Homélie 15e dim TO
La première question qui m’est venue à l’esprit quand j’ai préparé cette homélie, concernant les différents terrains dont parle Jésus et qui représentent notre cœur et notre vie, c’est : « Frédéric, à quel terrain ressemble ton cœur et ta vie ? »
C’est difficile de répondre n’est-ce pas ! D’emblée nous aurions envie de dire que nous sommes de la bonne terre qui produit 30 – 60 – 100/1. Mais quand nous regardons notre itinéraire de vie, il n’est pas sûr que nous ayons toujours été dans la foi à tout moment, avec le désir de servir au mieux le Seigneur. Cela signifie qu’il nous faut être prudents.
Vous connaissez la vie de Charles de Foucauld, : il a mal commencé, mais très bien fini. Dans l’Ancien Testament, le roi Salomon avait très bien commencé, mais il a très mal fini.
Le livre du Siracide au chapitre 47, 12-25, nous dit quelque chose de ce roi. En voici un petit extrait : « Ta renommée est parvenue jusqu’aux îles lointaines. Tu as été aimé parce que tu étais pacifique. Au nom du Seigneur Dieu, tu as amassé l’or, comme de l’étain et, comme du plomb, tu as accumulé l’argent. Mais tu t’es vautré dans le plaisir avec les femmes et tu as été asservi dans ton corps. Tu as terni ta gloire, tu as profané ta race, au point d’amener la colère sur tes enfants et provoquer des regrets par ta folie ».
Cela signifie frères et sœurs, que nous soyons petits ou grands, dans la société ou dans l’Eglise, tant que nous sommes sur terre, rien n’est jamais totalement perdu ou gagné. Jusqu’à notre mort, notre cœur peut produire des épis brûlés, étouffés ou du blé avec de belles tiges pleines de grains. C’est la raison pour laquelle l’Eglise, dans sa prudence, ne canonise jamais quelqu’un de son vivant.
1. Qui est le semeur ? C’est Dieu bien sûr, mais Dieu a aussi besoin de nous. Il passe souvent par des intermédiaires ; et nous aussi nous avons eu des intermédiaires : un catéchiste, des parents, un ami, un prêtre, un pasteur, un parrain ou une marraine. Parfois aussi dans le cadre du scoutisme ou au cours d’une retraite. Il est rare que des personnes me disent : « Moi j’ai eu une révélation en direct ». Cela peut arriver, mais ce n’est vraiment pas fréquent.
Le semeur sort ! C’est une invitation à ne pas rester entre nous. Nous pouvons parfois faire de l’entre soi, en nous disant, après tout, on n’est pas si mal. Mais si le semeur sort, c’est une invitation pour que nous aussi nous sortions. Pour moi en tant que curé, mais aussi pour vous, mes paroissiens, sommes-nous une paroisse en sortie allons-nous à la rencontre des autres. Il ne s’agit pas d’aller chercher ceux qui sont déjà évangélisés dans le Territoire de Belfort ou dans la basse vallée, pour les ramener ici, en déshabillant Pierre pour habiller Paul ! Mais les Masopolitains, s’ils ne viennent jamais, cela me brûle-t-il le cœur ou est-ce que je m’en moque ? Cela n’empêche pas de se réjouir d’accueillir des personnes qui viennent de l’extérieur, mais ayons ce souci de ceux qui habitent ici et ne viennent jamais ou trop peu. Ma plus grande joie est lorsque des gens qui ne pratiquaient pas se mettent à venir à l’église, et il y en a parmi vous ce matin.
Faisons comme Jésus qui ne prêchait pas uniquement dans les synagogues, là où il y avait de la bonne terre ! Il allait aussi en Samarie, il rejoignait les publicains, les pécheurs. Il s’est approché des femmes de mauvaise vie. Samedi, nous fêterons sainte Marie-Madeleine, dont la bible nous dit qu’il a chassé sept démons, ce qui signifie le Mal absolu. Le Christ avait en lui cette certitude que de la mauvaise terre peut jaillir des choses merveilleuses. Regardons-Le sur la croix, jusqu’à la dernière seconde, il sème à droite, à gauche et il y a une pousse rapide, c’est le bon larron ! Jésus lui a promis le paradis. Et au moment où Il meurt, le centurion dit : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu. » Cela signifie que même sur notre lit de mort, nous pourrons laisser une parole de vie d’une force incroyable à ceux ou celles qui nous auront accompagnés.
2. Regardons maintenant les différentes formes de terre :
Les 4 types de terres représentent tout autant l’état de notre cœur que notre parcours de vie qui n’est pas toujours linéaire, avec parfois des périodes hors de l’Eglise ou ondulatoires : des périodes où tout va bien au niveau de la foi (préparation d’un sacrement… ) et d’autres où nous avons pris du recul.
- Le chemin : c’est là où l’on est toujours en mouvement. Lorsque la graine tombe dans le cœur de quelqu’un qui ne s’arrête jamais, qui ne se pose pas, qui est toujours agité, cela ne donne rien. La 1ère chose est donc d’arrêter de courir, de nous poser. Sans quoi, comment prendre le temps de voir ce que Dieu veut nous dire.
- La présence du Mauvais : Sur ce chemin Jésus évoque la présence malfaisante des oiseaux du ciel qui représente le diable (cf. film d’Hitchcock en 1963 « les oiseaux »). Satan est présenté comme cet oiseau qui n’est pas indifférent à ce que la graine de Dieu tombe dans ton cœur. Tant que nous ne nous sommes pas tournés vers Dieu, nous n’intéressons pas le diable, puisque nous lui appartenons déjà d’une certaine manière, par notre passivité ou notre inactivité. Mais quand tu commences à ouvrir ton cœur au Seigneur, le démon n’est pas content et il vient retirer la graine. Le curé d’Ars, dans la nuit qui précédait de grosses confessions était fortement dérangé par le démon afin que le lendemain il soit fatigué pour entendre ces confessions. Mais le st prêtre savait que ces manifestations étaient le signe que de grands pécheurs seraient dans son confessionnal le lendemain.
- Le sol pierreux : représente notre vie quand le cœur s’est endurci à force d’avoir vécu des épreuves familiales, des échecs en amour ou des refus. Je me souviens de personnes si blessées par leur papa ou leur maman qu’elles n’étaient pas venues à leur enterrement. C’est quelque chose qui arrive parfois aussi au moment du mariage, tant le cœur est devenu dur et fermé. Un bon nombre de pierres dans notre cœur proviennent de nos épreuves, d’un divorce, ou d’une forme d’abandon. A partir du moment où nous comprenons cette dureté qu’il y a, en nous, demandons à Jésus de casser cette pierre, car lorsqu’il y a des cailloux, il y a peu de terre. La graine pousse aussitôt, mais comme nous manquons de racines, nous sommes des gens d’un moment et nous faisons des promesses d’un jour : « Je viens à l’aumônerie », « Je viens à la messe, aux JMJ, au café du curé, au parcours Alpha… », mais je ne tiens pas dans la durée. Je délaisse, je me laisse submerger à cause de l’emploi du temps, de l’agenda ou d’autres priorités.
- Les ronces représentent les soucis de la vie et l’amour des richesses : elles croissent en même temps que l’amour de Dieu, l’empêchant de grandir. Si tu ne domines pas tes passions ce sont tes passions qui te domineront ! Au IVe siècle déjà, St Hilaire de Poitiers (315-367), maître à penser de saint Martin, écrivait déjà, alors que l’empereur Constantin avait donné aux chrétiens la liberté de pratiquer leur religion et qu’ils n’étaient plus persécutés : « Quant à nous nous n’avons plus un empereur anti-chrétien, nous devons combattre un persécuteur encore plus insidieux, il ne frappe pas notre dos à coups de fouets, il nous caresse le ventre. Il ne nous confisque pas nos biens, mais il fait de nous des riches pour nous donner la mort. Il ne porte pas atteinte à notre liberté, en nous jetant dans les fers, mais il nous rend esclaves des invitations qui nous sont faites et des honneurs dans les palais. Il ne porte pas atteinte à nos corps, mais il prend possession de notre cœur. Il ne nous tranche pas la tête du plat de l’épée, mais il nous tue l’âme de ses deniers ». Parfois dans les pays où les chrétiens sont persécutés, les séminaires se vident et au bout de quelques années, il y a un effondrement de la vie chrétienne.
3. La 4e terre, la bonne terre : Ne cherchons pas à nous comparer au niveau de nos appels, de nos conversions, de nos missions. Il y a des personnes qui dès leur enfance, sont tombées dans la foi, comme Obélix dans la potion magique. D’autres peuvent avoir vécu des conversions fulgurantes. D’autres peuvent avoir une vie chrétienne très simple et calme, et au bout de quelques années, ça explose. Ainsi, sœur Emmanuelle du Caire qui était une religieuse toute ordinaire, ne faisant pas de vagues s’est mise à s’occuper des chiffonniers du Caire au moment de sa retraite, elle et là, son incroyable charisme a littéralement explosé.
J’ai découvert cette semaine qu’il y a une variété de Bambou Moso (= Phyllostachys pubescens = Phyllostachys edulis) qui pouse en Chine. Il est la troisième espèce la plus utilisée pour la production de bois pour l’ameublement et la construction. Quand il est planté en terre, il peut rester 1 à 2 ans sans rien donner et puis un jour ce bambou Moso sort de terre et grandit avec une vitesse phénoménale. C’est l’un des bambous qui pousse le plus vite au monde.Il peut atteindre une croissance de 119 cm en 24 h et de 28 m en 40 à 50 jours !
Il y en a qui donnent beaucoup de fruits sur la même tige, d’autres un peu moins. Peut-être parmi nous y a-t-il des bambous Moso, des gens en forme de latence, et quand le Seigneur aura donné une cure de vitamines spirituelles, ces personnes auront une croissance vertigineuse. N’ayons pas peur, peut-être Dieu prépare-t-il des choses dans notre cœur.
Ce qui est important c’est que chacun donne tout ce qu’il a sur la même tige. Si tu es appelé à donner 30, tant mieux, mais ne donne pas 10. Si tu es appelé à donner 100, tant mieux. Mais ne donne pas 50 ! Quel dommage si nous ne remplissions pas totalement notre vocation. Amen !