3e Dim

3e Dim

3e dimanche de Pâques : « tiens bon ! »

Il se peut frères et sœurs que, comme beaucoup d’Alsaciens, vous ayez été malmenés ces dernières semaines et ces derniers jours, à cause de tout ce que vous avez lu et entendu dans la presse. Chez les uns, ces nouvelles fracassantes ont provoqué des larmes, ou un grand sentiment de solitude ce qui peut se comprendre. Chez d’autres, c’est un sentiment de colère, du dégoût, l’envie peut-être de se faire discrets, comme les disciples d’Emmaüs qui ont quitté Jérusalem, tant ils étaient choqués et désillusionnés par l’écroulement de toutes leurs espérances. Peut-être que pour un certain nombre d’entre vous il en est ainsi.

Je voudrais d’abord vous inviter à prendre un peu de recul sur l’information, deux ou trois petites choses qui n’enlèvent rien à la gravité de certains faits, et ensuite, à travers deux petits passages de l’évangile, essayer de voir comment nous pourrions vivre, en Eglise, dans le diocèse, ces épreuves.

Dans le recul que je vous invite à avoir, il y a :

Comme dans toute association, qu’il y ait eu des tensions au début, c’est normal : dans l’Eglise aussi, la tectonique des plaques existe ! N’y voyons pas un coup d’éclat ou quelque chose qui n’aurait pas lieu d’être.

Pour les plus anciens d’entre vous, qui connaissent l’histoire du diocèse, je voudrais rappeler deux faits :

Si nous devions revisiter la façon dont François d’Assise a été accueilli quand il a débuté l’ordre des frères mineurs, ce ne serait pas très édifiant. Ce qui vient de Dieu peut progresser, parce que c’est Sa volonté.

Essayons de voir maintenant en quoi l’épisode des disciples d’Emmaüs peut nous aider à avancer. Les crises dans l’Eglise ou les crises au niveau de la foi, ne datent pas de la semaine sainte 2023, elles étaient présentes du temps de Jésus et sont toujours là. Nous avons besoin des mêmes clés.

Dans l’évangile de st Mathieu, lorsque Jésus, après avoir multiplié les pains, renvoie la foule et demande à ses disciples de traverser le lac de Génésareth, il prend le temps de prier, dans la nuit. Tout d’un coup la barque se trouve agitée par les flots. Jésus voit que cette barque est malmenée et il marche sur les eaux agitées par la tempête. Au début, les disciples pensent voir un fantôme. Jésus leur dit : « C’est moi, n’ayez pas peur ». Pierre, plein de courage, demande à en faire autant, mais tout d’un coup, devant l’ampleur du vent et se voyant enfoncer en regardant ses pieds, se met à crier vers Jésus qui, « AUSSITOT » dit saint Matthieu, lui tend la main et l’empoigne. » (Mt 14, 31). Il lui reproche : « homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

A toi qui m’écoutes aujourd’hui ici ou en replay, à toi qui passes par une crise de foi, tiens bon ! A toi qui doutes de tout ce que tu as reçu et vécu auparavant, tiens bon ! A toi qui n’as plus la capacité de regarder aux réalités spirituelles, tiens bon ! Quand je te dis : « tiens bon », je ne nie pas que les circonstances actuelles puissent ébranler le cœur des uns et des autres et faire peur.

Deuxième petit passage dans l’évangile de saint Jean, il s’agit de la mort de Lazare. Vous vous souvenez qu’à un moment donné après la mort de Lazare, Marthe et Marie, ses sœurs, font appel à Jésus en Lui disant : « Celui que Tu aimes est malade ». Et Jésus ne se rend auprès des sœurs de Son ami qu’après le décès, quatre jours après son enterrement. Tour à tour, les deux sœurs font à Jésus un reproche : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jn 11, 20-21).

Peut-être que toi aussi tu es en train de perdre pied au niveau de ta spiritualité parce que tes attentes et tes prières ne sont pas satisfaites. Cela fait des années que tu pries pour les vocations, les prêtres, l’Eglise, et tu as l’impression que rien n’a changé. Alors tu fais comme ces deux sœurs, tu adresses des reproches à Jésus : « Nous sommes très heureuses que tu sois venu en tant qu’ami, mais le Jésus tout-puissant aurait dû venir bien avant ! ». Sommes-nous prêts à respecter le timing de Dieu, à tenir bon jusqu’à Son intervention ?

Peut-être perds-tu pied parce que tu es plus attaché à une fonction qu’à Jésus lui-même. Moi, je peux perdre pied par exemple, en tant que curé, parce que par exemple, je vis à travers ma fonction. Alors je vais me dire : « Il faut que je rase les murs maintenant. Que je me cache au presbytère tant que tout cela n’est pas apaisé. » Mais ce n’est pas m’aider moi et ce n’est pas vous aider vous. Je ne vis pas à travers ma fonction. Ce qui me fait vivre c’est Jésus. Ce n’est pas ce que je représente aux yeux de la société. Je ne vis pas à travers mon col romain ou ma petite croix sur le pull. Je vis parce que j’ai donné ma vie à Quelqu’un dont je crois qu’Il est Seigneur des vivants et des morts !

On peut parfois être tenter d’exister à travers une fonction (lecteur, choriste, fabrique, catéchiste, curé, coopérateur …) Et quand, ce pour quoi j’ai donné mon temps est malmené, je peux me demander si finalement mon engagement tiendra. Ne vivons pas notre foi à travers une fonction ! Nous sommes attachés à Jésus et non à des engagements qui nous font exister aux yeux du monde.

Jésus t’invite à continuer à L’aimer LUI, au-delà de ce que les gens peuvent te dire parce que tu es reconnu dans la société par ta fonction.

Ce qui nous affaiblit, c’est que nous sommes dans une période où la société fonctionne à l’émotion. Or nos émotions sont comme un drapeau accroché à un mât, elles suivent la direction du vent. Si tu te laisses diriger par tes émotions, tu finiras par être une girouette spirituelle. Si le vent souffle fort du côté négatif, tes émotions seront négatives. Si tu as l’impression de ne plus entendre Dieu, tes émotions te diront : « Il n’est plus là ! »

Même s’il ne s’agit pas de tout spiritualiser, car il y a des abus, des victimes, des faits graves et des scandales, soyons conscients de ce que saint Paul appelle « le combat spirituel ». Il y a une force dont, déjà le pape Paul VI pour la fête de saint Pierre et Saint Paul en 1972 affirmait que « Les fumées de Satan sont entrées dans le peuple de Dieu ». Ces fumées répandent un gaz nauséabond qui nous affecte depuis plus de cinquante ans. Cette Force spirituelle qui cherche à détruire l’Eglise, cherche aussi à te détruire toi, dans ton identité d’enfant de Dieu, dans ta vie intérieure, ta vie de prière et tes engagements. Celui qui est aveugle sur ce point, ne peut pas prendre les bonnes armes. Certains ont signé une pétition… Saint François d’Assise n’a pas réformé l’Eglise par une pétition. Quand il a entendu dans la chapelle Saint-Damien la voix du Seigneur qui lui disait : « reconstruis mon Eglise », il a d’abord pris les choses au pied de la lettre. Il a rebâti trois chapelles, avec les matériaux nécessaires, comme nous voulons le faire pour restaurer cette église de Masevaux. Puis finalement il a fait une lecture spirituelle. Il a compris que Dieu l’invitait à être, lui, un des nombreux instruments pour à nouveau donner un souffle de vie à l’Eglise.

Conjointement il y a eu, lui, qui a fondé l’ordre des frères mineurs, que sont devenus les Franciscains et Capucins. Saint Dominique qui a fondé les Dominicains. Sainte Claire qui a fondé les Clarisses, etc…

Vous connaissez cette phrase d’un journaliste qui demandait à Mère Teresa : « Que faut-il changer dans l’Eglise ? » Elle l’a regardé et lui a répondu : « Ce qui doit changer, c’est vous et moi. » Ça, c’est difficile, frères et sœurs ! Parce que souvent nous pensons que nous sommes déjà arrivés à un bon niveau et qu’il n’y a plus d’efforts à faire.

Alors si nous voulons prendre les bonnes armes, vous pourrez lire la petite suite du chapitre 6 de la lettre aux Ephésiens où l’apôtre Paul nous rappelle que la vie du disciple est une vie de combat, où nous sommes appelés non pas à lutter contre la chair et le sang mais contre les dominations de ce monde de ténèbres….

Je voudrais terminer avec ce passage du prophète Isaïe, au chapitre 26, 4 : « Prenez appui sur le Seigneur, à jamais, sur lui, le Seigneur, le Roc éternel. » Ayons foi en Jésus. Ayons foi en ces paroles. Ayons foi en l’Eglise dont Jésus a dit qu’elle est bâtie sur un socle de pierre et que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (Mt 16, 18). Continuons humblement notre travail, ce qui n’empêche pas de voir comment certaines choses peuvent et doivent changer. Mais ne réglons pas uniquement les affaires comme le monde. En tant que chrétiens, nous avons aussi d’autres choses à faire. Amen.

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