33e Dim TO
Depuis que l’affaire de Mgr Santier et l’aveu du cardinal Ricard sont venus noircir un ciel déjà bien sombre dans l’Église de France, de nombreux commentaires fleurissent çà et là : « Abus sexuels dans l’Église, à qui le tour ? », « Le suivant » ; « Au suivant » ; « Tous coupables, de prêt ou de loin. Tous responsables, sans aucune exception. Tous doivent démissionner, pour nettoyer la plaie purulente et infectée, la purifier avant de la guérir, si possible ! ». Certains citent même un extrait de l’apparition de la Vierge Marie à La Salette, je cite : « Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté ». La crise de l’Église n’est pas récente, cela fait au moins 50 ans que nous en souffrons. Conscient des problèmes qui la gangrènent jusqu’à la Curie romaine, le pape François n’avait pas hésité le 22 décembre 2014 à dénoncer les 15 maladies qui affectent le corps central de l’Église invitant ainsi ses collaborateurs à « soigner » leur vie intérieure. En voici la liste : 1 – « L’immortalisme » ou le « se sentir immortel » et « indispensable »; 2 – « La suractivité » ou le « Marthalisme »; 3 – « La fossilisation mentale et spirituelle »; 4 – « La planification et le fonctionnalisme »; 5 – « La mauvaise coordination »; 6 – « L’Alzheimer spirituel »; 7 – La « rivalité » et la « vaine gloire »; 8 – « La schizophrénie existentielle »; 9 – « Les bavardages » et les « murmures »; 10 – La courtisanerie; 11 – « L’indifférence aux autres »; 12 – « Les faces funèbres »;13 – L' »accumulation de biens matériels »; 14 – Le repli sur soi et 15 – « L’exhibitionnisme mondain ».
Vous l’avez compris, ce matin, je ne voudrais pas me défiler par rapport à tous ces scandales qui continuent de faire la une des médias et qui nous couvrent de honte. Mon approche s’appuiera sur la 1ère lecture de ce dimanche qui est si petite que je me permets de la relire :
« Voici que vient le jour du SEIGNEUR, brûlant comme une fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, déclare le SEIGNEUR de l’univers, il ne leur laissera ni racine ni branche.Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera ; il apportera la guérison dans son rayonnement ». (Malachie 3, 19 – 20 a)
Quand le prophète Malachie écrit ces lignes, nous sommes vers 450 av. J.C. dans un contexte de découragement général, similaire peut-être à la période que nous traversons. Les croyants de l’époque ne savaient plus très bien où ils en étaient. Tout le monde avait l’air de perdre la foi, y compris les prêtres du temple qui célébraient le culte n’importe comment. Voici ce que Dieu leur reprochait :
« Où est le respect qui m’est dû ? – déclare le Seigneur de l’univers à vous, les prêtres qui méprisez mon nom. (…) Vous présentez sur mon autel un aliment impur. (…) Quand vous présentez au sacrifice une bête aveugle, une bête boiteuse ou malade, n’est-ce pas faire le mal ? Offre-la donc à ton gouverneur ! Sera-t-il content de toi ? » (Ml 1, 6 -8).
Aujourd’hui, pour une partie du clergé, le reproche que Dieu pourrait faire, ce n’est pas de Lui offrir une bête malade, de 2e ou 3e choix, c’est d’être divisés ou dissociés au plus profond d’eux-mêmes, d’être schizophrènes, de ne plus offrir à Dieu le culte de toute leur personne, de ne plus entendre l’invitation de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome :
« Je vous exhorte donc, frères, (…) à présenter [à Dieu] votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte » (Romains 12, 1).
Aux membres du clergé qui font scandale, Jésus pourrait dire : « [Ce peuple] Ces prêtres m’honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte » (Mt 15, 8-9).
Que fait le prophète Malachie ? Il rappelle à l’ordre ! Il proclame que Dieu est juste, que le JOUR du SEIGNEUR approche et que la vérité se fera. Jésus le dira à sa façon : « Tout ce qui est caché paraîtra au grand jour, et tout ce qui est secret sera mis en pleine lumière » (Marc 4, 22-23).
L’image employée par Malachie est celle du soleil : « Voici que vient le jour du SEIGNEUR, brûlant comme une fournaise ». Est-ce une menace ? Oui, car c’est bien d’un jugement qu’il s’agit et l’image du soleil est parlante. Le soleil est tantôt dangereux car il aggrave certaines maladies comme le cancer, mais il est tantôt bienfaisant car avant la découverte des antibiotiques, on soignait certaines tuberculoses grâce à l’héliothérapie.
Pour le Soleil de Dieu, dont parle Malachie, rien n’échappe à sa lumière : aucune tache, aucune imperfection ne restera dans l’ombre. C’est notre vie, notre personne tout entière, qui sera exposée au soleil purificateur : il brûlera les uns, guérira les autres. « Tous les arrogants, [dit Malachie] ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille, le jour qui vient les consumera… Mais pour vous qui craignez mon nom, il apportera la guérison ».
Ce qui se passe dans l’Eglise depuis une dizaine d’années ressemble à deux autres images également employées par Malachie pour décrire l’œuvre de jugement de Dieu : celles du fondeur et du blanchisseur (Ml 3, 2).
- Quand le blanchisseur s’attaque aux taches, ce n’est pas pour détruire la nappe des jours de fête, c’est au contraire pour qu’elle soit plus éclatante ;
- Quand le fondeur purifie l’or ou l’argent, ce n’est pas pour supprimer le bijou tout entier, mais pour qu’il rayonne de toute sa beauté. De la même manière, tout ce qui est amour, service sera grandi, épanoui, transfiguré… ce qui n’est pas amour disparaîtra tout simplement.
Pour terminer, je voudrais reprendre quelques extraits du Discours de clôture de la 90e Assemblée plénière des évêques de France, le 8 novembre 2022, où il est question du « credo ». Tout à l’heure, nous professerons : « Je crois à l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Voici ce que dit Mgr Eric de Moulin-Beaufort : « Cette formule liturgique peut choquer aujourd’hui. Certains ont écrit ne plus pouvoir la prononcer. Nous les comprenons. Mais l’Église n’est pas sainte parce qu’elle serait faite de saints uniquement ; en tout cas pas parce qu’elle le serait en sa hiérarchie. Elle est sainte parce que, par elle, le Seigneur Jésus enfante à la sainteté les pécheurs que nous sommes. (…) Le saint est celui qui apprend à reconnaître ses abîmes intérieurs et qui choisit de s’en écarter par amour pour le Christ, le Fils bien-aimé venu jusqu’à nous. L’Église sainte n’est pas la réunion des « gens bien » ; elle est la communion que tâchent de vivre des pécheurs pardonnés, non pas amnistiés, non pas dispensés d’assumer leurs actes, mais pardonnés et rendus forts par le pardon. (…)
La sainteté de l’Église n’est pas l’absence de péché de ses membres mais la capacité de tout le Corps d’accompagner chaque membre dans ce combat de lumière et de paix.