Jeudi Saint
Jeudi saint 2024
Saluer les enfants qui sont là ce soir, à une heure où d’ordinaire ils se préparent à se mettre en pyjama, se brosser les dents et aller au lit. Demain, comme chaque vendredi saint, vous n’aurez pas école, parce qu’en Alsace, c’est un jour où l’on ne travaille pas.
Durant tout le temps du carême, les prêtres portaient des vêtements liturgiques de couleur violette. Dimanche dernier, c’était le rouge puisque nous entendions le récit de l’arrestation de Jésus, de son procès et de sa crucifixion. Ce soir, c’est différent, nous prêtres, sommes habillés en blanc : c’est donc jour de fête, mais qui va aboutir à l’arrestation et la mort de Jésus. Parfois quand quelqu’un sent qu’il va bientôt mourir, il donne encore quelques consignes ou pose des gestes dont on se rappellera longtemps. C’est exactement ce que fait Jésus. Il a le souci de transmettre et de passer le relais sur 3 points. Voici donc 3 cadeaux que Jésus nous laisse ce soir-là :
1er cadeau : Il lave les pieds de ses disciples en incluant Judas le traître et Pierre qui le reniera quelques heures plus tard. Quelles sont les personnes pour lesquelles, il y a le plus d’inconstance, d’antipathie ou de désaccords avec moi ? Serais-je prêt à leur laver les pieds ?
- A ma maman, si un jour elle m’a dit, qu’elle n’était pas heureuse d’être enceinte de moi ?
- A mon papa, s’il m’a abandonné ou s’il est parti de la maison lorsque j’étais enfant ?
- A mon supérieur ou à tel enseignant s’ils n’ont eu que des paroles blessantes et humiliantes à mon égard ?
- A l’un de mes enfants, s’il m’a dit : « L’argent que tu m’as prêté je ne te la rembourserai pas ! »
- A mes frères et sœurs, s’ils m’ont dénigré durant mon chômage, ou suite à mon divorce….
- A ma belle-fille qui me refuse la visite de mes petits-enfants ?
- A mon gendre qui a abandonné les siens pour partir avec une femme plus jeune ?
Certains diront dans leur cœur : Lui ? Elle ? Lui laver les pieds ! Surtout pas ! Or, que nous dit Jésus : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ». C’est un des commandements les plus clairs et les moins appliqués de l’évangile. Or en lavant les pieds de Judas, Jésus a mis en pratique ce qu’il a enseigné dans le Sermon sur la Montagne : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5, 44).
2e cadeau : c’est la messe. On l’appelle aussi l’institution de l’Eucharistie. Deux ans auparavant environ, Jésus avait dit : « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle et Moi Je le ressusciterai au dernier jour ». Très peu de gens avaient compris la signification de ses paroles. Mais c’est le soir du jeudi saint qu’elles vont prendre tout leur sens. Et pour que nous ne disions jamais : « c’est injuste, moi je n’ai pas vécu au temps de Jésus, je ne pourrais donc pas manger son Corps pour avoir la Vie éternelle », Jésus nous fait un 3e cadeau !
3e cadeau : ce sont les prêtres ! Ce sont eux, qui à la suite des apôtres, redisent les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps livré pour vous » – « Ceci est mon sang versé pour vous ». Paul dans la 2e lecture nous parle d’un passage du témoin : « J’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis ». On lui a enseigné et il enseigne à son tour. Il a permis que la recommandation de Jésus : « Faites ceci en mémoire de Moi » se réalise en son temps et aujourd’hui encore. Ainsi à chaque messe, Jésus est là présent, comme il l’a promis : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». C’est le sacrement de la présence réelle. D’où la petite lumière rouge à côté de chaque tabernacle.
Ce 3e cadeau, que sont les prêtres, n’est pas toujours reconnu. Un jour, une famille très aisée de Turin avait invité Don Bosco et lui avait demandé de bénir leurs 7 enfants en lui demandant de leur dire ce qu’il pressentait pour eux pour plus tard. Don Bosco bénit chacun d’eux en leur disant tour à tour sur leur avenir. Arrivé au dernier de 8 ans, il lui dit : « tu seras prêtre ». La mère des 7 fils s’écria : « ah non, plutôt qu’il meure ! » Don Bosco la mit en garde : « attention madame à ce que vous dites ». Deux jours après, l’enfant mourrait.
Frères et sœurs en ce jour de la fête du sacerdoce, demandons-nous : est-ce que je prie pour les prêtres ? Je reconnais que je ne suis pas toujours un cadeau. Je peux être exigeant, manquer de reconnaissance, être impatient, oublier ceci ou cela, etc. Chaque prêtre, n’en reste pas moins un homme avec ses fragilités, ses maladresses… Pourtant, est-ce que je pense à l’avenir en demandant à Dieu d’éveiller dans le cœur de certains garçons ou jeunes hommes cet idéal, cet appel ? Est-ce que c’est important pour moi que mes enfants ou petits-enfants découvrent Jésus et ne soient pas seulement baptisés, mais soit un jour au ciel avec moi ?