Ezéchiel 2

Ezéchiel 2

Ezéchiel 2

Introduction

Ezéchiel a vécu dans sa propre chair la ruine tant sur le plan général, sur le plan spirituel, économique, politique, sur le plan de fierté nationale. Il a aussi perdu son épouse, celle qui était « la joie de ses yeux ». il reste six mois dans l’incapacité de parler. Il retrouve l’usage de la parole nous dit le chapitre 33, 21-22, avec l’arrivée à Babylone, d’un rescapé de la prise de Jérusalem qui annonce que la ville est prise. « La douzième année de notre déportation, le dixième mois, le cinq du mois, un rescapé arriva vers moi de Jérusalem pour dire : « La ville est tombée ! » La main du Seigneur avait été sur moi le soir précédant la venue du rescapé, et quand celui-ci arriva vers moi le matin, le Seigneur m’ouvrit la bouche. Ma bouche s’ouvrit : je n’étais plus muet. »

Le prophète retrouve alors l’usage de la parole, c’est une nouvelle fonction prophétique qui commence. En effet, après la chute de Jérusalem, c’est une nouvelle page qui s’ouvre non seulement dans la vie du prophète Ezéchiel mais aussi pour l’histoire d’Israël.

1. Le prophète est renouvelé dans sa mission

Le chapitre 33 nous dit comment le Seigneur confirme et renouvelle le prophète dans sa mission par une nouvelle consécration, après le long silence qui lui avait été imposé.

  • D’une part le Seigneur s’adresse à lui presque dans les mêmes termes qu’au début : « Et toi, fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. » (Ez 33,7)
  • D’autre part, dans la mesure où ce que le prophète avait annoncé s’est réalisé, il est justifié. Le peuple ne peut plus refuser les faits et ses oracles, et il est bien obligé de reconnaître Ezéchiel dans son rôle de prophète. Mais en même temps, il fallait de puissantes promesses pour l’arracher au découragement profond dans lequel il était plongé. Dieu va pouvoir faire éclater au sein de son peuple une vie nouvelle.

2. « Comment pourrons-nous vivre ? » (Ez 33)

Un problème qui se pose au peuple : « Comment pourrons-nous vivre ? » (Ez 33,10)

« Nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d’eux, comment pourrons-nous vivre ? » – « Comment pourrons-nous vivre ? » (Ez 33,10)

Comprenons bien, il ne s’agit pas seulement ici de vie physique ou biologique. Ezéchiel s’adresse aux exilés qui ne sont pas en danger de mort : ils ont de quoi manger, il n’y a pas de famine, ils ne sont pas menacés physiquement, ils ont un toit…

Ils avaient perdu leurs racines culturelles et religieuses ainsi que leurs traditions. Il faut bien se dire par ailleurs, que dans l’antiquité, la vie était étroitement liée au culte. Celui-ci était indispensable pour la vie et la survie de leur culture. Or les exilés n’avaient plus la possibilité d’aller au Temple, plus de sacrifices, plus de terre, les institutions avaient disparu, ils avaient, pensaient-ils tout perdu. C’est ce qui leur fait se poser cette question ?

Ils étaient bien obligés de reconnaître que le royaume de Juda avait péri par sa propre faute. Le peuple avait donc mérité ce qui lui arrivait, et puisqu’il n’y a plus pour eux d’espoir de relèvement, autant rester dans leur état de péché.

La réponse de Dieu est toute autre : « Tu leur diras : Par ma vie – oracle du Seigneur Dieu – je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais bien plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive. Retournez-vous ! Détournez-vous de votre conduite mauvaise. Pourquoi vouloir mourir, maison d’Israël ? (Ez 33,11)

La vie est possible car Dieu, non seulement ne veut pas la mort du méchant mais s’il se convertit et qu’il retrouve la communion avec le Seigneur, alors ce dernier pardonnera. « Aucun des péchés qu’il a commis ne sera retenu contre lui ; il pratique le droit et la justice : c’est certain, il vivra. » (Ez 33,16) Et ce message d’une nouvelle vie possible avec Dieu va devenir très insistant après la chute de Jérusalem.

S’il fallait faire un parallèle avec notre propre vie, il peut arriver que des personnes à un moment donné retrouvent le chemin de Dieu après avoir été loin de Lui, mais elles ne peuvent plus pratiquer comme auparavant car elles n’ont plus la santé, ou les moyens de se rendre à l’église et qui se disent, « A quoi bon continuer mon chemin vers Dieu ».

3. Dieu, Pasteur de son peuple. Ch 36

Avec ce chapitre commencent les grandes prophéties d’Ézéchiel concernant la restauration d’Israël.

Après avoir rappelé les conditions spirituelles que doivent remplir les exilés pour que Dieu puisse accorder au peuple une restauration, Dieu par l’intermédiaire de son prophète s’en prend aux mauvais bergers qu’il estime responsables de l’exil à Babylone.  « Fils d’homme, prophétise contre les bergers d’Israël ».

Les bergers, dans le langage du Proche-Orient ancien, ce sont premièrement les rois. Normalement, en Israël, à cause de l’Alliance, c’est Dieu lui-même et lui seul qui est le roi de son peuple ; et les rois de la terre ne sont là que pour faire régner la justice de Dieu. Au moment où Ézéchiel écrit, il n’y a plus de roi (le dernier est mort en exil) ; mais en exil on cherche les raisons de ce qui est arrivé, on cherche des coupables. Sans les rois, le peuple n’en serait pas là.

Alors Ezéchiel dénonce leurs abus de pouvoir, l’exploitation des pauvres, l’égoïsme, et leur inconscience, alors qu’ils auraient dû protéger le peuple. Parmi ces mauvais bergers, Ezéchiel vise aussi les prêtres et certains prophètes. (Nous avions parlé le mois dernier de ce qui se passait dans le Temple et évoqué ces faux prophètes qui ne prêchaient pas la conversion.)

Dieu leur dit : « Vous buvez le lait des brebis, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses, vous n’êtes pas bergers pour le troupeau. (Sous-entendu, vous profitez du peuple, vous vous enrichissez à son dépend.)

« Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez gouvernées avec violence et dureté. » (Vous n’avez pas protégé le peuple, vous avez fait la guerre)

Leur conduite irresponsable a des conséquences sur le plan religieux : « Mon troupeau s’égare sur toutes les montagnes et toutes les collines élevées. »

Le message est ainsi tourné vers la promesse d’une vie nouvelle et non vers le châtiment, puisque le Seigneur va faire l’inverse de ce qu’ont fait les mauvais bergers, et il va Lui-même veiller sur son peuple avec justice, comme il l’avait fait dans le passé pour le faire sortir d’Egypte.

« Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. Je les ferai sortir d’entre les peuples, je les rassemblerai des différents pays et je les ramènerai sur leur terre ; je les ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans les vallées, dans les endroits les meilleurs. »

Tous ces verbes à la première personne du singulier, insistent sur l’action de Dieu en faveur de ses brebis. Dix-huit fois dans le passage, Dieu dit ce qu’il fera. Il va faire paître, veiller, rassembler … Il va agir comme le fait un vrai berger qui surveille attentivement et constamment ce qui se passe, compte ses bêtes et s’inquiète des absentes, prêt à partir à leur recherche. En agissant ainsi, le Seigneur vise la vie, au-delà d’une prospérité matérielle, la vie de communion avec Lui.

Et nous retrouvons la formule : Ainsi les Israélites sauront que « je suis le Seigneur ».

Le texte nous donne les raisons de ces changements : « : Ce n’est pas pour vous que je vais agir, maison d’Israël, mais c’est pour mon saint nom que vous avez profané dans les nations où vous êtes allés. » (36, 22)

La sanctification du nom de Dieu va s’opérer en 3 étapes :

  • Libération du peuple : 24 « Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. »
  • Purification, 25 « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. »
  • Changement du cœur de l’homme, Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair.

Ce passage sur les pasteurs d’Israël est célèbre, c’est le développement le plus long qu’on ait de cette image dans l’Ancien Testament. La tradition s’est demandée qui serait ce bon et seul berger. Cette promesse va rester une énigme jusqu’à la venue du Christ.

Jésus en effet s’est présenté comme ce bon berger, en particulier dans l’évangile de Jean au chapitre 10 : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. (…) je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. »

  • Jn 10, 11-16 : mais aussi dans les paraboles de la brebis perdue chez Matthieu (ch.18), et Luc (ch.15).

Ce passage d’Ezéchiel est celui que nous donne la liturgie, le jour de la fête du Sacré-Cœur.

Ce faisant, Ezéchiel dresse le profil du chef selon le cœur de Dieu : quelqu’un qui se donne ; il fait attention au bien de ses brebis. Le peuple, de son côté est responsable de bien choisir ses chefs. C’est un texte que l’on retrouve dans le bréviaire des prêtres, pour stimuler la vie et le ministère des chargés d’âme.

4. La vision des ossements desséchés (37)

« La main du Seigneur se posa sur moi » : Cette expression sert toujours à introduire un nouvel oracle qui apparaît 7 fois chez Ezéchiel, une nouvelle vision va être donnée, de même la vision se terminera par l’expression : « Vous saurez que Je suis le Seigneur ».

Dans cette prophétie que vous connaissez je pense, Dieu va illustrer ses promesses de vie. Nous connaissons cette vision de la vallée des ossements desséchés. C’est une des premières lectures possibles pour la veille de la Pentecôte  

« La main du Seigneur se posa sur moi, par son esprit il m’emporta et me déposa au milieu d’une vallée ; elle était pleine d’ossements. Il me fit circuler parmi eux ; le sol de la vallée en était couvert, et ils étaient tout à fait desséchés. Alors le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? » Je lui répondis : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais ! » Il me dit alors : « Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur : Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements : Je vais faire entrer en vous l’esprit, et vous vivrez. Je vais mettre sur vous des nerfs, vous couvrir de chair, et vous revêtir de peau ; je vous donnerai l’esprit, et vous vivrez. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur. » Je prophétisai, comme j’en avais reçu l’ordre. Pendant que je prophétisais, il y eut un bruit, puis une violente secousse, et les ossements se rapprochèrent les uns des autres. Je vis qu’ils se couvraient de nerfs, la chair repoussait, la peau les recouvrait, mais il n’y avait pas d’esprit en eux. Le Seigneur me dit alors : « Adresse une prophétie à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! » Je prophétisai, comme il m’en avait donné l’ordre, et l’esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie, et ils se dressèrent sur leurs pieds : c’était une armée immense ! Puis le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël.

Car ils disent : “Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus !” C’est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple !

La prophétie transmise par Ezéchiel ne fait que répondre à une plainte des exilés : « Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus ! » (11) Comme précédemment, Dieu répond à son peuple avec le même vocabulaire que lui. Il a bien entendu son peuple, il lui répond de façon très ajustée.

« Dans l’esprit », le prophète est donc transporté dans une vallée remplie d’ossements desséchés, un charnier à ciel ouvert. Tous ces morts, non enterrés, dans cette vallée sont bien à l’image du désespoir d’Israël.

Et Dieu pose cette question : « Ces ossements peuvent-ils revenir à la vie ? »

La question peut nous sembler incongrue, comme d’ailleurs la scène tout entière. Le prophète se trouve au milieu de la mort et Dieu lui pose la question d’un retour à la vie. Ézéchiel renvoie alors la question à Dieu. A première vue, il aurait dû répondre par la négative. Cependant, la question de Dieu semble ouvrir une autre issue, même si le prophète n’ose pas donner son avis, il ne s’engage pas tant la chose paraît inouïe. « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais ». Le prophète reconnaît qu’il ne sait pas, tout est entre les mains de Dieu.

Dieu lui ordonne alors de prophétiser et d’annoncer aux ossements une nouvelle vie. Les ossements se remettent à vivre par le fait que Dieu opère une nouvelle création à leur égard : les squelettes reçoivent des nerfs, de la chair et de la peau.

Mais il manque encore l’essentiel : le souffle divin qui fait vivre et qui anime l’ensemble. « Je vais faire entrer en vous l’esprit, et vous vivrez. » : le but de l’action divine est que les ossements vivent et c’est pour cela, que l’Esprit vienne sur eux ; et une fois que ce souffle sera venu sur eux, ils pourront rentrer dans leur pays.

Ce don de la vie se fait en deux temps : nerfs/chair/ souffle/Esprit. On avait déjà ce schéma dans le récit de création en Gn 2. L’arrivée de l’Esprit/souffle fait vivre et tenir debout les ossements.

Cela renvoie bien évidemment au récit de la création en Gn 2, où l’homme vit après que Dieu ait insufflé en lui « son haleine de vie ». La vision met donc bien en scène une nouvelle création. Il ne s’agit pas ici de l’idée d’une résurrection individuelle à la fin des temps, bien que la tradition chrétienne l’ait souvent interprétée en ce sens, mais d’une affirmation d’une nouvelle création.

Cette vision est d’abord pour le prophète. Le peuple ne l’a pas vue. Ce qu’il voit, affermit Ezéchiel dans l’espérance pour qu’il puisse la porter aux autres. Cela exige de sa part un engagement. Il a un rôle à jouer, dans la résurrection de son peuple par l’intermédiaire de sa parole prophétique. C’est à travers le prophète qu’ils vont faire la même expérience. Ils se dressèrent sur leurs pieds, ils se mettent debout… c’était la première expérience d’Ezéchiel… On voit la préparation du prophète en fonction de la mission. Ezéchiel a fait l’expérience de l’Esprit qui fortifie.

Cette vision est pour nous aussi aujourd’hui. N’y a-t-il pas en moi, en nous, dans nos vies, des ossements desséchés. Cela peut être :

  • Le contexte dans lequel nous vivons,
  • Tout ce qui en nous est découragement, comme mort, sans vie, et qui nous empêche de vivre vraiment
  • Ce qui sape notre espérance
  • Les situations désespérées autour de nous
  • Nos désillusions par rapport à Dieu
  • L’écologie et les ressources de la planète, la dette

Seigneur souffle sur mon couple, sur mes enfants, sur mon mari, sur ma femme, sur mes paroissiens et sur ceux et celles qui m’entourent. Et donne-moi le courage de témoigner que tu nous veux tous vivants et debout.

C’est quelque chose que nous avons à retenir nous aussi aujourd’hui en tant que chrétiens. Où en sommes-nous en matière d’espérance chrétienne dans ce qui fait l’histoire de l’Eglise ou du monde. Où en est notre confiance ? Quel message pouvons-nous transmettre à ceux qui aujourd’hui s’inquiètent et se découragent ?

Prière Claude la Colombière : « Mon Dieu, je suis si persuadé que tu veilles sur ceux qui espèrent en toi, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de toi toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur toi de toutes mes inquiétudes. »

Vous vous souvenez des disciples sur la route d’Emmaüs, ils avaient dans leur cœur le désespoir de la mort alors que le Christ marchait à leur côté.

Sans doute aussi, y-a-t-il également un appel du Seigneur pour que nous qu’à l’image d’Ezéchiel, nous sachions redonner espoir autour de nous.

5. Le Temple

En Ézéchiel 11, le prophète avait vu Dieu se retirer à cause des profanations et des péchés commis dans le temple et dans la ville de Jérusalem. En montrant à Ézéchiel toutes des horreurs, Dieu expliquait les raisons pour lesquelles, il ne pouvait pas demeurer dans le sanctuaire. Avec son départ, la protection divine se retire du Temple, rendant inéluctable sa destruction en 587 avant J.-C.

Mais de même qu’Ézéchiel avait commencé son livre avec la magnifique vision de la gloire de l’Éternel, il va le terminer avec une autre vision, celle du Seigneur qui revient parmi son peuple et la reconstruction d’un nouveau Temple.

Comme souvent, Ezéchiel en précise la date, Ez 40, 1 : « La vingt-cinquième année de notre déportation, au début de l’année, le dix du mois ; soit quatorze ans jour pour jour après la chute de la ville. « En ce jour même, la main du Seigneur se posa sur moi. Il m’emmena là-bas ».  C’est-à-dire que cette vision lui est donnée, le jour anniversaire de la destruction de Jérusalem.

Il a maintenant 50 ans, âge qui souvent marquait la fin du ministère des prêtres. Il n’a donc plus d’espoir de vivre son sacerdoce dans le Temple.

Dieu lui annonce le renouvellement du Temple. Ezéchiel visite les lieux sous la conduite d’un homme.  Il voit avec les moindres détails, les mesures, les cours, les fenêtres.

Ce nouveau Temple est plus grand que le précédent, plus majestueux que celui de Salomon avec de nouveaux prêtres. Un nouvel autel y est installé. Puis le trône de Dieu revient. La vision lui révèle ensuite, les ustensiles du sacrifice, la répartition des terres et les devoirs des prêtres, etc. (6 chapitres au total)

Enfin, au chapitre 47, l’homme le conduit à l’entrée du Temple. Il voit un filet d’eau, qui va s’élargissant, puis arroser la ville et finir par se jeter dans la mer morte, apportant la vie et la fertilité partout où il passe.

« Un homme me fit revenir à l’entrée de la Maison, et voici : sous le seuil de la Maison, de l’eau jaillissait vers l’orient, puisque la façade de la Maison était du côté de l’orient. L’eau descendait de dessous le côté droit de la Maison, au sud de l’autel. L’homme me fit sortir par la porte du nord et me fit faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte qui fait face à l’orient, et là encore l’eau coulait du côté droit. L’homme s’éloigna vers l’orient, un cordeau à la main, et il mesura une distance de mille coudées ; alors il me fit traverser l’eau : j’en avais jusqu’aux chevilles. » (47,1-3)

Puis, ils avancent ensemble le long de la berge et l’homme qui accompagne Ezéchiel « mesura encore mille coudées et me fit traverser l’eau : j’en avais jusqu’aux genoux. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser : j’en avais jusqu’aux reins. »

Ezéchiel avance encore de mille coudées. Maintenant le ruisseau est devenu une rivière, il faut nager pour le traverser.

L’évocation de ce fleuve est d’autant plus surprenante qu’il n’y a pas le moindre fleuve à Jérusalem ! Du moins rien qui mérite ce nom. Au contraire, les rois avaient dû faire des travaux considérables pour assurer l’approvisionnement en eau de la ville si ce n’est la source de Gihôn. (La fameuse piscine de Siloé est l’un des nombreux aménagements dûs à ces travaux à partir de la source de Gihôn.)

Ce qui semblait impossible se réalise. Ces eaux apportent la vie et la fertilité partout où régnait auparavant la désolation et la mort.

Là, sur le bord de cette rivière fertilisante, il peut voir croître de part et d’autre toutes sortes d’arbres qui portent leur fruit en leur saison. Leur feuille sera pour la guérison des nations. Rien ne fera plus défaut dans la période milléniale. Mais déjà maintenant la vie reçue de Dieu se manifeste par une croissance harmonieuse et une réelle beauté.

L’eau qui sort du sanctuaire et produit guérison et fertilité sur un terrain traditionnellement aride, nous rappelle Genèse 2,10-14 : « Un fleuve sortait d’Éden pour irriguer le jardin ; puis il se divisait en quatre bras : le premier s’appelle le Pishone, il contourne tout le pays de Havila où l’on trouve de l’or– et l’or de ce pays est bon – ainsi que de l’ambre jaune et de la cornaline … »

Le parallélisme entre ce texte et la vision d’Ezékiel montre que c’est du retour aux premières conditions du paradis qu’il s’agit. Partout où ce fleuve passe, il y a la vie, la richesse, le bien-être et le bonheur. C’est l’annonce des grandes bénédictions que Dieu donnera au moment de la restauration. Le Temple sera source d’eau vive, une source si abondante que l’eau qui va en jaillir va renouveler et assainir l’eau de la mer Morte et donner vie à toute la création.

Cette vision veut montrer aux exilés qu’ils seront encore les heureux bénéficiaires des bontés de Dieu dans un beau pays productif.

  • Dieu n’avait pas abandonné son peuple. Il reviendra en Terre Promise et Dieu habitera avec eux et les purifiera.
  • Cette vision souligne aussi l’importance de l’obéissance à l’Alliance. Dieu s’attendait à ce que le peuple soit fidèle à ses statuts et ses ordonnances (cf. 43.11) « S’ils sont honteux de tout ce qu’ils ont commis, fais-leur connaître le plan de la Maison, sa disposition, ses sorties, ses entrées, tout son plan et toutes les prescriptions qui la concernent, tout son plan et toutes ses lois. Écris-les sous leurs yeux, afin qu’ils gardent tout son plan et toutes ses prescriptions, et qu’ils les appliquent. »
  • Cette vision montre que même ceux qui sont sans espoir peuvent venir à Dieu et recevoir ses bénédictions ; et que tout enfant de Dieu aura un travail et une place dans son royaume.

L’eau vive, dans tout l’Ancien Testament est une image de l’abondance des grâces divines.

De nombreux psaumes la reprennent. Par exemple le Psaume 1 : « Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira. »

La tradition chrétienne, les Pères de l’Eglise a vu dans cette eau vive l’annonce de l’Église. Ce texte a été repris pour la messe de la dédicace de la cathédrale basilique du Latran, Mère de toutes les églises et modèle pour toute l’Eglise, le 9 novembre.

On retrouve très souvent cette image de l’eau vive en saint Jean, comme en écho à cette prophétie d’Ezéchiel, et annonçant l’action du Saint Esprit.

  • Au chapitre 4,14 lors de la rencontre avec la Samaritaine : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
  • Au chapitre 7, 37-39 « Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. »  En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui.
  • Jean considère le Corps du Christ Ressuscité : « Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps » (Jn 2, 19-21).

De son Corps, de ce Temple, vont sortir du sang et de l’eau : « mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19, 34). Les Pères de l’Église ont vu dans cette vision du prophète Ézéchiel l’image du côté ouvert du Christ sur la croix, côté transpercé dont jaillit le sang et l’eau, sources des sacrements de l’Église, sources de vie pour le monde.

C’est le Temple nouveau d’où coule l’eau, la vie éternelle, la vie divine, la vie nouvelle.

  • Dans le livre de l’Apocalypse, le même Jean reprend presque les mêmes mots qu’Ézéchiel : « Puis l’ange me montra l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne des fruits douze fois : chaque mois il produit son fruit ; et les feuilles de cet arbre sont un remède pour les nations » (Ap 22, 1-2) 

De notre cœur peut couler le torrent, si nous laissons le Saint-Esprit agir en nous et autour de nous. La source qui nous alimente n’est jamais polluée et nous devons prendre soin de l’état de « notre eau », pour que ce qui sort de nous ne soit pas sali.

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