27e Dim TO
Frères et sœurs je vous retrouve aujourd’hui pour ce petit commentaire biblique du passage de saint Matthieu au chapitre 21, les versets 33 à 43.
Je voudrais :
- Tout d’abord retracer le contexte de ce passage que l’Eglise nous propose aujourd’hui pour ce 27e dimanche du temps ordinaire,
- Ensuite, voir avec vous quels sont les symboles que représentent la vigne, les vignerons, la clôture, le pressoir, etc…
- Voir comment nous pourrions comprendre ce thème de la vigne, appliqué à nos pays de vieille chrétienté, surtout en Europe.
- Et enfin, la vigne, appliquée à l’Eglise aujourd’hui et ce qu’elle traverse comme crise ; et la vigne appliquée à notre vie spirituelle.
Le contexte du chapitre 21 :
- Ce chapitre commence par le moment de l’entrée de Jésus dans Jérusalem (dimanche des rameaux)
– Il se rend au Temple et c’est à ce moment-là qu’il chasse les marchands du Temple.
– Il sort du Temple et se trouve face à un figuier stérile alors que ce n’est pas la saison des fruits et pourtant, Jésus le maudit et sur place, l’arbre se dessèche.
– Jésus rencontre ensuite les chefs religieux et voilà qu’il leur raconte cette parabole des deux fils que nous avons entendue la semaine dernière.
– et nous avons cette deuxième parabole des vignerons homicides.
Ce passage doit aussi être mis en lien avec la première lecture que l’on trouve dans le livre d’Isaïe, où il est question du chant du serviteur pour la vigne de Dieu.
- Décodons les symboles utilisés dans les différents textes :
La vigne de Dieu, c’est le Peuple d’Israël. On se rappelle ici tout le travail de Moïse, qui a consisté à faire sortir le peuple qui était sous la domination de pharaon, avec ce passage de 40 ans dans le désert, puis l’entrée avec Josué, en Terre Promise. Ce peuple, Dieu en avait pris grand soin, en le formant par les prophètes, le don de la Loi, l’appel à la sainteté : « Vous serez saints car Moi, Je suis saint » (Lev 11, 44) etc…
Les vignerons, ce sont les chefs du peuple.
La clôture qui est mise en vue de protéger la vigne : c’est la prière des saints et la garde des anges (st Thomas d’Aquin).
Le pressoir est là pour extraire le vin de la joie et de la charité. C’est aussi le lieu où le peuple juif à travers ses prêtres, offre ce qu’il y a de meilleur à Dieu, parmi les prémices des récoltes ou des animaux. Qu’est-ce que j’offre de bon et de beau à Dieu qui peut faire sa gloire ? (Cf. Mt 5, 16 : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ».
La tour : désigne le Temple, mais également la connaissance de Dieu : « Le Nom de Dieu est une tour puissante ».
Le Maître du domaine qui part en voyage, c’est Dieu. Il n’abandonne pas l’homme mais Il le laisse exercer pleinement sa liberté. Dieu a planté le décor, mis à disposition tout ce qui était nécessaire, donné le sens de la marche à suivre et fixé les règles. De la même manière qu’un viticulteur qui se donne de la peine espère avoir une belle récolte, ainsi Dieu espère un retour. Malheureusement, et c’est aussi l’histoire du peuple juif, les serviteurs, les uns après les autres sont maltraités ou tués par les vignerons.
- La vigne appliquée à certains pays de vieille chrétienté :
Si nous regardons l’histoire, nous sommes obligés de noter assez fréquemment la froideur et la rébellion de chrétiens incohérents et des communautés chrétiennes d’abord fleurissantes, qui ont ensuite disparu et ne sont plus rappelées aujourd’hui que dans les livres d’histoire. Ne pourrait-il pas advenir de même à notre époque ? Nous avons à être vigilants et nous-mêmes risquons aussi de disparaître par manque de conviction forte et de dynamisme intérieur.
On se rend compte aussi que des nations un temps riches de foi et de vocations perdent désormais leur identité propre, sous l’influence d’une certaine culture moderne qui se construit sans Dieu et parfois aussi, contre Dieu. Quand l’homme décide que « Dieu est mort », il se déclare « dieu » lui-même, et se considère le seul artisan de son propre destin, le propriétaire absolu du monde, sans référence supérieure. On en arrive alors à certains drames car l’homme peut être un loup pour l’homme.
Finalement, dans notre société sécularisée, il est bon de noter, qu’au fur et à mesure, un certain nombre de repères religieux disparaissent. Je pense à la dénomination des vacances. Ce ne sont plus des vacances de Pâques mais des vacances de printemps. Ce ne sont plus des vacances de Noël mais d’hiver. Parfois aussi les marchés de Noël sont appelés marchés féériques… On ne veut plus entendre parler de racines chrétiennes de l’Europe, de patrimoine chrétien.
Cela nous montre que quand on se sépare de Dieu, l’homme sécularisé veut être lui-même l’héritier, le patron. Sartre met ces terribles déclarations dans la bouche d’un de ses personnages : « Il n’y a plus rien eu au ciel, ni Bien, ni Mal, ni personne pour me donner des ordres. […] Je suis un homme et chaque homme doit inventer son chemin ».
Mais est-il vraiment plus heureux ? Devient-il vraiment plus libre ? Peut-il vraiment construire une société où règnent la liberté, la justice et la paix ? N’y a-t-il pas le risque d’un pouvoir arbitraire, d’intérêts égoïstes, d’injustice et d’exploitation, de violences plus grandes ?
- La vigne appliquée à l’Eglise
Le pape François nous rappelle que « Nous sommes tous pécheurs, et à nous aussi, peut arriver la tentation de “nous emparer” de la vigne, à cause de la cupidité de l’argent et du pouvoir qui ne nous manque jamais à nous, êtres humains.
Pour moi il y a cette question qui est assez forte, dans le fait que Jésus dit à un moment que la vigne sera donnée en fermage à d’autres vignes. Si nous faisons une lecture historique rapide, il ne serait pas juste de dire que les responsables Juifs ont mal agi, ce sont les chrétiens qui sont les dépositaires des promesses. Ce n’est pas tout à fait juste. L’apôtre Paul nous dit que les dons de Dieu sont irrévocables et Dieu ne retire pas les grâces données au peuple Hébreu.
Finalement, le rêve de Dieu se heurte toujours à l’hypocrisie de quelques-uns de ses serviteurs. Nous pouvons « décevoir » le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne de discerner ce qui n’est pas juste en nous.
Posons-nous la question, quand on voit dans l’Eglise certaines choses qui ne vont pas, n’y aurait-il pas finalement un glissement. On voit parfois une certaine médiocrité dans certains secteurs de l’Eglise catholique. Je ne veux pas être défaitiste. Jésus a fait une promesse à Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ».
- La vigne appliquée à ma vie spirituelle
Mais nous-mêmes qui sommes responsables de la vigne de l’Eglise, de ma paroisse, que pourrions-nous offrir si aujourd’hui le Seigneur venait chercher des fruits ? La question que chacun/e d’entre nous entend dans cet Évangile concerne l’authenticité de sa vie, de son service de Dieu et de sa prière ; c’est une question amicale que le Sauveur nous pose sur la fécondité de notre existence sur terre : « Si aujourd’hui, ce soir, je viens chercher les fruits de ma vigne, tes fruits de foi, et d’espérance courageuse, les fruits de ta charité, que vas-tu me donner ? Qu’est-ce qui remplit tes mains, qu’est-ce qui habite ton cœur ? »
Quel sort ai-je réservé au Christ dans ma vie ? Comment est-ce que je réponds à l’amour de Dieu pour moi ? Ne l’ai-je pas par hasard moi aussi jeté hors des murs de ma maison, de ma vie… c’est-à-dire oublié, ignoré ?
Un prêtre racontait, qu’un jour au cours d’une messe il sursauta au moment où le patron de la vigne se dit : « Ils respecteront mon fils ». Il comprit que ces paroles s’adressaient directement à lui, à ce moment-là. Le Père céleste était sur le point de lui envoyer son Fils dans le sacrement de son corps et de son sang ; avais-je conscience de la grandeur de ce moment ? Etais-je prêt à l’accueillir avec respect, comme le Père s’y attendait ?
Posons-nous maintenant quelques questions : Dieu trouve-t-il des fruits beaux et abondants dans notre propre vie ? Des fruits de charité, du travail bien fait, de l’apostolat avec des amis ou des parents, des petites paroles agréables dites envers le prochain ou des prières spontanées, des contrariétés bien acceptées, des services rendus aux personnes qui partagent avec nous le même travail ou le même foyer ? Dans la 2ème lecture, saint Paul s’adresse aux chrétiens de la ville de Philippes : « Frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte ».
Ce que nous transformerons en fruits pour Dieu, ce sont les affaires que nous avons chaque jour entre les mains (le travail, la famille, l’amitié, les préoccupations que la vie comporte, les joies quotidiennes. Tout ce qui est humainement noble peut être sanctifié et offert à Dieu. Chaque journée présente d’innombrables possibilités d’offrir des fruits agréables à Dieu : cela passe par la minute héroïque le matin, qui consiste à se lever dès que le réveil sonne, jusqu’aux contrariétés que l’on rencontre parfois sur la route quand le trafic est chargé ou lorsqu’on a un léger malaise qui nous maintient souffrant durant la journée. Chaque jour qui passe ne reviendra plus. Prenons conscience que nombreuses sont les occasions de sourire aux autres, d’avoir un mot aimable, de pardonner une erreur, d’être ponctuel, de travailler avec ordre et intensité.
Pour produire ces fruits, efforçons-nous de maintenir la présence de Dieu tout au long de la journée avec des petits actes d’amour et des prières spontanées. « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruits ». C’est que sans moi vous ne pouvez rien faire. C’est la gloire de mon Père que vous donniez du fruit en abondance et que vous deveniez mes disciples ».