5e Dim carême

5e Dim carême

1.Jésus, un ami fidèle :
Pour comprendre cet ultime miracle que Jésus réalise, il faut nous arrêter sur le verbe aimer
qui revient à trois reprises dans ce passage :
– « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
– Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
– Les Juifs disaient [en voyant Jésus pleurer] : « Voyez comme il l’aimait ! »
Ce miracle, à quelques jours de l’arrestation de Jésus prend tout son sens, si l’on se rappelle
ce que Jésus dira, lors de son repas d’adieu, la sainte Cène, le soir du jeudi saint : « Il n’y a
pas de plus grand amour de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15, 13)


2.Les miracles de retour à la vie :

Ce n’est pas la 1ère fois que Jésus rend la vie à une personne décédée. Précédemment, il y avait : la fille de Jaïre (Marc 5, 21-43) ; puis le fils de la veuve de Naïm (Luc 7, 11-17). Dans ces deux cas, le retour à la vie se fait à peine quelques heures après le décès. Un opposant au Christ pourrait très bien rétorquer, que les deux jeunes personnes n’étaient pas réellement mortes, mais justes tombées dans le coma. Or avec
Lazare (Jean 11, 1-57), il est bien spécifié qu’il est au tombeau depuis 4 jours et qu’il sent déjà. Là, pour les détracteurs de Jésus, il n’est plus possible de crier à l’imposture, le décès a été constaté par bien trop de personnes et Lazare est un notable très connu !


21 Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » 23 Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » 24 Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
25 Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » 27 Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »


C) Le service des larmes :

Mais parfois le service de la vérité ne nous parle pas. C’est pour cela qu’il y a une autre rive sur ce pont, c’est celle de notre humanité. (Penser à Charles de Foucault qui voulait que les gens s’interrogent sur Dieu en le voyant vivre lui). Jésus nous relie à Dieu mais il est aussi ce pont relié à notre humanité. A Marie la
sœur de Lazare, Jésus découvre un autre visage, celui de son visage d’homme, il n’offre plus le service de la vérité, mais le service des larmes, le service de la compassion.

Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » 33 Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, 34 et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » 35 Alors Jésus se mit à pleurer. 36 Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »

Face à certains désastres, ou à certains décès, il n’y a aucune parole qui puisse consoler, on ne peut que pleurer. Jésus est profondément touché dans son cœur, la seule chose qu’il peut faire, c’est de pleurer avec nous. C’est une présence silencieuse, mais réconfortante. Jésus est là à nos côtés et il pose délicatement sa main sur notre épaule en nous disant : « Je te comprends ». Quand on a perdu qq1 qui nous est cher, on peut se tourner vers Jésus, car Jésus sait ce que c’est que l’expérience du deuil. Il l’a vécue et ses pleurs sont des véritables pleurs. Il sait bien qu’il va rendre la vie à Lazare, mais il n’en reste pas moins qu’il voit cette souffrance de Marie, de Marthe, de tous ceux qui viennent de perdre quelqu’un qui leur est cher. Il n’y a pas d’autres équivalents dans les autres religions, d’un Dieu qui se fasse aussi proche de nous qu’il vient connaître cette expérience des larmes, d’un cœur complètement déchiré.

4. Une lecture contemporaine de ce passage : nos tombeaux :
U
ne fois que Jésus a révélé les deux aspects de sa divinité et de son humanité, il demande aux deux sœurs où elles ont déposé le corps de leur frère : « où l’avez-vous mis ? ». Par cette question, Jésus nous invite à visiter avec lui le cœur de notre problème : « où l’avez-vous mis ? ». Qu’as-tu fait de ton prochain en difficulté, de ton parent souffrant ? Qu’as-tu fait de ce qui n’est pas en forme en toi, de ce qui te fait honte ou de ce qui te gêne ?
Vendredi soir le père Guy Gilbert a insisté à plusieurs reprises sur l’importance du pardon surtout envers les personnes que nous évitons le plus possible. Celles que nous avons mis dans un tombeau, celle que nous avons déjà enterré sur le plan psychologique ou relationnel : « je n’ai plus de père ». Ce week-end, Jésus nous invite à l’accompagner jusqu’à la porte de ce « tombeau », de notre mémoire, là où peut-être il y a des choses enfouies en nous.


5. Nos mauvaises odeurs : Marthe a un sursaut de honte avant d’ouvrir ce tréfonds « Seigneur, il sent déjà ». Jésus ne réagit pas avec dégoût ou colère, mais avec tendresse et compassion, car c’est précisément pour cela que Christ est venu : pour visiter en nous ce qui ne sent pas bon, ce que nous avions enfoui dans notre mémoire pour ne plus le voir, ce qui était mort en nous, ou dans notre famille, notre église, notre monde. Ce qui nous pourrit la vie, ce qui est tabou, ce qui est rempli de non-dits.


6. Les trois ordres de Jésus :
A) Enlevez la pierre ! Il y a par moment dans notre vie des personnes envers lesquelles nous nous comportons comme si elles n’existaient plus. Nous avons posé sur elles, sur leur vie, sur leur histoire un tombeau, de façon à les ignorer ou à les considérer comme mortes. Demandons à Jésus de nous aider à enlever cette dalle sur leur tête. Mais peut-être que cette dalle est aussi sur ma tête et que je n’arrive pas à l’enlever.


B) Toi Seigneur tu me dis : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit ». A moi aussi Tu lances cet appel : « … viens dehors »

C) « Détachez-le et laissez-le aller » : pour offrir un pardon, il faut que nous acceptions de détacher les personnes que nous avions retenues prisonnières hors de notre cœur par les chaines de la rancune, du mensonge, de la colère ou de la jalousie. « Détachez-le et laissez-le aller » : c’est un appel à libérer le dynamisme de l’amour en nous, selon notre vocation. C’est peut-être aussi mon chemin de Pâques.

C) « Détachez-le et laissez-le aller » : pour offrir un pardon, il faut que nous acceptions de détacher les personnes que nous avions retenues prisonnières hors de notre cœur par les chaines de la rancune, du mensonge, de la colère ou de la jalousie. « Détachez-le et laissez-le aller » : c’est un appel à libérer le dynamisme de l’amour en nous, selon notre vocation. C’est peut-être aussi mon chemin de Pâques.

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