pour confesser mes fautes, pour demander pardon, dire du bien des absents, garder le silence, donner des conseils. Ta langue peut aussi te servir dans le cadre de la prière ou du chant,
- Soit pour un mal souvent irrémédiable, comme dans la flatterie, le bavardage, les éclats de colère, le dénigrement, la calomnie, les excès qui concernent le boire et le manger,
Je ne peux pas empêcher quelqu’un de mal utiliser sa langue, mais je peux essayer de maitriser la mienne : « Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides » (Ps 33/34, 14). Les écrits de sagesse disent souvent : un sage se repère des paroles qui sortent de sa bouche (Jacques 3). Une mauvaise parole ne se rattrape quasiment jamais, c’est comme un coussin rempli de plumes qu’on éventre sur une colline un jour de grand vent. Une fois que les plumes se sont envolées, il est impossible de toutes les récupérer.
Nous invoquons beaucoup st Antoine pour ce que nous perdons : trousseau de clés, paire de lunettes, carte bancaire, etc. Mais aujourd’hui, en lien avec la langue de feu de l’Esprit Saint qui anima la vie de ce saint, tu peux demander à Dieu la grâce de retrouver ce que tu as peut-être perdu : la bienveillance à l’égard de ton conjoint, de tes enfants ou de tes parents. Peut-être n’as-tu plus depuis longtemps dit « excuse-moi ou pardon ». Peut-être es-tu là dans cette église par nécessité, contrainte ou en représentation et que tu ne t’es plus adresse à Dieu depuis longtemps pour Lui dire : SVP, Pardon, Merci. Que St Antoine te donne la grâce de retrouver un bel usage de la parole !