3e Dim Avent C
Comment se fait-il que la prédication de Jean-Baptiste ait eu un tel succès ?
Pour commencer mon propos de ce dimanche, je voudrais l’illustrer par une histoire vraie. Vous savez peut-être que le saint curé d’Ars, à ses débuts, pour arriver à prêcher de façon à peu près correcte, passait des heures à apprendre des extraits de recueils de sermons par cœur pour les prononcer d’une voix mal posée. Mais quand on n’est pas soi-même, on n’est pas à l’aise. Au fur et à mesure, il consacra plus de temps à visiter ses paroissiens, à s’occuper des jeunes filles d’Ars en ouvrant un pensionnat qui accueillait aussi des orphelines, en accueillant parfois durant près de 15h les pénitents au confessionnal, il fut bientôt submergé par les tâches. Il se mit alors à improviser, à parler d’abondance du cœur dans un langage simple et imagée, mais d’une emprise irrésistible. A la fin de sa vie, épuisé et édenté, il se tournera vers le tabernacle et, le désignant du doigt, brûlé d’amour, en larmes, il répétera simplement : « Il est là… Il est là… ».
Au mois de mai 1845, le petit village d’Ars, est visité par le célèbre prédicateur de Notre-Dame de Paris, le dominicain Henri-Dominique LACORDAIRE, qui marqua le catholicisme français du XIX°. Il confia au st curé, en l’entendant dire que : « Le Saint-Esprit est le jardinier de nos âmes » : « Vous m’avez appris à connaître le Saint-Esprit ! ». Mais Lacordaire fit encore deux confidences :
- « Je voudrais prêcher comme lui. »
- « Moi j’attire les gens sur les confessionnaux (une fois les gens étaient montés sur un confessionnal pour l’écouter), lui il les attire dedans »
C’est avec ces deux affirmations que nous pouvons comprendre pourquoi Jean Baptiste attirait autant de gens qui demandaient à lui, non seulement pour l’écouter, mais pour demander le baptême de conversion et entendre de sa part les conseils appropriés pour repartir de bon pied après lui avoir posé comme question : « Que devons-nous faire ? »
« Que devons-nous faire ? »
Cette question revient à plusieurs reprises dans la Bible. Vous vous souvenez que lors de la 1ère prédication de Pierre à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, les juifs qui viennent de toutes les rives de la Méditerranée, sont émus et touchés au cœur. Ils s’adressent à Pierre et aux Apôtres en demandant : « Frères, que devons-nous faire ? ».
Pierre aurait pu sortir de sa poche la « feuille paroissiale » de la jeune Eglise de Jérusalem et leur énumérer toutes les activités des prochaines semaines et tous les postes à pourvoir : « il me manque du monde à la chorale, surtout chez les basses, des visiteurs de malades, des personnes pour vendre des cartes de membres bienfaiteurs, quelques bénévoles chez Caritas, etc.
Curieusement, Pierre n’entre pas dans ces détails. Une seule proposition : Convertissez-vous !
C’est exactement ce que fait Jean Baptiste dans l’évangile de ce dimanche. Certains biblistes ont pensé qu’il faisait partie de la secte des Esséniens, à cause de son mode de vie, de son alimentation et de son existence séparée ; mais cela n’apparait pas dans les conseils. Jean a probablement fréquenté les Esséniens, mais il ne les a pas suivis dans leur choix de vivre séparés des autres. En homme direct, et terre à terre, ses conseils sont pleins de bon sens. Que ce soit à la foule, aux soldats ou aux collecteurs d’impôts, il ne dit à aucun d’abandonner son métier et de se séparer du monde. Il leur demande au contraire d’exercer leurs métiers sans corrompre qui que ce soit, sans commettre de rackets, d’injustices, ou de violences, sans chercher, surtout pour les soldats l’appui d’une hiérarchie qui les soutiendrait et fermerait les yeux sur certains de leurs méfaits.
Être soldats ou prélever l’impôt n’est donc pas un métier intrinsèquement mauvais. Pour qu’un Etat tienne, il est nécessaire qu’il y ait des personnes qui prélèvent l’impôt et en garde les frontières. Jean met donc l’accent non pas sur des vertus religieuses mais sur des vertus morales.
L’illustration par le « franciscain de Bourges » :
En 1943, deux résistants, les frères Marc et Yves TOLEDANO, sont arrêtés, emprisonnés et torturés par la Gestapo puis jetés à la prison du BORDIOT à Bourges. Là ils rencontrent un soldat allemand Aloïs STANKE, frère Alfred, infirmier militaire et frère franciscain, qui les soigne et les réconforte. Au péril de sa vie, à l’insu de la Gestapo Il prévient leur famille, transmet leurs messages et sauve ces deux jeunes hommes du désespoir, comme il sauva d’ailleurs bien d’autres détenus.
« Il n’a pas été dans mes intentions, en écrivant ce récit, de dépeindre la cruauté et la sauvagerie des hommes de la Gestapo, ni de m’étendre avec complaisance sur les tortures et les sévices que mon frère Yves et moi-même avons endurés à la prison de Bourges. D’autres que nous les ont subis au centuple et, souvent, ont payé de leur vie leur patriotisme. Tant il est vrai que le bon grain et l’ivraie sont intimement mêlés, que les fleurs des champs poussent au milieu des chardons et des orties, le même uniforme peut aussi bien habiller un tortionnaire qu’un homme pur. Mon propos est de faire ressortir ici ce qu’un humble moine franciscain allemand, Alfred STANKE, a pu accomplir au péril de sa vie, par charité chrétienne et par simple humanité, pour mon frère, pour moi et pour des centaines d’autres français emprisonnés. Cela me permet ainsi de m’acquitter envers lui d’une lourde dette de reconnaissance… » (extrait de l’avant-propos inséré en début de volume).
C’est donc dans une prison où se trouve tous les résistants, dont la plupart ont été torturés, qu’un soldat allemand, dans le cadre de son travail, mit en pratique le message de Jean-Baptiste.
Il est possible que certains se disent qu’avec les collègues ou le travail qui est le leur, ce n’est pas possible de vivre l’Evangile. Le message de Jean-Baptiste est de dire, dans la plupart des milieux : « Tu peux encore vivre quelque chose qui soit ajusté à la volonté de Dieu ».